Le déploiement de drones dans les rues de Bruxelles pour poursuivre les trafiquants suscite la controverse : "Une fuite en avant sécuritaire"

Des escadrilles de drones survoleront-elles bientôt la capitale à la poursuite des trafiquants de drogues ? En début de semaine, dans une interview accordée à La Libre, le ministre-Président bruxellois Boris Dilliès (MR) a indiqué sa volonté de renforcer à la fois le réseau de caméras et les capacités de drones.

Ces appareils "seraient localisés au niveau des commissariats dans les quartiers et les communes les plus sensibles. Un peu sur le principe des hotspots (NdlR : principaux points de deals)", précisait le libéral. Avant d'ajouter que ces dispositifs devraient permettre de "pister" des individus en fuite ou de réaliser certains devoirs d'enquête. Objectif affiché : pouvoir couvrir tout point au sein de la Région en moins de quatre minutes.

Fusillades à répétition

L'annonce intervient alors que les incidents de tirs se multiplient, notamment à Saint-Gilles, mais aussi à Anderlecht. Des discussions autour du projet sont en cours entre le gouvernement et safe.brussels, l'organisme chargé de la coordination des politiques de sécurité et de prévention.

Le patron de la coalition régionale, Boris Dilliès, espère une mise en place pour fin 2027. "Nous sommes toujours au stade de l'analyse des mesures proposées par le gouvernement", indique Benjamin Bergiers, porte-parole de l'agence régionale.

Boris Dillies et Jean Spinette
Boris Dillies et Jean Spinette ©Bernard Demoulin

Ce déploiement de drones suscite toutefois de nombreuses questions en matière de protection des libertés individuelles et de la vie privée. Manuel Lambert, juriste à la Ligue des droits humains (LDH), ne cache pas ses craintes.

"On met le pied dans la porte en allant de plus en plus loin dans la surveillance généralisée. C'est une fuite en avant sécuritaire doublée d'un solutionnisme technologique. Penser que mettre plus de caméras et de drones permettra de résoudre le trafic de drogues est un leurre. Il s'agit d'un problème social : les personnes concernées par la consommation ou la vente vivent souvent dans une grande précarité. On sait qu'il y a aussi de gros soucis de logement et de décrochage scolaire à Bruxelles. Pourtant, le gouvernement coupe dans les subsides aux associations (l'enveloppe dédiée aux ASBL actives auprès des personnes souffrant d'assuétudes reprises dans le PGSP a été diminuée de 22 %, NdlR) et mise tout sur la répression."

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Un encadrement insuffisant

Derrière l'effet d'annonce, l'utilisation de drones par les services de police n'est pas – à proprement parler – une nouveauté. Depuis plusieurs années, les forces de l'ordre peuvent déjà s'en servir lors de manifestations, d'opérations de recherche ou encore de surveillances ciblées. "Dans la loi sur la fonction de police, les règles qui concernent les caméras mobiles s'appliquent aussi à l'utilisation d'engins aériens. Ces drones peuvent donc être utilisés pour des tâches de police administrative ou judiciaire", explique Frank Schuermans, président ad interim de l'Organe de contrôle de l'information policière (COC).

Une dizaine d'appareils sont notamment mis à disposition des zones locales par safe.brussels. Les règles obligent qu'un policier se trouve aux manettes du drone. Pas question d'employer du personnel civil ou un sous-traitant privé.

Dans les faits, le projet du ministre-Président semble en tout point réalisable. Mais ce renforcement (dont les contours demeurent flous) est-il souhaitable ? Selon Manuel Lambert, il n'aura de toute manière que peu d'effets : "Le fait d'être filmé n'a jamais empêché les trafiquants de commettre leurs actes. Nous avons d'ailleurs une multitude d'images de jeunes qui tirent avec des kalachnikovs en pleine rue… Pourtant, les fusillades ne diminuent pas."

Big Brother

Lorsqu'ils sillonneront les rues de Bruxelles, ces drones capteront une multitude d'images de la voie publique mais aussi des badauds étrangers à l'intervention policière ou encore des habitations. De quoi poser de sérieuses questions sur les risques en matière de protection de la vie privée et des libertés individuelles. Car, une fois enregistrées, ces données devront être stockées et parfois partagées. À Bruxelles, la plateforme de vidéoprotection (VPRB), créée au lendemain des attentats terroristes de 2016, mutualise notamment les images des caméras de surveillance.

Face à La Libre, Boris Dilliès se voulait rassurant. L'Ucclois assurait que l'utilisation de drones par la police s'avérait d'ores et déjà "hyper encadrée". À ses côtés, le bourgmestre de Saint-Gilles, Jean Spinette (PS), surenchérissait : "Ce n'est pas de la surveillance où on flique tout le monde. Je vous assure que le jour où Big Brother arrive, je serai de l'autre côté de la barricade."

ZUIENKERKE, BELGIUM - AUGUST 5 :Launch of a drone project involving the Bredene/De Haan, Blankenberge/Zuienkerke, Bruges, and Damme/Knokke-Heist police districts. Over the coming months, they will jointly test a VTOL fixed-wing drone. Through this pilot project, the four districts are exploring how innovative drone technology can strengthen police operations and contribute to an efficient approach to addressing the issue of illegal migration along the coast. The collaboration is formalized in a cooperation agreement and is named Droneschild Oost... on August 05, 2026 in Zuienkerke, Belgium, 05/08/2026 ( Photo by Bert Van Den Broucke / Photonews
©BVB

L'actualité récente a pourtant égratigné ce narratif. Fin 2025, Le Soir révélait que la zone de police Bruxelles-Capitale-Ixelles (PolBru) avait réalisé 144 vols de drones avec l'aide d'une entreprise privée flamande Citymesh. Une opération jugée illégale par l'Organe de contrôle de l'information policière (COC).

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"Contrairement à ce qu'indique M. Dilliès, les législations policières restent assez floues sur la prise et l'utilisation d'images", ajoute le juriste de la LDH. Au-delà du cadre légal insuffisant, les moyens de contrôle s'avèrent aussi déficients. "C'est évidemment impossible de tout vérifier… J'ai huit personnes pour s'occuper de toute la police belge, locale et fédérale, et seulement un spécialiste IT dans mon organisation…", rappelle Franks Schuermans.

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