"La Vie en relief", un documentaire sur Jacques Henri Lartigue : portrait en 3D d'un génial amateur devenu le photographe du bonheur

On lui doit le portrait officiel et modernisé de Valery Giscard d'Estaing en 1974. Le président fraîchement élu voulait "une photo gaie" : il choisit Jacques Henri Lartigue, photographe "joyeux". Le documentaire "La Vie en relief" au cinéma en retrace le curieux parcours.

France Télévisions - Rédaction Culture

Publié le 13/09/2026 13:15

Temps de lecture : 4min

Madeleine Van Weers, cousine de Lartigue, à Paris, au 40 rue Cortambert, en 1905. Le photographe la légende ainsi : "Bichonnade aussi saute pour mes instantanés". Vue gauche d’un négatif stéréoscopique sur plaque de verre 6x13cm. (JACQUE HENRI LARTIGUE)
Madeleine Van Weers, cousine de Lartigue, à Paris, au 40 rue Cortambert, en 1905. Le photographe la légende ainsi : "Bichonnade aussi saute pour mes instantanés". Vue gauche d’un négatif stéréoscopique sur plaque de verre 6x13cm. (JACQUE HENRI LARTIGUE)

Son nom aurait pu ne jamais figurer parmi ceux les photographes reconnus. C'est aux Etats-Unis, en 1963, à l'âge de 69 ans, que Lartigue obtient la reconnaissance. D'un coup, tout va très vite : une exposition au Musée d'art moderne de New York, le prestigieux Moma, un portfolio dans Life Magazine et le fameux portrait présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing dix ans plus tard.

Mais dès avant, bien avant, depuis sa première photographie à l'âge de 9 ans jusqu'à ce jour de 1963, Jacques Henri Lartigue a avec joie, insouciance et pugnacité, chaque jour, photographié son monde. C'est une œuvre photographique particulière, en relief – bien avant la 3D d'aujourd'hui – que nous raconte le documentaire bien nommé La Vie en relief. Il sort en salles le 16 septembre, quarante ans presque jour pour jour après sa mort, le 12 septembre 1986.

En 1894, naît dans un milieu privilégié avec un père banquier richissime, Jacques Lartigue. Ce père fortuné et original l'initie très tôt à la photographie. En 1902, le jeune garçon écrit fièrement dans son journal : "première photo absolument seul".

C'est le début d'une carrière amateur et d'une passion. Bien plus tard, il déclarera : "Je ne suis pas photographe, seulement quelqu'un qui, pour son plaisir, a pris des photographies toute sa vie...".

Dans la famille Lartigue, on est inventeur. Zissou, son frère, rêve de réaliser un aéronef et de s'envoler. Jacques, lui, capte son monde avec un appareil photo stéréoscopique ; il veut emprisonner le mouvement.

La pesanteur les ennuie et Jacques immortalise en 1905 sa cousine, Madeleine van Weers, s'envolant ainsi au-dessus des marches de l'escalier de la rue Cortambert à Paris. Près de soixante-dix ans plus tard, le portrait présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing, en 1974, conserve cet esprit de mouvement avec un drapeau flottant au vent à la place du classique bureau du président.

Maurice Lartigue, surnommé Zissou, sur son "bob" à 4 roues, Rouzat, août 1910. (JACQUES HENRI LARTIGUE)
Maurice Lartigue, surnommé Zissou, sur son "bob" à 4 roues, Rouzat, août 1910. (JACQUES HENRI LARTIGUE)

Dans le château familial de Rouzat ou sur les champs de courses d'Auteuil, le jeune Lartigue capture ses sujets au quotidien : sa famille réunie, ses amantes dans leur bain, les belles du bois de Boulogne. La lumière y est toujours douce, une vie hors des réalités du monde. Le documentaire dit : "Les maux sont absents des clichés de Lartigue", privilège de la bourgeoisie quand les guerres ou les drames en sont encore éloignés. Tout ce monde est immortalisé en stéréoscopie car Lartigue déclare : "J'étais spécialement fasciné par le miracle de la photographie qui pouvait arrêter net un mouvement, pour en attraper l'image que les yeux laissaient échapper."

