« La pédagogie, c’est donner à l’élève l’envie d’apprendre, ce n’est pas juste un transfert de contenu » : les ambitions de Jean-Philippe Vinci pour cette rentrée scolaire à Monaco
L’an dernier, vous mettiez en place à la rentrée les pochettes NoPhone imposant aux collégiens et lycéens de ranger leurs smartphones dans l’enceinte des établissements. Cette mesure est reconduite, quel est votre bilan ?
On s’est aperçus que les élèves, surtout au collège, l’acceptaient correctement. Cela leur permet de se reconnecter à eux-mêmes. C’était un peu l’idée. Dans la cour de récréation, à la cantine, les élèves se parlent plus volontiers. Ça a fait baisser aussi le nombre de photos sauvages dans les couloirs. Et surtout, ça recentre la tension en cours. L’élève n’est pas constamment perturbé par une notification, une photo. Donc, c’est très positif. FANB nous emboîte le pas cette année, et on voit que la plupart des pays font la même chose.
Tout en gardant ce côté un peu coercitif d’une pochette pour enfermer le téléphone. Les élèves ne sont pas prêts à seulement le laisser dans leur sac ?
Il faut les aider à être raisonnables. La pochette, c’est un moyen. Mais nous ne sommes pas constamment derrière eux. C’est une volonté pédagogique de faire confiance. La plupart prennent l’habitude. Et certains élèves, même si je pense que c’est à la marge, ont dit qu’ils laissent le portable à la maison.
"« Ce serait pas mal qu’ils aient une tenue officielle »"
Autre évolution de l’année scolaire passée, c’était l’arrivée de la tenue uniformisée au collège Charles-III. Et la suite, imaginez-vous une tenue standardisée dans les années à venir pour les lycéens ?
Le conseiller de gouvernement pour l’Intérieur souhaite que l’on pousse la réflexion. Ce serait pas mal qu’ils aient une tenue officielle, surtout qu’ils ont des représentations, des voyages. Donc oui, on y réfléchit.
En attendant les lycéens retrouveront leur établissement sur le Rocher pour cette rentrée. La fin des galères après une année chaotique et un relogement d’urgence à Noël. Comment a été vécue cette année particulière ?
Cela a été très compliqué pour les équipes enseignantes. Le gouvernement a mis beaucoup de moyens pour que les élèves soient le plus vite possible en présentiel. Le distanciel, ça va trois semaines. Au-delà, c’est très compliqué. Mais quand on regarde les résultats du bac, ils sont conformes aux autres années. Il n’y a pas eu de pénalisation.
Tout est stabilisé désormais au niveau des établissements. Il n’y a pas de gros chantiers à venir ?
Non. Nous pourrons d’ailleurs pour cette rentrée ouvrir la piscine du collège Charles-III [livrée en même temps que le bâtiment en 2024 mais jamais utilisée pour des malfaçons techniques, N.D.L.R.]. Nous avons désormais des travaux à la piscine de l’école Saint-Charles mais les élèves pourront utiliser celle de l’Annonciade, qui reste en service.
Lionel Beffre, l’an dernier, avait mis l’accent sur l’importance du respect de l’autorité. Est-ce que c’est, à Monaco, une notion qui s’érode un peu dans la vie scolaire ?
Peut-être dans le primaire, où les parents ont des attentes très différentes. Il y a beaucoup aussi de parents étrangers, donc il faut faire un travail d’explication. Et puis comme ailleurs, tout devient très procédurier aussi. Mais j’allais dire que du point de vue des élèves et des professeurs, l’autorité est quand même bien installée. On n’a pas les phénomènes qu’on retrouve dans d’autres pays. Il n’y a pas eu de violence vis-à-vis des professeurs, même si ça peut être tendu, avec les parents aussi.
"« C’est très difficile de dire à un parent que son enfant est mal élevé »"
C’est un phénomène nouveau ?
Tout le monde est devenu intolérant à la frustration. Ce qui est compliqué pour les parents, notamment dans le primaire, c’est que pour la première fois l’institution porte un jugement sur l’éducation qu’ils donnent à leurs enfants. Il faut l’accepter. C’est très difficile de dire à un parent que son enfant est mal élevé. En général, avec de l’explication, on y arrive. Et parfois des échanges peuvent être tendus avec les parents, notamment sur les absences dans les petites classes. L’école n’est pas à la carte, je le rappelle. Et on ne part pas trois semaines avant les vacances.
Concernant l’évolution du corps professoral, de plus en plus de Monégasques s’intéressent à ce métier ?
C’est vrai, nous avons trois Monégasques dans l’enseignement primaire, et deux dans l’enseignement secondaire ont réussi les concours et sont intégrés. Cela veut dire que le métier est attractif.
Une attractivité qui ne subit pas un désamour, à l’heure de l’intelligence artificielle qui change notre lien à la connaissance et au savoir, voyez-vous une forme de deuil à accomplir d’un enseignement qui sera plus jamais le même ?
Cette situation pose la question de ce qu’est enseigner. Si enseigner, c’est simplement transmettre du contenu, c’est certain que l’IA grignote petit à petit. La pédagogie, c’est donner envie à l’élève d’apprendre, ce n’est pas juste un transfert de contenus. C’est toute la relation qui se joue entre le prof et l’élève. Probablement, une façon de travailler change. Mais le cœur pédagogique du métier, à savoir être soucieux de chaque élève, s’adapter, aller le chercher où il est, tout ça, ça ne change pas. Mais ce n’est pas l’IA qui va vous aider à avoir le goût de l’histoire ou de la mathématique. C’est un professeur. Donc moi, je suis très serein là-dessus.