« La réception sera beaucoup plus hostile pour Trump » : la mise en garde d'un professeur de Harvard

2026-09-14T021018Z_1581944120_RC2MINAVB0RA_RTRMADP_3_USA-TRUMP-IRELAND

Donald Trump le 13 septembre 2026.

© Kylie Cooper

Olivier O'Mahony 20/09/2026 à 08:08, Mis à jour le 20/09/2026 à 08:08

L'AMÉRIQUE (ET LE MONDE) SELON TRUMP - Selon Stephen Walt, professeur à Harvard, le « leader du monde libre » ne fait « plus autant peur qu'autrefois ».

Quand il se rendra en début de semaine à New York pour parler à la tribune de l'Assemblée générale des Nations Unies, où chaque année fin septembre se retrouvent les leaders du monde entier, Donald Trump ne sera pas le bienvenu. Sur le site web de l'ONU, figure une déclaration de son secrétaire général, Antonio Guterres, qui en dit long sur l'état d'esprit collectif. « La Charte des Nations Unies, rappelle-t-il, s'ouvre sur deux mots simples : « Nous, peuples ». Elle ne dit pas : « Nous, Puissants ». Ni : « Nous, Vainqueurs ». Elle dit : « Nous, peuples » – nous tous – unis par une même conviction : celle que nous sommes plus en sécurité, plus forts et plus humains lorsque nous sommes solidaires. ». Faut-il y voir un message en forme de défi lancé au président américain, qui ne jure que par la loi du plus fort ? Cela y ressemble.

La suite après cette publicité

Tel est en tout cas l'avis du professeur Stephen Walt, professeur de relations internationales à la John F. Kennedy School of Government de l'université Harvard. « La réception sera beaucoup plus hostile que par le passé », pronostique-t-il. Selon le président américain, nous explique l'expert, « le monde est partagé entre gagnants et perdants. Vis-à-vis des pays alliés comme ceux qui ne le sont pas, son approche, c'est : "ce qui est à moi est à moi", et : "ce qui est à toi est négociable". C'était très clair quand il tentait de mettre la main sur le Groenland, ou lorsqu'il voulait faire du Canada le 51ᵉ État des États-Unis. C'est une vision prédatrice de la planète, à quoi s'ajoute l'imprévisibilité érigée en arme d'intimidation, au sens où tout accord que vous concluez avec lui est essentiellement sans valeur car il changera d'avis et rompra le deal quand cela lui conviendra. Il y a un an et demi, la première réaction de nombreux pays, et de l'Union européenne en particulier, a été d'essayer de s'accommoder de lui. Beaucoup craignaient que son aboiement soit pire que sa morsure. Il fallait être gentil, le flatter. Ce que de nombreux chefs d'État ont appris depuis (Lula au Brésil, Mark Carney au Canada, et même Giorgia Meloni en Italie, qui était pourtant une alliée), c'est que ça ne sert pas à grand-chose ! »

Tout a changé en un an

Cette année, le maître de la Maison Blanche va s'adresser à une audience bien différente de l'an dernier. En septembre 2025, la peur régnait. Donald Trump pouvait dérouler un discours où il attaquait tout le monde, à commencer par l'ONU elle-même, accusée d'inefficacité, l'Union européenne, les politiques environnementales

(« fausses », faites par « des gens stupides »), la reconnaissance de l'État palestinien (que venait de soutenir Emmanuel Macron la veille, mais qui serait un « cadeau au Hamas » selon le président américain), le multilatéralisme (au profit de la souveraineté nationale), etc. Il avait vanté les mérites du bombardement américain des sites nucléaires iraniens, survenu trois mois plus tôt en juin 2025, affirmant qu'il avait « tout rasé » et qu'il avait instauré la paix entre Israël et l'Iran.

Tout a changé en un an. La guerre devait à l'origine durer « 6 semaines », pas plus. Mais elle s'est enlisée et très vite, il est apparu que Trump avait sous-estimé l'ennemi, qui a déplacé le conflit sur le détroit d'Ormuz, faisant flamber les prix du baril. Résultat : « Les stocks de gaz et de pétrole sont plus bas que d'habitude, alors que nous nous dirigeons vers l'hiver. Les conséquences économiques du conflit vont donc s'alourdir. Trump veut étrangler l'Iran économiquement, qui, à un moment donné, espère-t-il, finira par dire "stop !". Mais ce qui est de plus en plus clair, c'est que le gouvernement iranien considère ce conflit comme existentiel. Sa survie est en jeu. Ce qui n'est pas le cas pour l'Amérique, ni pour nos alliés dans la région. Donc, à Téhéran, le seuil de tolérance à la souffrance est beaucoup plus élevé que chez nous. Et Trump est à court d'options », estime le professeur Walt.