Assis dans son fauteuil, équipé des lunettes, le spectateur de La Vie en relief revit les Années folles, la Belle Epoque, le temps des inventeurs...

Madeleine Messager et Michèle Verly, Aix-les-Bains, mai 1928. (JACQUES HENRI LARTIGUE)
Madeleine Messager et Michèle Verly, Aix-les-Bains, mai 1928. (JACQUES HENRI LARTIGUE)

La vie s'anime et bien plus délicate qu'une 3D hollywoodienne, celle de Denis Gaubert emporte le spectateur dans le temps passé, à la recherche des plaisirs et de l'insouciance. Viendront les guerres, mais cela, c'est une autre histoire...

Liant journal intime, agendas et écrits raffinés de Lartigue aux images, le réalisateur bâtit un récit à la fois cinématographique et littéraire. "Les citations de Lartigue sont authentiques", dit Denis Gaubert qui ajoute : "Toute cette histoire est à la fois banale et romanesque."

La Vie en relief ne raconte donc pas les années de "gloire" de Jacques Henri Lartigue, car il est déjà âgé quand le monde de la photographie le découvre. Le réalisateur a plongé dans les archives du photographe pour en révéler vingt-cinq ans de pratique, soit 5 000 images et toutes en "stéréoscopie".

Mais qu'est ce donc que cette 3D d'antan ? Petit cours d'optique. Nos yeux perçoivent en relief car ils sont deux. Pour créer cette vision en photographie, il suffit de deux images à peine décalées et le cerveau, grâce à des lunettes spéciales, reproduit le monde en trois dimensions. Le procédé connaît un succès populaire à la fin du XIXe siècle.

Jean Haguet, à Rouzat, en septembre 1911, photographié par J.H. Lartigue. (JACQUES HENRI LARTIGUE)
Jean Haguet, à Rouzat, en septembre 1911, photographié par J.H. Lartigue. (JACQUES HENRI LARTIGUE)

Avec l'arrivée du cinéma, la photographie stéréoscopique connaît un coup d'arrêt. Lartigue se tourne vers le panoramique. Mais, car il y a un "mais", Jacques Henri Lartigue n'a qu'un rêve. Il veut être peintre. Jusqu'en 1963, il gagne sa vie comme portraitiste, dessinateur, ses toiles ne convainquent pas les collectionneurs. La photographie reste un hobby. Un hobby à 120 000 clichés en quatre-vingts ans.

Denis Gaubert déclare dans le dossier de présentation du documentaire : "En regardant le film en 2D, on voit déjà très bien que Lartigue cherchait à en mettre plein les yeux. Ses images sont fortes et émouvantes. En les découvrant en 3D, comme il les avait conçues, on bascule dans une autre dimension. On mesure à quel point ces 5 000 images ont été un moment unique dans l'histoire de la photo et dans l'œuvre de Lartigue." Une découverte de l'histoire de la photographie et une jubilation d'une vie plus forte qu'une fiction.

Affiche du documentaire "La Vie en relief". (JACQUES HENRI LARTIGUE)
Affiche du documentaire "La Vie en relief". (JACQUES HENRI LARTIGUE)

Genre : Documentaire en 3D
Réalisation : Denis Gaubert
Avec : Luàna Bajrami, Hervé Pierre, Milo Machado-Graner
Pays : France
Durée :
68 min
Sortie :
16 septembre 2026
Distributeur :
UFO Distribution
Synopsis : Paris, la Belle Epoque. Jacques, un tout jeune photographe amateur, s'avance dans la vie en s'accrochant à son appareil stéréoscopique. Avec lui, il photographie en 3 dimensions tout ce qui l'émerveille : la grâce fugitive des passantes, la conquête de l'air, les cascades de ses cousins… le temps qui file comme les bolides. Il ne sait pas que ses images deviendront un jour célèbres dans le monde entier. Il sera alors connu comme le grand photographe Jacques Henri Lartigue.

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