Le grand show de Lena Situations sur fond de polémiques : "C'est presque méprisant envers son audience"
Ce lundi 31 août, la dernière saison de la célèbre série youtube "Les vlogs d'août", de l'influenceuse Lena Situations, s'est conclue en apothéose à l'Accor Arena, à Paris. Entrée fracassante, jets de flammes, concerts et foule en liesse : le show XXL de la créatrice de contenu était digne des plus grandes pop stars. Mais ce fut aussi un spectacle intime et familial, entre remerciements, confidences et émotions, qui s'est tenu sur scène. Elle est bien là, la recette du succès de ses vlogs : des vidéos intimes, d'apparence authentique, qui donnent une sensation de proximité avec l'influence aux 11 millions d'abonnées. Cependant, en 10 ans, Lena Situations semble être passée de la copine d'internet à la star hors-sol et déconnectée pour de nombreux internautes. L'ultime saison des "vlogs d'août" prend ainsi fin dans un contexte de critiques montantes à l'encontre de l'influenceuse.
La fin d'une illusion
Depuis quelques semaines, la stratégie marketing du "je suis comme toi" semble ne plus tromper personne. Sur les réseaux sociaux, une énième polémique a surgi autour de Lena Situations, mais cette fois, elle n'est venue de personnages politiques ou de plateaux de télévision : c'est son public qui s'est indigné. La liaison complice si chère à ses fans semble s'être peu à peu effritée au fil des années, à mesure que le train de vie de l'influenceuse devenait de plus en plus exubérant. Les vêtements de luxe, les grands voyages et les beaux hôtels : le fossé s'est creusé et l'illusion de proximité a disparu. Comme l'explique le youtubeur Adam Bros dans une interview pour la RTBF, Lena Situations a aussi fait subtilement évoluer son contenu pour s'adapter à son nouveau style de vie. "Dans la première saison, par exemple, elle va constamment montrer ses différents habits et donner leur prix. C'est quelque chose qui disparaît petit à petit parce qu'on se rend compte que les marques deviennent aussi hors de prix et que ce serait quasiment indécent pour elle de constamment donner le prix de ce qu'elle porte", observe-t-il.
Lena Situations annonce la fin d'une de ses plus célèbres séries : "On passe un dernier été ensemble ?"Reste la prétendue authenticité que la star cultive assidûment en présentant sa vie intime, ses inquiétudes ou ses peines de cœur sur tous les écrans. Mais là encore, difficile pour des jeunes au pouvoir d'achat limité de s'identifier aux états d'âme d'une multimillionnaire, explique Yara, 27 ans, interrogée par La Libre. "J'ai une relation un peu toxique avec les 'vlogs d'août' maintenant parce que je les regarde encore, mais je n'arrive plus à ressentir de l'authenticité de la part de Lena. C'est un peu la grande riche qui dit aux pauvres 'l'argent ne fait pas le bonheur' tout en s'étant rendue dans plusieurs destinations en un mois et en mangeant au resto tous les soirs", indique-t-elle. Dans une de ses vidéos, Lena Situations avait décrété : "J'ai l'impression que le temps passe trop vite et que je n'en profite pas assez". Une phrase anodine mais qui, venant d'une jeune femme passant des vacances luxueuses, passe très mal sur les réseaux sociaux. Yara est elle aussi dérangée par ces propos : "Se plaindre qu'on ne profite pas assez dans sa situation, c'est presque méprisant envers son audience. Elle parle d'une réalité qui est inaccessible pour le commun des mortels".
Polémique et politique
Il y a deux semaines, une autre polémique éclatait après la publication d'un vlog de Lena Situations où apparaissait Gisèle Journo, cofondatrice de l'agence "Gisèle Paris" et proche de l'influenceuse. Des republications de contenus à la gloire de l'armée israélienne postés sur les réseaux sociaux personnels de Gisèle Journo ont refait surface, déclenchant une vague d'indignation. Un appel au boycott a été lancé par des internautes, relayé par l'eurodéputée Rima Hassan sur son compte Instagram. Lena Situations, quant à elle, ne s'est pas exprimée sur l'affaire, alors que sa réaction était vivement attendue par de nombreux internautes. Par contre, elle a liké le post de Rima Hassan et s'est désabonnée du compte Gisèle Journo. Elle a donc cherché à éviter d'être associée au bad buzz. D'autant plus que la jeune femme glissait souvent des signes de son soutien à la cause palestinienne dans des stories Instagram ou en portant un pendentif pastèque, symbole de solidarité au peuple palestinien.
Pour Yara, abonnée de l'influenceuse, c'est une forme d'hypocrisie : "Elle n'a jamais vraiment pris la parole par rapport au génocide en cours. Par contre, elle a surfé sur la tendance du symbole pastèque. Elle instrumentalise ce symbole de résistance en étant complètement déconnectée politiquement". Dans le contexte actuel de polycrise vécu comme une angoisse quotidienne par de nombreux jeunes, l'indifférence et le manque de positionnement des influenceurs stars reflètent encore une fois une déconnexion à la réalité presque immorale aux yeux de leurs abonnés. Dans cette ère digitale à fleur de peau, dictée par les algorithmes et les tendances, la frontière entre critiques constructives et déferlement de haine est de plus en plus floue.
Quoi qu'il en soit, Lena Situations a préféré gommer son amitié avec Gisèle Journo en pleine polémique. "C'est une histoire de lâcheté", a commenté le journaliste Paul Gasnier sur le plateau de Quotidien lundi soir. Selon lui, "si Lena Situations doit sacrifier ses amis pour ne pas perdre de followers, elle le fera, et elle le fera sans vergogne".
Lena Situations remplit l'Accor Arena en 45 minutes malgré des billets allant jusqu'à 89 eurosRas le bol généralisé
Finalement, Lena Situations est loin d'être la seule influenceuse à essuyer des critiques de la sorte. Le 16 mai dernier, le Youtubeur Seb La Frite avait lui aussi fait polémique, suite à la projection de son documentaire "Trente" dans lequel il met en scène son voyage en Polynésie à la recherche de réponses à ses questionnements personnels. En ligne, des internautes ont critiqué ce besoin de s'exiler sur un territoire d'outre-mer pour se reconnecter à soi-même. Une pratique jugée très privilégiée et s'apparentant à une forme de "néocolonialisme". Le Youtuber Squeezie, aux 20 millions d'abonnés sur la plateforme rouge, éveillait lui aussi les critiques il y a quelques mois, pour avoir exposé une jeune fille de quinze ans à un homme presque entièrement nu, sans son consentement, dans une de ses vidéos. Des polémiques en tous sens, qui pointent néanmoins toutes vers le manque de connexion aux enjeux réels que vit leur jeune public.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.