La Russie aura-t-elle épuisé toutes ses capacités militaires d’ici 2028?
Dans une interview accordée au Times, Oleh Ivachtchenko, chef des services de renseignement ukrainiens (HUR), prévient que Moscou ne pourra pas maintenir le rythme actuel des attaques en Ukraine. Selon lui, la Russie pourrait arriver à un point de blocage d’ici 2028.
Ine Holmstock, Kevin Dupont
Source: HLN, The Times
11 septembre 2026, 08:23
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Selon le chef du HUR ukrainien, Oleh Ivachtchenko, la Russie recrute environ 1.000 militaires par jour, parfois 1.200. Mais les pertes quotidiennes seraient encore plus importantes. “Hier, elles s’élevaient à 1.410, et la veille à 1.551. Parmi eux, 835, soit environ 60%, ont été tués au combat”, a-t-il déclaré. Les services de renseignement occidentaux estiment pour leur part que la Russie perd chaque mois environ 6.000 militaires de plus qu’elle ne parvient à en recruter.
Les chiffres du Center for Strategic and International Studies (CSIS) américain vont dans le même sens. Selon ce groupe de réflexion, l’armée russe perd actuellement entre 30.000 et 34.000 militaires chaque mois, contre environ 27.000 nouvelles recrues. Depuis 2022, la Russie aurait ainsi subi, selon le CSIS, une perte totale d’environ 1,4 million de soldats, dont peut-être 450.000 morts. L’Ukraine, quant à elle, estime les pertes russes à plus de 1,5 million. Il faut ajouter à cela les dégâts, principalement logistiques, infligés par les frappes ukrainiennes qui se multiplient sur le territoire russe.
Toutes ces pertes ont un profond impact sur les rangs russes. Selon Oleh Ivachtchenko, la combativité du côté russe s’effrite même à toute vitesse: “Le moral est au plus bas, car personne ne veut se battre. Le soutien de la population russe est également limité: la plupart des gens ne veulent en réalité pas la guerre”.
“800.000 militaires supplémentaires”
Afin d’y remédier, les spéculations sur une nouvelle vague de mobilisation refont surface en Russie. Le président ukrainien Zelensky avait déjà déclaré le mois dernier que Moscou souhaitait mobiliser 300.000 militaires supplémentaires, notamment pour mener à bien la conquête de la région de Donetsk. D’après Oleh Ivachtchenko, les généraux russes voudraient même aller encore plus loin. Ils auraient demandé à Poutine de mobiliser pas moins de 800.000 hommes supplémentaires après les élections russes de ce mois-ci.
Ce nombre colossal se heurte toutefois à des limites pratiques. L’armée russe ne peut tout simplement mobiliser, équiper, nourrir, former et intégrer que 300.000 à 500.000 nouvelles recrues à la fois. Pour pallier ces pénuries, Moscou est de plus en plus contrainte à bricoler vaille que vaille. Selon le journal russe d’opposition Novaïa Gazeta, face à la baisse du nombre de soldats sous contrat, Poutine aurait récemment donné son accord à une proposition surprenante: recruter des volontaires officiellement jugés totalement inaptes au service militaire, en l’occurrence pour les affecter à la défense contre les drones ukrainiens frappant la Russie.
Outre ces recrutements en Russie même, le Kremlin se tourne de plus en plus vers l’étranger. Les services de renseignement militaires ukrainiens (HUR) estiment que Moscou a recruté plus de 28.000 combattants de cette façon. De plus, selon Oleh Ivachtchenko, environ 8.000 militaires nord-coréens se trouvent actuellement dans la région de Koursk. “Nos renseignements indiquent que ce nombre pourrait prochainement atteindre environ 50.000” au total, prévient-il.
L’Ukraine également confrontée à des problèmes
En parallèle, l’Ukraine subit également de lourdes pertes. Le CSIS américain estime le nombre de victimes ukrainiennes entre 525.000 et 625.000. Tout comme la Russie, le pays a beaucoup de mal à reconstituer ses rangs et tente à son tour de recruter des combattants étrangers.
Pourtant, selon les services de renseignement occidentaux, cette situation ne jouera pas en faveur du Kremlin à long terme. La pression interne sur la Russie ne cesse de s’intensifier, ce qui s’explique non seulement par les pertes massives subies sur le champ de bataille, mais aussi par une progression sur le front qui marque le pas, des troubles sociaux liés aux restrictions d’accès à Internet et des pénuries aiguës de carburant à la suite des attaques ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes.