Frelon asiatique en Suisse : la science face à la menace
Le frelon asiatique continue sa progression en Suisse, menaçant la biodiversité et les apiculteurs. Les cantons et des associations s'organisent pour lutter contre cet insecte, mais la bataille face au prédateur s’annonce difficile.
Edmond Zuber, retraité à Delémont, n'oubliera pas de sitôt sa rencontre avec le frelon asiatique. Alors qu'il entretenait son jardin, il a été attaqué par ces insectes, malgré ses gants de protection. "Ces bêtes noires, je ne connaissais pas ça", raconte-t-il, encore marqué par l'expérience.
Depuis son apparition en Suisse en 2017, le frelon asiatique, ou Vespa velutina, s'est largement répandu, suscitant des inquiétudes dans plusieurs domaines: santé, écologie, économie et agriculture.
>> Relire : Que faire pour freiner la forte progression du frelon asiatique en Suisse?
Un prédateur redoutable pour les abeilles
Les apiculteurs, en première ligne face à cette menace, constatent les dégâts. Pierre-Alain Fürst, biologiste et apiculteur dans le Jura, témoigne dans l'émission Temps présent: "L'année passée, on avait 15 attaques à la minute sur nos ruches. Les frelons attrapaient des abeilles toute la journée". Ce prédateur vorace représente un véritable fléau pour les colonies d'abeilles, qu'il décime en quelques jours.
Pour protéger ses ruches, l’apiculteur jurassien a dû déplacer certaines d'entre elles à plus de 1000 mètres d'altitude, espérant échapper à l'invasion. Mais il reste pessimiste: "Dans deux ou trois ans, ces frelons seront présents jusqu'à 1500 mètres".
>> Voir le reportage de Temps présent :
Une gestion complexe et coûteuse
La lutte contre le frelon asiatique est une "course contre-la-montre", selon les experts. Lukas Seehausen, chercheur au CABI, explique au micro de la RTS que cet insecte se reproduit dix fois plus vite que son cousin européen. Apparu en France en 2004, il s'est propagé à une vitesse fulgurante à travers l'Europe. En Suisse, les cantons frontaliers comme Genève, Vaud ou le Jura sont les plus touchés.
Si on ne fait rien, il y en aura de plus en plus, et cela deviendra un problème majeur
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Les interventions pour détruire les nids, souvent coûteuses, peuvent atteindre 500 francs dans certains cantons. Toutefois, comme à Neuchâtel, des initiatives proposent des services gratuits pour encourager les signalements. "Si on ne fait rien, il y en aura de plus en plus, et cela deviendra un problème majeur", alerte Pierre-Olivier Aragno, délégué à l’environnement de la Ville de Neuchâtel.
Une menace pour l’écosystème et l’agriculture
Outre les abeilles, le frelon asiatique s’attaque à plus de 1500 espèces d’insectes, perturbant ainsi l’écosystème. "Il a une incidence terrible sur l’écosystème. Dans les Landes, 90% des colonies d’abeilles sauvages que je connaissais ont disparu", déplore Étienne Roumailhac, spécialiste en désinsectisation en France.
En Galice, des vignobles ont déjà été abandonnés car les ouvriers refusent d’y travailler à cause des frelons
L’agriculture est également touchée. Grégoire Hupka, vice-président de la société apicole de Morges, s’inquiète pour les cultures de fruits et de raisin. "En Galice, des vignobles ont déjà été abandonnés car les ouvriers refusent d’y travailler à cause des frelons", explique-t-il.
Un appel à l’action au Parlement
Le conseiller national Didier Calame (UDC/NE), également agriculteur, a porté la problématique du frelon asiatique devant le Parlement fédéral. "Moins il y a d'abeilles, moins ça pollinise, et il est plus difficile de gérer une exploitation agricole, surtout en zone de montagne", souligne-t-il.
Ce n'est pas un débat de droite ou de gauche, c'est un débat global. Si on ne fait rien, c'est la biodiversité qui en pâtira
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Son postulat demande un soutien financier pour les chasseurs de nids et des indemnisations pour les apiculteurs touchés. "Ce n'est pas un débat de droite ou de gauche, c'est un débat global. Si on ne fait rien, c'est la biodiversité qui en pâtira".
"Mettre le maximum d'effort"
Les experts sont unanimes: l’expansion du frelon asiatique est encore contrôlable, mais le temps presse. "Nous sommes dans la phase où il faut mettre le maximum d’efforts pour ralentir sa progression", insiste Daniel Chérix, entomologiste.
Mais l’avenir s’annonce incertain, d’autant plus que d’autres espèces invasives, comme le frelon géant asiatique, pourraient également faire leur apparition en Europe.
Jean-Daniel Bohnenblust/hkr