Le milieu scolaire québécois réclame des États généraux sur…

Peu importe quel parti formera le prochain gouvernement du Québec, il devra organiser des États généraux sur l’éducation, ou à tout le moins « une grande réflexion », réclament les principaux intervenants du milieu scolaire.

C’est le vœu exprimé à la fois par la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) et la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) à l’approche des élections provinciales du 5 octobre.

La FQDE juge que cette question doit impérativement être une priorité pour le prochain gouvernement. Selon elle, le temps est venu de mener « une réelle discussion de fond sur la pédagogie en 2026 », 30 ans après les derniers États généraux sur l’éducation.

Son président, Francis Côté, souligne que, depuis ce temps, « c’est le domaine qui a probablement le plus changé dans notre société avec l’avènement de la technologie, les nouveaux besoins de la clientèle et les différents courants pédagogiques ».

Il estime qu’« on est vraiment dû pour des États généraux pour réellement faire un état de la situation dans notre système d’éducation », notamment en matière « du contenu des programmes, de l’adaptation scolaire, de la gestion des plans d’intervention et des cotes de difficultés des élèves ».

« Il faut faire un vrai “reset”, un vrai questionnement, mais pas en tirant la couverte de son bord. Si les parents, les directions et les syndicats tirent chacun de leur bord, on n’ira nulle part. Il faut avoir une réelle discussion sur les enjeux actuels, les besoins de la clientèle, sur ce qui ne fonctionne pas et comment on peut apporter des changements significatifs qui vont améliorer le réseau », indique M. Côté, ajoutant que le prochain gouvernement devra avoir « le courage d’asseoir tout le monde à la même table ».

De son côté, le président de la FSE, Richard Bergevin, préfère le terme « grande réflexion », car « les États généraux des années 1990 ont eu une mauvaise presse ».

Il partage cependant l’opinion de la FQDE. « On veut que l’ensemble de la société, pas juste le milieu scolaire, se penche sur notre système d’éducation. Trente ans plus tard, il faut se reposer des questions de fond importantes », soutient M. Bergevin, qui espère que le gouvernement s’engagera ensuite à mettre en application des solutions concrètes.

La FEEP considère elle aussi que des États généraux sont « nécessaires », mais sa directrice générale, Vickie Viens, précise que « le sujet devra être bien identifié, parce qu’il ne faudrait pas que ça devienne un enjeu politique ; il faut que ce soit un enjeu ciblé sur la réussite des élèves ».

La FAE se montre également favorable à la tenue d’un tel exercice. Sa présidente, Mélanie Hubert, exprime toutefois des réserves.

« On ne veut pas que ça serve de caution à l’inaction en attendant le rapport et les recommandations. Ça ne peut pas être une réponse ou une excuse pour ne pas agir maintenant. Il y a des problèmes qu’on dénonce depuis longtemps, et il faut s’y attaquer maintenant », martèle-t-elle.

Les chantiers prioritaires

Le manque de prévisibilité du financement est le principal problème soulevé par les acteurs du milieu scolaire.

La FAE souhaite que le prochain gouvernement présente « une vision à long terme et non à l’emporte-pièce au gré des urgences et des crises médiatiques ». Mme Hubert croit que « c’est la clé pour assurer des services de façon prévisible et continue ».

La FSE est du même avis. « C’est souvent là que le bât blesse », signale M. Bergevin.

« On ne peut pas juste se dire : l’économie va mal, on coupe dans les services, ou l’économie va bien, on redonne plus de services. Il faut que le système d’éducation soit à l’extérieur de ces phénomènes », insiste-t-il.

C’est également « la priorité numéro un » de la FQDE. « C’est vraiment important. On a de la misère à recruter des profs, du personnel, des directions d’école et des professionnels. Ça prend de la prévisibilité budgétaire pour assurer la stabilité du milieu de l’éducation », explique M. Côté.

La pénurie de personnel est d’ailleurs l’une des préoccupations majeures de la FSE. M. Bergevin reconnaît que « la baguette magique qui ferait en sorte qu’on ne manquerait plus d’enseignants n’existe pas », mais il y a, selon lui, « des solutions qui doivent être mises en application, qui doivent être systémiques, pérennes et bien financées année après année ».

La fédération qu’il représente a identifié l’insertion professionnelle et l’accompagnement des nouveaux enseignants comme étant « la mesure qui serait la plus gagnante ».

Un autre enjeu crucial pour l’ensemble du milieu scolaire est la montée de la violence.

Pour la FSE, c’est même le problème le plus urgent à régler. Elle propose que la direction de la santé publique lance une enquête pour documenter l’ampleur du phénomène et qu’elle soumette ensuite des recommandations au gouvernement.

« Il faut que les partis politiques acceptent de trouver rapidement des solutions aux problèmes qui se vivent quotidiennement dans les milieux scolaires et qui touchent autant les élèves que le personnel », indique M. Bergevin.

La FAE a elle aussi constaté un essor de la violence, particulièrement depuis la pandémie de COVID-19.

« On sent clairement une différence entre avant et après la pandémie. Ç’a pris des proportions qui n’ont plus de sens », déplore Mme Hubert, qui s’inquiète que le fléau se répercute sur la réussite des élèves.

Ce sujet préoccupe la Fédération des syndicats de l’enseignement. Selon elle, l’une des plus importantes lacunes du système d’éducation est que trop d’élèves poursuivent leur parcours sans avoir les acquis nécessaires.

« Malheureusement, des élèves accumulent des retards d’année en année, ce qui fait qu’à un moment donné, ils ne peuvent plus en voir le bout. Il faut que les partis politiques s’engagent à trouver des solutions, parce que ça fait de futurs décrocheurs ou des élèves qui ne pourront pas obtenir leur diplôme d’études secondaires », dénonce M. Bergevin.

En attendant des changements, les écoles appliquent ce que la FSE qualifie de « solution de rechange », soit la modification des attentes, qui consiste à diminuer les exigences du programme scolaire d’un élève en difficulté en ajustant les cibles d’apprentissage.

« C’est censé être une mesure exceptionnelle, mais c’est devenu trop fréquent parce que c’est gratuit. Ça envoie les élèves sur une voie de garage », estime M. Bergevin.

Un comité de travail a d’ailleurs été mis sur pied dans les derniers mois pour se pencher sur la question.

Reste à voir quels seront les engagements des différents partis dans leur plateforme électorale.