Le Code du bien-être animal revient au parlement bruxellois par la voie citoyenne : "Personne ne pourra se cacher derrière le huis clos"
La demande a été formellement envoyée au parlement bruxellois : Guy Vanhemelen, vétérinaire auderghemois, diplômé en philosophie mais surtout dépositaire d'une pétition au parlement bruxellois, a obtenu les 1 000 signatures nécessaires pour exiger d'être reçu en commission au parlement.
Sa revendication : que les parlementaires discutent du Code du bien-être animal. Sa pétition a été soutenue par la suite par Gaïa (lire ci-dessous), dont il n'est pas membre : "Les militants sont essentiels pour faire avancer des dossiers dans une société. Ma démarche, elle, est simplement citoyenne et n'est pas polémique. Je veux surtout amener le débat. Je ne veux pas imposer telle ou telle mesure dans le futur Code, juste que le débat ait lieu. Je fais confiance au personnel politique pour avoir les discussions nécessaires et prendre les décisions."
Mais alors, pourquoi vouloir juste amener le débat ? Plusieurs textes sur le Code du bien-être animal sont pourtant déjà dans les tiroirs du parlement. En réalité, ils commencent plutôt à y croupir, certains depuis quasi deux ans.
Le spectre de l'abattage
En 2022, le débat autour du Code avait fait surgir une énorme fracture au sein du parlement bruxellois et au sein même des groupes politiques sur la question de l'abattage rituel ou plus exactement de l'obligation d'étourdissement avant un abattage (déjà adopté en Flandre et en Wallonie). Hormis la N-VA, le PTB et Groen, aucun parti n'avait réussi à obtenir un vote unanime de ses députés. La séquence s'était soldée par un rejet de l'obligation d'étourdissement après de violentes joutes verbales notamment entre le PS (majoritairement contre l'obligation) et le MR. Elle aura aussi mis en avant les pressions auxquelles pouvaient faire face les députés qui, pour certains, sont sortis usés de ce passage.
L'abattoir d'Anderlecht est donc le seul du pays à pouvoir abattre sans étourdissement et il a annoncé la fin de ses activités d'abattage en 2028.
Bref, le spectre de l'abattage plane toujours et la nouvelle majorité régionale se garde bien de se positionner sur le sujet, d'autant plus que le PS et le MR sont désormais partenaires. La ministre en charge du bien-être animal, Elke Van den Brandt (Groen), expliquait s'en remettre au parlement.
Sauf que la commission Environnement, qui doit commencer à analyser le texte, refuse d'agender les différentes versions du Code proposées notamment par Défi (cosigné par Groen) ou la N-VA. Résultat : le débat sur l'abattage n'a pas lieu, mais d'autres non plus. Les propositions de Codes abordent en effet un panel d'autres mesures (interdiction du commerce de colliers électriques, financement des refuges, client mystère afin de démanteler les réseaux de trafiquants, plan de gestion des chiens destiné à repenser l'utilisation de l'espace public, coordination entre acteurs…)
"Tout le monde va poser avec un petit chien sur les réseaux sociaux"
"La commission est maîtresse de son agenda, mais les travaux sur les ordres du jour se déroulent à huis clos et la majorité bloque systématiquement. Il faut le dire : le MR, qui se positionne publiquement comme grand défenseur de la cause animale, s'écrase devant le PS", martèle Jonathan de Patoul (Défi). La journée mondiale du bien-être animal arrive ce 4 octobre. Tout le monde va poser avec un petit chien sur les réseaux sociaux. Mais il y a les paroles et les actes. Avec cette pétition dont l'auteur va être reçu lors d'une séance publique, chaque groupe devra se positionner. Personne ne pourra se cacher derrière le huis clos, y compris le MR.
L'élu amarante a volontairement retiré de sa version du texte l'étourdissement, justement pour que le débat puisse avoir lieu. "Je voulais me concentrer sur l'abattage en lui-même. Est-ce pertinent d'avoir une activité d'abattage en pleine ville ? L'idée serait d'interdire l'abattage tout court en Région bruxelloise après 2028 pour laisser le temps au secteur économique de se préparer," nous expliquait-il y a quelques mois. Cela empêcherait donc surtout de potentiels nouveaux projets d'abattoirs. Pour la N-VA, par contre, pas question d'attendre jusqu'en 2028.
