"La robotisation, le numérique, l'IA ne contribuent pas à notre modèle social alors qu'ils concurrencent le travail", déplore Michel-Edouard Leclerc, président des centres E.Leclerc
Publié le 31/08/2026 22:30
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Article rédigé par France 2 - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions
Michel-Édouard Leclerc, président des centres E.Leclerc, était l’invité du journal de 20 Heures, lundi 31 août sur France 2.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
France Télévisions : L’idée de rapprocher le salaire net du salaire brut, c’est l’une de vos propositions. Concrètement, comment fait-on sans réduire la protection sociale ?
Michel-Édouard Leclerc, président des centres E.Leclerc : Il faut d’abord défendre le modèle social. Je ne suis pas quelqu’un qui va vous dire, même si je suis plus libéral que d’autres, que le modèle américain nous attend. Je n’aimerais pas vivre sous Musk ou sous Trump.
Donc on ne réduit pas le social.
Tout ce débat est légitime. Mais le modèle social, qui fait la cohésion sociale, on n’y touche pas. Par contre, il faut trouver de nouvelles formes de financement. Pourquoi ? Parce que le nombre de travailleurs et le nombre d’emplois sont concurrencés par l’arrivée des robots, par le numérique. Votre téléphone, aujourd’hui, ne paye pas de charges sociales, ni patronales, ni salariales. Et pourtant, il remplace le photographe, la Poste.
Vous voulez mettre à contribution les robots, l’intelligence artificielle, mais ça va jusqu’où ? Est-ce que par exemple, la caisse automatique de chez Leclerc serait concernée ?
Oui aussi, tout ce qui est automatique, etc., il faut chiffrer ça et il faut scénariser ça. Allez sur ChatGPT, allez sur Claude, allez sur des moteurs de recherche, vous verrez qu’on ne nous alimente pas, ça reste un positionnement idéologique. Ce que je demande, c’est de pouvoir discuter de vrais scénarios de transfert des charges sociales, d’abord salariales, vers les concurrents du travail. C’est quand même incroyable aujourd’hui que la robotisation, le numérique, le digital, l’IA ne contribuent pas à notre modèle social alors qu’ils concurrencent le travail.
L’idée aussi que vous mettez sur la table, c’est d’augmenter la TVA pour financer la hausse des salaires. Une sorte de TVA sociale.
C’est une partie des hommes politiques ou des chefs d’entreprise qui parlent du financement. Mon père disait ça aussi, il croyait qu’on pouvait transférer sur la TVA. La TVA sur les services, ce n’est pas la TVA sur les besoins des gens. Je ne comprends pas quel est le handicap idéologique qui fait qu’on ne le travaille pas, ce scénario. Parce que de toute façon, ce n’est pas possible de financer par le travail notre modèle social.
Comment concilier pouvoir d’achat et transition écologique ? On voit que chaque euro compte pour les courses. Comment faire pour que les bons choix du quotidien soient aussi les bons choix pour la planète ?
Aujourd’hui, c’est très anxiogène ce qu’entendent les gens. C’est-à-dire que pendant tout l’été, vous nous avez montré des images d’incendie, vous nous avez montré la canicule, les prévisions climatiques, Jean-Marc Jancovici qui dit qu’il faut faire ça ou ça. Mais à chaque fois, on dit que le consommateur paiera, ou on ne le dit pas, mais on le pense. Le nouveau modèle nutritionnel, qui va payer ? Et à chaque fois, le consommateur entend ces débats, y compris sur les finances publiques, et à chaque fois, c’est le budget des ménages qu’on voit en jeu. Aujourd’hui, il faut se battre pour que la nouvelle économie arrive plus vite, décarboner avec une autonomie d’énergie, sortir de la dépendance du pétrole, mais il faut que ça reste accessible au plus grand nombre. Et c’est ça l’enjeu des trois prochaines années, c’est de relancer la croissance avec une économie plus vertueuse sur le plan environnemental et social, mais pour que tout le monde puisse en profiter.
Vous êtes quelqu’un d’engagé dans le débat public, vous mettez des idées sur la table et dans le débat. Est-ce que vous pouvez nous donner une réponse, parce que vous avez laissé planer le doute ces dernières semaines, ces derniers mois, est-ce que vous serez candidat à l’élection présidentielle ?
Non. Ce n’est pas pour moi et je n’ai pas le melon, mais je suis un entrepreneur engagé. Je cherche une manière de peser dans le débat public. Ce n’est pas moi qui me suis mis dans les sondages, c’est vous qui m’interpellez aussi.
Vous étiez plébiscité dans certains sondages.
Oui, mais ça vous responsabilise aussi. Car qu’est-ce que ça veut dire un entrepreneur engagé si on ne répond pas présent sur un certain nombre d’investissements collectifs ?
Vous voulez vous engager ?
Non, mais je ne peux pas, ce n’est pas pour moi. Je ne suis pas légitime à courir à une présidence. En plus, président des Français, ce n’est pas trancher le débat sur les retraites. C’est tenir tête à Trump, tenir tête à Poutine ou refaire l’Europe.
Donc vous allez vous engager d’une autre manière. Est-ce que vous allez par exemple soutenir un candidat ? On vous a vu cet été aux côtés de Gabriel Attal et dire plutôt du bien de lui d’ailleurs. Vous n’allez pas le soutenir ?
D’abord, mon investissement, c’est sur le terrain. Je suis un homme d’action et je pense que tout ce que vous venez d’évoquer, je peux aller plus vite avec mes collègues entrepreneurs de Leclerc mais de la distribution en général. Et je peux aller plus vite à cause de cette paralysie entre l’exécutif et le Parlement. Je pense que sur le terrain il y a une urgence et c’est dans cette utilité sociale dont je me sens la mission que je serai le plus crédible.
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