« Le classement Pisa est l’autre dette que nous laissons à nos enfants »

Les résultats de l’enquête Pisa 2025 ont électrisé l’actualité en mettant la lumière sur la baisse du niveau des élèves français. Le phénomène est déjà préoccupant en soi, mais ajoutons qu’il se conjugue aux progrès chaque jour plus stupéfiants de l’intelligence artificielle.

Le problème se pose alors de manière simple : y a-t-il un risque d’affaiblissement intellectuel et cognitif des générations futures, alors qu’elles vont devoir résister à la tentation inédite de déléguer leur pensée et leur raisonnement ?

Avant tout un outil

L’an dernier, une publication remarquée du prestigieux Massachusetts institut of technology (MIT) nous mettait en garde contre la « dette cognitive », c’est-à-dire la perte progressive d’indépendance induite par l’usage des LLM – les programmes d’intelligence artificielle conçus pour comprendre, interpréter et générer du texte en langage naturel – dans les processus qui permettent de penser, de questionner, d’écrire, de mémoriser, de critiquer, de créer. Sachant que l’avenir sera probablement à une connexion encore beaucoup plus intime entre l’homme et la machine.

Face à ce risque, nous sommes nombreux à avoir répété que l’intelligence artificielle devait rester avant tout un outil dont on se sert pour approfondir ses connaissances et augmenter ses capacités, y compris d’esprit critique.

Mais que vaut cette conviction si nous laissons s’atrophier ainsi lesdites capacités et connaissances ? Autrement dit, quelle « liberté cognitive » sera possible demain, si le niveau des élèves régresse jusqu’à ce qu’ils peinent à lire et à compter, tandis que les limites de l’intelligence sont quotidiennement repoussées par le smartphone au fond de leur poche.

L’IA, béquille ou tremplin ?

Cette question vertigineuse croise celle de l’égalité des chances. Les enfants qui naissent dans des familles à fort capital culturel, avec des parents investis et sensibilisés à la question, seront certainement à même de tirer le meilleur de l’IA. Leur réflexion, leur créativité, leur capacité d’effort seront formidablement décuplées.

Pour les autres élèves, qu’en sera-t-il ? L’IA pourrait devenir un précepteur permettant à tous les enfants, même les plus défavorisés, d’accéder à une éducation sur mesure. Elle pourrait aussi nous faire entrer pour de bon dans un système à deux vitesses, rendant le rôle de l’école plus crucial que jamais. Nous leur devons de regarder cette réalité avec lucidité pour inverser la tendance et assurer une éducation émancipatrice pour tous.

École : l’heure des choix décisifs

Les conséquences à long terme sur la capacité de production et d’innovation sont également vertigineuses. Il est difficile d’imaginer à quoi ressemblerait l’économie de notre pays si nous devenions dépendants de la machine dans notre capacité même à raisonner. Bien sûr, l’enseignement supérieur aura son rôle à jouer, en adaptant et en repensant les formations qu’il propose. Mais il ne pourra pas rattraper pour chacun ce qui s’est joué auparavant.

Nous avons mis des décennies avant de regarder en face le drame que constituent la dette financière et la dette écologique que nous laissons à nos enfants. Ne reproduisons pas la même erreur en ce qui concerne la dette cognitive. Dans la période électorale qui s’ouvre, c’est le sujet fondamental qui devrait mobiliser candidats et électeurs.

D’autant que le tableau n’est pas complètement sombre : les élèves français surperforment au niveau de l’OCDE quand il s’agit de « rechercher des informations de nature scientifique, les évaluer et les utiliser pour éclairer la prise de décisions et les actions »… Une compétence loin d’être négligeable dans la nouvelle donne induite par l’IA !

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