La suite après cette publicité

Les négociations de paix engagées par ses émissaires avec la délégation iranienne n'ont pour l'instant rien donné. Sur le terrain, la situation a empiré, car les Houthis, groupe yéménite qualifié de terroriste par les États-Unis et soutenu par l'Iran, qui s'étaient jusqu'à présent largement tenus à l'écart du conflit, sont passés à l'offensive en juillet dernier. Ils ont annoncé un blocus naval visant les navires liés à l'Arabie saoudite dans le détroit de Bab el-Mandeb (entre le Yémen et Djibouti), réduisant fortement le trafic et ouvrant un nouveau front en plus d'Ormuz.

Consultations

Samedi matin 19 septembre, ils ont lancé des attaques sur Riyad, la capitale de l'Arabie saoudite, dirigée par le prince Mohammed ben Salmane, proche de Trump et surtout de son gendre Jared Kushner, avec qui il est allié en affaires. « À l'heure actuelle, MBS est confronté à une vraie menace pesant sur son contrôle du royaume », s'inquiétait hier sur le réseau X Brett Erickson, directeur général du cabinet Obsidian Risk Advisors, expert en risque géopolitique. Selon le site Axios, Trump profitera de son passage à New York pour tenir des consultations avec ses partenaires moyen-orientaux afin de les rassurer et de réitérer le soutien américain.

L'autre facteur qui alimente l'hostilité à laquelle Trump va se heurter aux Nations Unies, c'est sa guerre tarifaire, laquelle, non seulement heurte ses partenaires, mais ne donne pas les résultats escomptés. En particulier face à la Chine. On s'en souvient, en 2025, Trump avait dû faire marche arrière quand il avait fait grimper les droits de douane au-delà de 140 %, ce à quoi Pékin avait répliqué en instaurant des restrictions d'exportation de minéraux de terres rares et d'aimants, composants stratégiques sur lesquels la Chine exerce un quasi-monopole. « Trump a alors découvert qu'il y avait dans le monde des pays que l'on ne peut pas harceler, comme la Chine », constate le professeur Stephen Walt.

Mercredi prochain, après la séquence new-yorkaise, le président américain reviendra à Washington pour accueillir le président chinois en visite d'État, qui promet d'être à grand spectacle : ce samedi 19 septembre, dans une Maison Blanche déserte (le président étant à Camp David), les préparatifs allaient bon train. On notait la présence inhabituelle d'hommes en noir à l'allure asiatique s'activant dans les jardins. Sous le porte-fenêtre de la West Wing, l'aile ouest de la présidence où se trouve le Bureau ovale, à l'endroit exact où Trump saluera son homologue à son arrivée devant les caméras, était garée une grosse voiture recouverte d'une bâche sombre, dont les phares ressemblaient fort à ceux de la Hongqi N701, la limousine de Xi... La mise en scène sera parfaite : Trump a tout fait pour que son nouvel héliport, sur la pelouse sud, estampillé d'un énorme sceau présidentiel, soit fin prêt pour l'occasion. « Mais ce ne sera que ça : de la mise en scène, pour faire croire à une relation positive et constructive entre les deux dirigeants », pronostique le professeur Walt, qui ne s'attend pas à des résultats concrets, « sauf si Trump est désireux de décrocher un succès quelconque en politique étrangère, que ce soient des concessions sur Taïwan ou sur un sujet technologique. »

La ficelle commence à être connue

Vendredi dans la soirée, dans un message triomphaliste sur sa plateforme Truth Social, le président américain annonçait un « accord de sécurité » avec le Groenland qui mettait fin au contentieux avec le Danemark, l'UE et l'OTAN. Il évoquait le développement d'une « large présence militaire » sur le territoire arctique « de manière permanente », mais renonçait, de fait, à ses velléités d'annexion. Pour le professeur Walt, c'est beaucoup de bruit pour rien. « Il ne fait que réaffirmer ce qui était déjà la relation entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland. » Et le président est coutumier du fait. « Lors de son premier mandat, il avait fait pareil avec l'accord commercial ALENA avec le Canada et le Mexique, qu'il avait fortement critiqué, et renégocié, pour aboutir à un accord à peine différent… qu'il veut remettre en cause aujourd'hui ! » Dramatiser, menacer, rediscuter, garder l'essentiel, revendiquer la victoire : la ficelle commence à être connue.

Aujourd'hui, constate l'expert, les pays « n'hésitent plus à créer des alliances » entre eux, comme l'Union européenne et le Canada cette semaine. « Pour l'instant, c'est plus symbolique que substantiel, mais c'est une indication de la direction dans laquelle les nations du monde s'engagent pour réduire leur dépendance vis-à-vis des États-Unis, à qui elles ne font plus confiance », relève-t-il. La réalité, selon lui, c'est que « Trump est au centre de la vie politique américaine depuis dix ans » et qu'aujourd'hui « il ne fait plus autant peur qu'autrefois. »

Avec un bémol cependant. Ce 19 septembre, vers 20 heures, sans donner de raison, le président revenait à la Maison Blanche alors qu'il était prévu qu'il passe le week-end entier à Camp David. Sur la pelouse, tous les journalistes présents se demandaient alors : « Mais qu'est-ce qu'il nous prépare encore cette nuit ? » Il est passé devant eux sans donner de réponse.