«Le Corset» triomphe aux festivals : Louis Clichy dévoile son succès
Publié14. octobre 2026, 07:48
Interview du réalisateur«Le Corset»: le film qui rafle tous les prix et serre le cœur
Pixar, «Astérix», puis un film à petit budget qui fait énormément parler. Louis Clichy nous parle de ce virage artistique. En salles romandes, dès ce mercredi.

À la terrasse d’un hôtel zurichois, en marge du Zurich Film Festival, Louis Clichy est décontracté, ravi d’être là. Son séjour ne durera qu'un peu plus de 24 heures. Mais son film, lui, a déjà fait du chemin. «Le Corset» a décroché le Prix spécial du jury à Cannes, dans Un certain regard, trois récompenses au Festival international du film d’animation d’Annecy — Prix du jury, Prix du public et Prix Fondation Gan à la diffusion — puis le Bayard spécial du jury au FIFF de Namur.
De quoi bomber le torse? Louis Clichy garde un sourcil levé: «Comme j'ai une petite défiance vis-à-vis du milieu du cinéma, je me dis qu’il y a toujours une espèce de flagornerie, de gentillesse.» Il savoure pourtant les feedbacks: «Je dois admettre que j’ai beaucoup de retours positifs», dit-il, avant de penser à l’équipe: «On a bossé beaucoup.»
Le film, qui sort ce 14 octobre dans les salles romandes, signe aussi un virage: après ses années chez Pixar en ayant travaillé en 3D pour «WALL-E», «Là-haut», puis la réalisation de deux Astérix avec notamment Alexandre Astier, Louis Clichy a voulu arrêter les commandes et lancer un projet, plus personnel, en animation traditionnelle. Il assume ce choix: «Je suis très content. Ce petit film, avec des budgets moins gros, donc des revenus un peu moins forts, finalement, c’était le bon choix.»
La Beauce sans filtre Instagram
La trame? Christophe, 11 ans, grandit à la ferme dans la Beauce des années 80. Il penche, tombe: les médecins diagnostiquent une scoliose et lui imposent un corset métallique, jour et nuit. Pas exactement l’accessoire de saison. Cette armure médicale devient le fil d’une histoire sur l’adolescence, le corps qui change et les tensions familiales. Et sur l’écran, c’est «Comme un ouragan» de Stéphanie de Monaco qui résonne, «la bande-son imposée par mes sœurs de mon enfance», rigole le réalisateur.
La matière est intime: «Je viens d’un milieu rural, mes parents étaient agriculteurs», raconte Louis Clichy, qui a grandi à la ferme jusqu’à ses 9-10 ans. L’idée du «môme qui penche la tête», il l’avait même avant d’arriver chez Pixar. Elle ne l’a jamais lâché, et il s’y est mis pour de bon en sortant du deuxième «Astérix», en 2019. Le réalisateur a d'ailleurs aussi porté un corset, mais «beaucoup plus tard, vers 17 ans»; il a rajeuni cet épisode pour le film. «Mon corset n’était pas aussi visible. Et je me suis dit: «Tiens, c’est un bon vecteur pour parler d’enfermement.» Avec, en toile de fond, la dureté du monde agricole et une relation compliquée avec la fratrie et le père. «J’avais plein de thèmes, j’essayais de me dire: est-ce que tout ça rentre dans quelque chose de cohérent? Ce n’était pas gagné.»
Encore fallait-il convaincre les financeurs qu’un film sur un enfant avec un corset à la campagne et dont la famille rencontre des problèmes dans le milieu agricole pouvait trouver son public. «Dans une économie un peu mercantile, ça ne rentre dans aucune case», résume-t-il. La question «à qui ça s’adresse?» a longtemps inquiété les partenaires; obtenir l’avance sur recettes du Centre national du cinéma et de l’image animée, décisive pour le financement, fut l’étape la plus rude. Après quoi, la production a roulé, dans une «très bonne osmose» avec ses producteurs. Les distributeurs prévoient maintenant aussi des séances du soir spécialement pour les adultes. Et on confirme, ce projet est pour tout âge.
Car le film touche en plein cœur. «Beaucoup de gens viennent me dire qu’ils portent un corset ou qu’ils en ont porté un», raconte Louis Clichy. D’autres lui parlent de la relation père-fils: «C’était dur». Sa famille l’a vu, sauf son père, décédé. Sa mère, elle, est restée «très mutique»: c’était «très bien», et pas un mot de plus. Le réalisateur dit avec humour que ça risque de lui «revenir dans la gueule». Si le film devait servir à quelque chose, ce serait à «renouer un dialogue familial» et à faire réfléchir «les pères un peu bourrus».
Pixels, viande et ouragan
Pourquoi la 2D? Parce qu’elle lui laisse la main sur tout. Dans son atelier, Louis Clichy peut reprendre une scène, peaufiner le rythme, les voix, le dessin. «J’aime pas quand je passe trop de temps sur un dessin, faut qu’il marche bien tout de suite.» L’aquarelle est une idée de sa directrice artistique, qui a trouvé comment colorer son trait très appuyé.
Autre habitude, héritée de Pixar: demander des retours francs à l’équipe. Pas simple quand les artistes osent à peine critiquer le réalisateur. Alors Louis Clichy a rendu les avis anonymes, histoire de pouvoir entendre un «peut-être que c’est un peu chiant» sans froisser personne. «L’idée, c’est de faire avancer le schmilblick.»
Côté casting, Alexandre Astier, complice des deux «Astérix» qu’il a réalisés, a prêté sa voix au film. Séduit par le scénario, il l’a même coproduit. Louis Clichy redoutait qu’il se mêle de tout, mais il lui a donné carte blanche. Et une suite? Les enfants la réclament à chaque séance, mais le réalisateur n’est pas fan: «C’est comme une sucrerie, il faut la prendre une fois, faut pas y revenir.» Il préfère inventer de nouveaux personnages.
Prochain projet: un film en 3D avec des chiens et des chats. Sur le papier, «un énième film avec des chiens et des chats», admet-il, mais il compte bien le «tordre» pour en faire plus qu’un simple divertissement. On a hâte.

Fabio Dell'Anna (fda) est journaliste au sein de l'équipe nationale de 20 Minutes, à la rubrique People, depuis janvier 2026. Son domaine de prédilection est la musique.