Le Maroc dénombre 11 morts à Ceuta et renvoie à une "diffusion d'informations trompeuses"
Rabat a imputé ces arrivées massives à une "diffusion d'informations trompeuses", tandis que Madrid a dénombré 72 victimes.
Dix personnes sont décédées par noyade tandis que la onzième a chuté d'une zone rocheuse entre la ville marocaine frontalière de Fnideq et Ceuta, a détaillé le ministère de l'Intérieur marocain dans un communiqué.
Crise migratoire à Ceuta : Georges-Louis Bouchez réclame "une suspension partielle de l'Espagne de Schengen"L'Association marocaine des droits humains (AMDH) a, elle, fait état de "près de 130 victimes" et de dizaines de disparus, et appelé samedi à l'ouverture d'une enquête indépendante sur les causes de cet afflux inédit de migrants entre la ville marocaine de Fnideq et l'enclave espagnole. Elle a condamné "le silence inquiétant des responsables et des institutions" du pays, estimant que ce mutisme a contribué à nourrir l'afflux. Une source proche du milieu associatif a déclaré à l'AFP que "la façon dont les choses se sont passées" laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n'avaient pas pu se produire sans l'"accord des autorités" marocaines.
Pour Rabat toutefois, cette crise migratoire résulte notamment de "l'exploitation malveillante" des réseaux sociaux, de "la diffusion d'informations trompeuses" et d'"interprétations erronées de dispositions légales", a estimé le ministère. Il a ainsi fait référence à une récente décision de la Cour suprême espagnole, selon laquelle le renvoi immédiat d'un migrant ne s'appliquerait pas aux personnes arrivées par voie maritime.
Le ministère marocain a annoncé 40.000 "tentatives" de franchissement irrégulier de la frontière vers Ceuta, ajoutant que 1.135 personnes ont cherché à rejoindre l'autre enclave espagnole de Melilla, située à 400 kilomètres plus à l'est. Toutes les personnes arrivées à Melilla ont été renvoyées immédiatement sur le territoire marocain.
L'Espagne submergée par une vague migratoire inédite : "J'ai vu deux jeunes hommes mourir sous mes yeux"Certains mineurs qui ont franchi la frontière de l'enclave ont déclaré qu'ils avaient entendu dire qu'elle était ouverte, une rumeur rapidement amplifiée sur les réseaux sociaux. L'Espagne a mis en cause "les mafias de trafiquants d'êtres humains".
Selon Madrid, la "quasi-totalité" des quelque 60.000 personnes ayant franchi illégalement la frontière - surtout des jeunes Marocains - ont depuis été renvoyées au Maroc. Le gouvernement autonome de Ceuta a qualifié cette ruée comme la pire jamais vue dans l'enclave.
L'arrivée en masse de ces migrants a déclenché une crise diplomatique entre l'Espagne et ses partenaires européens les plus critiques de sa politique migratoire. Les ministres de l'Intérieur des pays de l'UE aborderont mardi en visioconférence les événements de Ceuta.
En Belgique, le président du MR, Georges-Louis Bouchez, a plaidé pour suspendre partiellement l'Espagne de l'espace Schengen. Le parti d'extrême droite Vlaams Belang s'est exprimé dans le même sens. Le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) y voit pour sa part une option injuste et disproportionnée qui ne constitue pas une solution.