Le climat dantesque de l’été va-t-il s’inviter davantage (et persister) dans le débat pour 2027 ?
Politique 30/08/2026 07:04 Actualisé le 30/08/2026 07:50
Les drames de l’été ont replacé l’écologie au cœur de l’agenda politique. Mais sans provoquer le « déclic » et le changement de paradigme politique réclamé par les scientifiques.

ISABELLE SOURIMENT / Hans Lucas via AFP
L’été dantesque va-t-il s’inviter dans le débat pour 2027 ?
Canicule, climatisation, incendies, Canadair, pompiers. Cinq mots qui se sont imposés entre mai et août 2026, marqués par la destruction de forêts et zones d’habitations, les controverses sur le manque de moyens, le mal-être des professionnels de la Sécurité civile, la difficulté à survivre dans des villes pas adaptées. Mais l’été touche désormais à sa fin et les températures redescendent. Au même rythme que la mobilisation politique sur les enjeux climatiques ?
De Marine Le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par Gabriel Attal et Marine Tondelier, tous les candidats à la présidentielle ont pris la parole au plus fort des incendies. Édouard Philippe a mis sur la table son Canadair « souverain », le Rassemblement national et les Républicains ont exigé l’examen de la proposition de loi sur la sécurité civile, tandis que les Écologistes ont sommé le Premier ministre d’organiser une réunion transpartisane de crise et que la France insoumise a réclamé une commission d’enquête parlementaire. Les cinq vagues de canicule ont elles donné lieu à des échanges musclés sur… la climatisation.
La concentration des échanges sur cette solution partielle et de court terme a désespéré la ministre de la Transition écologique comme les scientifiques. Dans un entretien au Monde fin août, le paléoclimatologue et ancien vice-président du groupe scientifique du GIEC Jean Jouzel déplorait ainsi l’absence de « discours très forts » des candidats à l’Élysée sur le réchauffement climatique « au même plan que d’autres thématiques comme l’immigration ou la sécurité. »
L’écologie, « un sujet important parmi d’autres »
À l’heure où les catastrophes climatiques s’enchaînent, il est difficile de faire totalement l’impasse sur les questions climatiques, ne serait-ce que par intérêt électoral. Selon une étude d’opinion réalisée par notre partenaire YouGov début août, 58 % des Français estimaient que la lutte contre le changement climatique devait être « un sujet important, parmi d’autres » de l’élection présidentielle de 2027, soit 6 points de plus qu’un mois plus tôt. Un tiers des 18-34 ans en faisait même « une priorité ».
Presque tous les partis se sont donc déjà emparés du sujet. Sans surprise à gauche, les trois principaux candidats déclarés Marine Tondelier, Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ont placé l’écologie au cœur de leur campagne. L’eurodéputé Place Publique promet d’être le « président de la transformation écologique », la numéro 1 des Verts défend « un programme de prospérité écologique » et l’Insoumis a fait de son concept d’écorégions un point « central » pour son projet de VIe République.
À l’opposé sur l’échiquier politique, Édouard Philippe s’est engagé dès son premier meeting de faire de l’écologie « un sujet de campagne » avant de juger à la fin de l’été qu’il « n’est plus possible de penser séparément écologie et économie. » Dans l’équipe de son concurrent Gabriel Attal, la députée du Pas-de-Calais et ancienne ministre Agnès Pannier-Runacher souligne auprès du HuffPost que « la dette écologique » est traitée « au même niveau que la dette publique et s’ajoute » aux quatre priorités (éducation, immigration, IA et salaires) mises en avant par le candidat. Chez Bruno Retailleau, pas connu pour être le plus en pointe sur cette thématique, son entourage assure aussi « prendre le sujet au sérieux », citant en guise d’exemple son projet sur l’électricité présenté en mai ainsi qu’une tribune, parue dans La Tribune du dimanche début août et qui montre « qu’on a monté le ton. »
« Je ne sais pas si on va en faire plus »
En cette rentrée politique, seul le Rassemblement national n’a pas investi le terrain. Au-delà de ses critiques sur l’action gouvernementale et la promotion de son « plan clim’ » controversé le parti d’extrême droite représenté par Marine Le Pen n’a fait aucune proposition concrète sur les politiques environnementales, identifiées comme un « angle mort » en interne.
Pour autant, aucune des écuries sondées ne parle de révision profonde du programme à la lumière des catastrophes de l’été. « Je ne sais pas si on va en faire plus » nous glisse-t-on dans l’entourage du candidat LR, où l’écologie n’est pas « plus prioritaire » que d’autres volets du programme. Du côté d’Horizons, Édouard Philippe a jusqu’à présent privilégié d’autres thématiques, comme l’immigration, l’éducation ou encore l’emploi. L’entourage de Gabriel Attal met lui en avant son plan sur l’eau, présenté en août et assure « ne pas avoir attendu cet été pour faire de l’écologie un sujet transversal du programme ». L’objectif est de faire « infuser » l’écologie dans tout le programme, mais pas question de construire le programme autour de la question écologique.
Interrogé par Le HuffPost au cours de l’été, le climatologue François Gemmene se montrait très dubitatif sur un effet déclic de l’été 2026 dans les priorités des candidats à l’Élysée. « On a toujours tendance à oublier très rapidement ces épisodes », relevait-il. Le premier débat présidentiel, organisé le 27 août par l’organisation patronale du Medef, a de quoi lui donner raison. Si quasiment tous les candidats ont évoqué, à un moment ou un autre, la transition écologique, la secrétaire nationale des Verts a été l’une des rares à discourir en longueur sur le sujet et à l’inclure dans des propositions économiques, comme lorsqu’elle a répété, à plusieurs reprises, que « l’inaction climatique coûte cinq fois plus cher que l’action ». Sans parvenir à captiver ni son auditoire ni ses adversaires.