La puissance américaine entravée : le pari de Donald Trump sur la force a échoué

Donald Trump a eu besoin de « survendre » l’accord conclu avec le Danemark et le Groenland, pour faire oublier ses échecs. La puissance américaine, qui reste la plus importante au monde, atteint ses limites, et ne parvient pas à changer l’ordre mondial. Il est temps d’en imaginer un autre.

Donald Trump avait décidément bien besoin d’un succès international pour devoir à ce point en exagérer la portée. L’accord conclu par les États-Unis avec le Danemark et le Groenland ne mérite pas l’emphase que lui ont donné le président des États-Unis et son entourage. L’accord maintient la souveraineté danoise, là où Trump voulait étendre le drapeau étoilé sur toute l’hémisphère nord-américaine ; et il s’inscrit dans la continuité des relations existantes depuis des décennies entre l’armée américaine et cette dépendance danoise, membre de l’OTAN.

Mais glorifier un vrai-faux succès permet quelque peu de faire oublier les échecs, ou les impasses, et, surtout, de détourner l’attention des prix de l’énergie qui explosent, aux États-Unis comme ailleurs, du fait de la guerre hasardeuse déclenchée dans le Golfe par Donald Trump.

Au point que l’on doive s’interroger sur cette puissance entravée américaine. Les États-Unis restent la première puissance mondiale, première économie, première armée, pionniers de l’IA et des technologies de demain. Et pourtant, ils n’arrivent pas à leurs fins, ni avec la guerre tarifaire déclenchée par le président, ni dans ses aventures militaires qu’il espérait aussi faciles que son succès au Venezuela en janvier.

Jusqu’au retour de Donald Trump, la puissance américaine se démultipliait par son réseau d’alliances, à commencer par l’OTAN, et par son influence dans la gouvernance mondiale. Trump a décidé de passer outre, et de se reposer sur la seule force des États-Unis, économique, technologique, militaire.

C’était un pari audacieux, et s’il avait fonctionné, en particulier contre la Chine, ou contre l’Iran, Donald Trump serait aujourd’hui craint et respecté sans limites. Mais il est dans l’échec.

Le président américain accueille cette semaine à Washington le numéro un chinois Xi Jinping, à un moment où le rapport de force n’est pas favorable aux États-Unis. Trump a adouci le ton vis-à-vis d’une Chine qu’il diabolisait hier : le bras de fer sur les droits de douane et les terres rares s’est conclu à l’avantage de la Chine. Pour le moment.

C’est aussi le cas sur les deux conflits majeurs de l’heure, l’Ukraine et le Moyen Orient. Dix-huit mois après son entrée à la Maison Blanche, Trump ne parvient pas à peser sur le premier qu’il avait juré de résoudre en 24 heures, et il est empêtré dans un Moyen Orient compliqué, auquel il a voulu imposer des solutions simples.

Les conséquences de cette « puissance entravée » ? La protection américaine est dévaluée, que ce soit en Arabie Saoudite avec le refus de Washington d’intervenir contre les Houthis yéménites qui bombardent le royaume ; en Europe avec le mépris dont le président des États-Unis traite ses alliés de l’OTAN, à coup de menaces de droits de douane à chaque instant ; ou encore en Asie où l’on désespère de la parole américaine.

Cela rend le monde plus imprévisible, avec d’autres puissances qui se sentent pousser des ailes, à l’instar de Vladimir Poutine qui reçoit régulièrement les émissaires américains Steve Witkoff et Jared Kushner - sans rien lâcher.

L’Assemblée générale des Nations Unis qui s’ouvre aujourd’hui à New York est à l’image de ce monde en fragmentation, victime du désintérêt américain qui se traduit par des baisses budgétaires dramatiques, et une organisation mondiale rendue impuissante. Il est temps de penser au « monde d’après », après la puissance entravée d’une Amérique qui n’y arrive plus.