Le mouvement de rébellion au Yémen fait trembler le monde

Chaque vendredi, samedi et dimanche matin, le journaliste Nicolas Poincaré, nous apporte son éclairage sur la géopolitique contemporaine.

Ce matin, il est question d'un certain monsieur Houthi, a qui on ne dit pas “Merci”...

Le monsieur Houti dont on parle est Yemenite, il a 48 ans, il s’appelle Abdel Malek Al Houthi. C’est le chef militaire et politique du mouvement de rébellion qui porte son nom. Les Houthis du Yémen.
Ce mouvement qui a pris le contrôle, il y a 10 jours, du détroit de Bab El Mandeb, la porte d'entrée d’un des couloirs de navigation le plus fréquenté du monde qui mène vers le canal de Suez…
Cette prise de contrôle par les houthis a aussitôt entraîné une hausse de 6% du prix du pétrole, c’est pour cela qu’on ne lui dit pas merci.

Mais ce n’est qu’un début. Parce que pour l’instant, le détroit n’est pas bloqué. Les navires passent encore. Mais si demain, monsieur Houthi, Abdel Malek décide de fermer la porte, alors on verra très vite le prix de l’essence chez nous gagner plusieurs dizaines de centimes par litre. C’est l’enjeu très concret de ce qui se passe en ce moment au Yémen…

Connaît-on l’histoire de ce chef rebelle ?

C’est le plus jeune d’une famille de huit frères. Leur père était un religieux chiite qui prétendait descendre du prophète.
Les frères Houthis ont créé une milice militaire et religieuse dans les années 90. Milice dirigée par le frère aîné Hussein, mais après sa mort c’est le plus jeune Abdel Malek qui l’a remplacé et qui est devenu officiellement le guide de la révolution.
Il y a douze ans, les Houthis ont pris le contrôle du nord du Yémen et de la capitale Sanaa. La Charia a été instaurée. La situation des femmes au Yémen est très peu enviable. C’est un euphémisme. Il y a deux ans, neuf hommes homosexuels ont été condamnés à mort, 7 par lapidation et deux par crucifixion.

La guerre civile entre les Houthis et les forces gouvernementales du sud a créé une crise humanitaire parmi les plus graves du monde. On a compté au moins 400.000 morts entre 2014 et 2022. Aujourd’hui encore, plusieurs millions de déplacés survivent dans des camps. L’Unicef estime qu’un enfant meurt de faim au Yémen toutes les 10 minutes.
Et ce régime est soutenu par l’Iran… Oui activement soutenu et armé par l’Iran.
Ce qui a permis à cette milice d’à peine 30.000 hommes au départ de devenir aujourd’hui une force de 350.000 hommes. Pour donner une idée de ce que ça représente, c’est presque deux fois l'armée française en terme d’effectif.
Les houthis disposent d’un armement moderne, avec des missiles capables d’atteindre Israël a 1.800 km de chez eux. Des armes offertes par l’Iran ou bien bricolées sur place. On a appris récemment qu’ils tentaient de fabriquer des missiles grâce à “Claude”, le programme d'intelligence artificielle…

Et personne ne parvient à s’opposer à eux ?

L'Arabie Saoudite a pourtant essayé. Pendant 7 ans, les Saoudiens ont bombardé le nord du Yémen. Ils avaient une absolue supériorité aérienne, puisque les houthis n’ont pas d’avion. Ils avaient le soutien des Emirats Arabes Unis, des États-Unis et de la France. Mais malgré l’aide de cette coalition, les saoudiens se sont cassé les dents.
Aujourd’hui l'Arabie saoudite subit de nouvelles attaques des houthis qui lancent des drones vers les installations pétrolière et même peut être un drone vers la ville sainte de la Mecque.
L'Arabie Saoudite riposte et a demandé de l’aide aux Américains. Mais pour l’instant Donald Trump refuse. Il a trop peur d’une escalade qui conduirait à la fermeture du détroit de la mer Rouge…
Et c’est donc bien Abdel Malek Houthi qui a les cartes en main…
Et il fera sans doute demain, ce que les Iraniens lui diront de faire…