Laurent Nunez, un ministre de l'intérieur qui fait front au mouvement lycéen
Claude Askolovitch évoque le mouvement étudiant, ses débordements et la réponse du ministre de l'Intérieur. Un retour sur l'évolution de la violence lors des mobilisations lycéennes, en comparant la situation actuelle à la grande manifestation de novembre 1990.
Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, qui tient le front du mouvement lycéen et dont une phrase m’a interpellé : "On a été confrontés sur de nombreux établissements, en réalité à des actions qui ne sont pas des actions revendicatives, de manifestations classiques. Ça s'apparentait beaucoup plus à des violences urbaines."
Et cela se comprend dans le bruit des mortiers, les incendies ou le choc à bout portant d’un projectile policier dans les dents d’un enfant de 14 ans à Saint-Ouen-l'Aumône. Mais si la violence aujourd'hui semble inséparable de la révolte lycéenne, je me souviens d'un temps où son apparition choquait.
Les mobilisations des années 1990
Il y a 37 ans, la gauche gouverne sous Mitterrand et les lycées crient déjà misère. Cet automne-là, le viol d’une lycéenne dans son établissement à Saint-Ouen-l'Aumône déclenche un mouvement.
Des dizaines de milliers de lycéens prennent la rue. Le 12 novembre, une manifestation immense se tient à Paris.
Mais un millier d’adolescents saisissent l’opinion. Ils sont étrangers à la manif, mais profitent d'elle pour piller les magasins le long du cortège.
Un jeune reporter qui fustige sans nuance black et beurs de banlieue s’appelle Jean-Marc Morandini, devenu de notre temps une figure des médias Bolloré. En 1990, il travaille sur la 5, qui appartient au milliardaire italien Berlusconi. Chaîne dont la parole brute annonce notre temps. En 1990, on y entendait aussi Karine lycéenne lilloise revenue fâchée de Paris...
"Les zoulous" dit-elle… Un mot de l’époque pour parler de bandes de jeunes noirs.
Sur la 5 toujours, on entendait un médecin alors célèbre, le docteur Olievenstein, qui avait travaillé sur les jeunes drogués : "Ce sont les exclus, ce sont les marginaux, ce ne sont même pas ceux qui se plaignent des lycées. Ce sont ceux qui ont été mis à la porte ou qui sont mis à la porte des lycées pour qui il n'y a aucun avenir, j'ai envie de dire les loups sont entrés dans la ville."
Et ainsi naissait en douce une idée qui a nourri l’extrême droite, qu’il existait dans les banlieues un peuple hostile à la France et dangereux aux blancs.
On pensait alors que cette France hostile était différente du vrai peuple lycéen et de ses manifestations.
Aujourd’hui la violence et la lutte sociale s’entremêlent. Que disent de nous nos manifs, que dira-t-on dans quarante ans ?
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franceinfo