Lapinot s’égare dans les univers parallèles
Dans « Art total », Lewis Trondheim envoie son personnage fétiche à grandes oreilles dans un monde futuriste au risque de perdre le lecteur.
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Dans une société futuriste, pilotée par l’intelligence artificielle (toute ressemblance avec un monde bien réel…), les individus n’ont plus rien d’autre à faire, à part méditer et se reposer. Mais ce bonheur béat n’est pas du goût de Richard, l’ami de Lapinot qui, lui, préfère l’aventure ! Heureusement sinon l’album se serait arrêté à la première planche…
Les deux compères décident alors de rejoindre une mission intergalactique en compagnie d’une artiste plasticienne pour se rendre sur une planète lointaine, à 50 millions d’années-lumière. L’objectif est de recenser les milliards de civilisations existantes pour créer une œuvre d’art totale… Fichtre ! Mais dans cette quête à la fois artistique et métaphysique, nos deux héros vont encore se retrouver dans des situations bien embarrassantes.

Avec ce tome 18 des « aventures de Lapinot », Lewis Trondheim – auteur prolifique de bandes dessinées (Donjon, La Mouche, Infinity, etc) et cofondateur de la maison d’édition indépendante L’Association au début des années 1990 – plonge pour la première fois son personnage fétiche à grandes oreilles et son inénarrable acolyte à tête de chat dans des mondes parallèles et futuristes.
Après le genre fantastique du précédent album Le chapeau maudit, où nos deux héros devaient combattre un esprit malfaisant, il explore celui de la science-fiction, un thème qui lui tient à cœur. On y retrouve à la fois les ingrédients de 2001 l’Odyssée de l’espace sur la relativité de l’univers, 1984, pour le monde orwellien où tout esprit critique est aboli, ou encore l’exploration de mondes parallèles avecValérian et Laureline, première grande série française de science-fiction en bande dessinée imaginée et dessinée par Pierre Christin et Christian Mézières dans les années 1970.
Comme la réalité dépasse souvent la fiction, l’histoire résonne aussi avec l’actualité à savoir le développement préoccupant et dangereux de l’Intelligence artificielle dans le monde. Malheureusement, cette aventure spatio-temporelle risque de dérouter plus d’un lecteur habitué des péripéties comiques et décalées de Lapinot et ses amis depuis son album inaugural Slaloms, paru d’abord à L’Association puis chez Dargaud, il y a une trentaine d’années.
L’humour est beaucoup moins présent – même si Richard a toujours une ou deux blagues à raconter – et le récit est plombé par des considérations métaphysiques et existentialistes souvent absconses. Les personnages secondaires – notamment l’artiste plasticienne Val Caclav – manquent d’etoffe et il faudra attendre le dénouement pour que le récit s’emballe (mais tardivement).
Même la confrontation entre les terriens et les « grands anciens », cette race d’alien hyperintelligente qui gouverne le monde par sa bienveillance, tombe un peu à plat… Dommage et vivement le retour sur le plancher des vaches !
Les aventures de Lapinot, tome 18 : Art total, Lewis Trondheim. Editions Dargaud, 48 pages, 14 euros. (parution 28 août 2026)
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