La Withuis à Jette, joyau retrouvé du modernisme
C'est une petite maison mais iconique du modernisme à Bruxelles, la Withuis, "La maison blanche" située 183 avenue Charles Woeste à Jette, qui vient d'être inaugurée après sept années de travaux de restauration pour qu'elle retrouve tout son éclat originel. Sept années dont cinq et demi de démarches administratives, alors qu'il n'a fallu que 7 mois à Joseph Diongre pour la construire en 1927 !
Joseph Diongre (1878-1963) est l'architecte notamment du bâtiment Flagey, de l'église de Molenbeek et de la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert.

La Withuis porte un nom en connivence avec la Zwarthuis à Knokke, autre architecture iconique, cette fois de Huib Hoste en 1924.
Quand la Belgique était moderniste: l'aventure de 7ArtsLa Withuis, d'une architecture entre Art Déco et moderniste, est célèbre d'abord pour sa façade blanche en granito, avec ses angles proéminents, ses châssis rouge framboise et ses portes orange donnant vers les terrasses. Et les châssis bleu cobalt à l'arrière. Joseph Diongre était alors impressionné par le travail du grand architecte hollandais Berlage (1856-1934).
Une vingtaine de corps de métier, quarante personnes et les architectes Frédéric Goeminne (Goeminne Architects) et Florence Doneux (Architectures parallèles) ont mené les travaux de restauration. Ils se sont basés sur des recherches documentaires et des analyses physiques permettant de retrouver les couleurs et les enduits d'origine.
La maison est une œuvre complète de Diongre
La maison est une œuvre complète de Diongre, très colorée au contraire de la façade, avec les meubles qu'il a dessiné, la cage d'escalier jaune et noire, les éclairages, les vitraux confiés par Diongre au verrier F. Crickx montrant souvent une étoile, les portes en multiplex raboté et souvent avec une audacieuse teinte verte, les enduits décoratifs sur les murs. On y a ajouté un lanterneau à l'aplomb de la cage d'escalier, et aménagé au sommet quasi invisible de la rue, une chambre contemporaine.

Exposition du modernisme belge
Cette maison familiale sans luxe avait été commandée à Diongre par Jef Mennekens, secrétaire communal à Molenbeek, poète, dramaturge sensible à la cause flamande face à une élite francophone alors dominante, auteur de pièces jouées au KVS. Il fut abattu en 1943 devant chez lui par erreur, a-t-on dit ensuite, par la Résistance en 1943.
Sa famille y a habité jusqu'en 2018 quand la dernière propriétaire Daisy Mestriaux-Mennekens avait 103 ans. C'est alors un amoureux de cette architecture qui l'a rachetée et complètement restaurée. Il se considère moins comme le propriétaire de cette maison que celui chargé de la préserver et de la transmettre aux générations suivantes.
La maison est maintenant visitable.

Pour l'occasion, elle présente une belle exposition de tableaux modernistes belges de Marthe Donas, Victor Servranckx, Felix De Boeck, Josef Peeters. Deux mouvements occupent la plus grande part du paysage artistique belge de l'entre-deux-guerres : l'expressionnisme flamand au nord du pays, et le surréalisme autour de Magritte, au sud. Au point d'occulter souvent ce fort courant moderniste belge, très branché sur les avant-gardes internationales et à qui cette expo rend hommage. Ce virage moderniste, vif surtout à Bruxelles et Anvers, fut porté par des revues comme 7Arts des frères Bourgeois évoqué aussi à l'expo. La Belgique d'alors n'avait rien à envier aux modernistes européens.
La maison est maintenant visitable du 19.09 au 22.11. Visites de groupe guidées organisées par Arkadia, uniquement sur réservation https://arkadia.be/fr/visites-guidees/lart-abstrait-belge-la-withuis
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