"On parle d'un dossier traité pour la dernière fois il y a 4 ans"
Interrogée sur le positionnement du MR face à ce nouveau débat public qui s'annonce, la cheffe de file des libéraux au parlement bruxellois, Loubna Azghoud, assure que "le MR a toujours été volontariste sur le sujet : c'est même le seul parti francophone à n'avoir pas compté de voix contre l'abattage avec étourdissement obligatoire en 2022 (reste qu'une députée s'était abstenue et qu'une autre n'avait pas pris part au vote, NdlR). Nous voulons avancer de la manière la plus efficace possible au lieu de se contenter d'effets de manche comme certains partis, notamment avec des textes concrets directement liés aux auditions en commission, qui ont pour but de mettre à jour les différents chapitres du Code, puisque l'on parle d'un dossier traité pour la dernière fois il y a 4 ans…"
La libérale assure donc que des auditions auront lieu en commission environnement sur ce sujet. "L'enjeu est maintenant de trouver une majorité pour faire voter un maximum d'avancées."
Enfumage
Concernant les auditions évoquées par Loubna Azghoud, Jonathan de Patoul crie à "l'enfumage". "Ils en ont parlé en commission il y a des mois avant de revenir en disant qu'ils n'avaient rien dit… Il n'y a aucune audition de programmée sur le sujet. Et des auditions, on en a déjà eu plein, il faut débattre et voter le texte. Le MR veut détricoter le Code et avancer sur des morceaux séparément pour montrer qu'ils bougent mais ça n'a aucun sens. Le Code doit se voter en un bloc."
Côté Engagés, le tout nouveau chef de groupe, Alain Deneef, assure que son parti "souhaite que Bruxelles se dote rapidement d'un Code du bien-être animal ambitieux, qui permette de renforcer concrètement la protection des animaux. Des textes relatifs au bien-être animal ont déjà été déposés. Les Engagés ne s'opposeront pas à leur mise à l'agenda. Nous souhaitons que le débat puisse avancer."
Contacté il y a plusieurs jours sur le sujet, le chef de groupe PS, Jamal Ikazban, n'a pas répondu à nos sollicitations.
Gaïa remet le couvert en détournant l'image de la Région
Fin 2025, Gaïa avait lancé une campagne de communication contre l'abattage sans étourdissement reprenant l'imagerie officielle de la Région bruxelloise, notamment l'iris bruxellois, mais signait son flyer avec le nom du ministre-président de l'époque, Rudi Vervoort, et une photo de ce dernier. Une réappropriation, certains diront "usurpation" qui n'était pas passée à la Région. L'association et son président se sont retrouvés mis en demeure par la Région. Gaïa dénonçait alors une procédure-bâillon.
Finalement, avec le renouvellement de la majorité, les poursuites ont été abandonnées.
Pour soutenir la pétition de Guy Vanhemelen, Gaïa a de nouveau lancé une campagne notamment via la diffusion de toutes-boîtes. Sur l'entête de l'enveloppe, on peut retrouver le logo de la Région accompagné de l'habituel "Be. Brussels" et d'un "Be. Protégé" barré.

Une nouvelle appropriation des Codes officiels de la Région que l'association assume. "On détourne de façon caricaturale l'image d'un pouvoir public inactif sur ce dossier. On veut faire comprendre au citoyen le double discours de certains, notamment du MR qui bloque la mise à l'agenda du code et intervient sur des thématiques plus faciles pour montrer qu'ils font quelque chose. Si c'était à refaire, on le referait. Nous ne sommes pas coupables de l'inaction politique", commente l'association, qui a aussi déployé une grande banderole contre l'abattage sans étourdissement place de la Monnaie.

Contacté, le cabinet du ministre-président, Boris Dilliès (MR), nous assure qu'il n'y avait pas de volonté de poursuivre cette nouvelle appropriation par Gaïa des Codes de la Région.
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