Le couple royal danois, accompagné de Philippe et Mathilde, visitera le Bois de Lauzelle, labo à ciel ouvert de l'UCLouvain
Du mardi 8 au jeudi 10 septembre, le roi du Danemark Frederik X et la reine Mary effectueront une visite d'État en Belgique. Mercredi, accompagnés du roi Philippe et de la reine Mathilde, ils visiteront le Bois de Lauzelle, à Louvain-la-Neuve.
Cette promenade a pour objectif de mettre "en valeur la biodiversité du Bois de Lauzelle et les recherches de l'Université catholique de Louvain concernant la préservation des espaces naturels et forestiers", indique le Palais royal.
Cette forêt périurbaine privée de 198 hectares appartient à l'UCLouvain. Elle remplit ainsi les trois missions de l'université: enseignement, recherche et service à la société.
"Le Bois de Lauzelle est un laboratoire à ciel ouvert pour la recherche et un outil pédagogique pour l'enseignement. Il est aussi ouvert au grand public", résume Mathieu Jonard, professeur à la Faculté des bioingénieurs de l'UCLouvain, spécialiste du fonctionnement des écosystèmes forestiers et de la modélisation de l'impact des changements climatiques sur les forêts.
L'impact du changement climatique y est étudié
De nombreux étudiants, notamment en bioingénierie, y réalisent des exercices de diagnostic écologique, d'inventaire des arbres et d'évaluation de leur état de santé. En master de gestion forestière, les étudiants doivent élaborer un plan d'aménagement d'une zone du bois à partir d'un diagnostic de la forêt, des défis de gestion et des interventions sylvicoles à envisager.
Le bois sert aussi de terrain d'expérimentation. Depuis 25 ans, une placette fait l'objet de mesures et d'observations sur la santé et la croissance des arbres, notamment. Elle s'inscrit dans un réseau européen qui permet de suivre l'état de santé des forêts, identifier les causes des évolutions observées et déterminer si ces phénomènes sont propres à un site ou plus largement répandus.
D'autres recherches portent sur des sujets ciblés, comme l'impact de la gestion forestière sur les populations de tiques.
Des toits, installés au-dessus de semis naturels, ne laissent passer qu'un tiers des précipitations. Les chercheurs peuvent ainsi mesurer les effets de la sécheresse sur leur croissance en comparaison avec une zone témoin.
Des hêtres sous pression
L'adaptation au changement climatique constitue d'ailleurs "le grand challenge actuel" des forêts, indique Mathieu Jonard. "Le Bois de Lauzelle est composé pour un tiers de hêtres, une essence particulièrement sensible aux changements climatiques. Cette année, ils souffrent de la sécheresse, alors qu'ils se remettent encore des séquelles des sécheresses de 2003, 2018, 2020 et 2022. Dans certaines zones du bois, des hêtres ont les feuilles roussies, voire tombées. Cela donne une impression d'automne. On constate que l'architecture de certains hêtres se simplifie: ils n'ont plus la même densité de feuillage."
Cette fragilité pousse les gestionnaires à diversifier le choix des espèces et à favoriser la régénération naturelle d'espèces plus adaptées à la sécheresse, comme le chêne sessile. "L'idée n'est pas de tout changer, souligne le professeur. La gestion d'une forêt s'inscrit dans le temps long. La non-gestion n'est pas inintéressante non plus. 5,5 hectares du bois de Lauzelle sont en réserve intégrale, ce qui permet de favoriser la biodiversité associée aux stades de sénéscence de la forêt. Sinon, il y a un plan de gestion établi en fonction des objectifs visés et la recherche d'un équilibre entre les différentes fonctions."
Beaucoup de chênes du bois sont issus d'un effort de replantation mené il y a 150 ans."Ces arbres majestueux font la beauté et la valeur écologique du site mais il serait intéressant de pouvoir avoir plus de chênaies de différents âges, car cela offre différents habitats et rend la forêt plus résiliente. À un moment, ces chênes arriveront au bout de leur cycle, et il faut donc assurer la relève. Pour cela, nous essayons d'être proactifs et de favoriser la régénération naturelle du chêne, même si celle-ci n'est pas évidente à obtenir étant donné les fructifications irrégulières, les besoins en lumière du chêne, la forte compétition avec d'autres essences et la pression du gibier."
Fond de vallée humide et landes sèches
Le Bois de Lauzelle abrite notamment deux milieux particuliers: un fond de vallée humide et des landes sèches. "Ces dernières ont tendance à être recolonisées par la forêt. Il faut donc intervenir régulièrement pour les entretenir. Quant au fond humide, bien avant l'université, on avait tendance à le drainer. Maintenant, on revient en arrière afin de retenir l'eau et créer un réseau de milieux aquatiques interconnectés. Pour cela, nous sommes bien aidés par le castor."
Après leur visite, les couples royaux danois et belge se rendront au Château de La Hulpe pour un déjeuner consacré à l'importance des biosciences dans nos sociétés.
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