La jurisprudence Balladur
Édouard Balladur est décédé lundi dernier. Il avait 97 ans. L'homme aura laissé une curieuse leçon à la politique française : le grand favori d'un scrutin peut ne jamais atteindre le second tour. Début 1995, Balladur semblait promis à l'Élysée. Premier ministre de François Mitterrand, soutenu par une partie du centre et de la droite, il devançait largement Jacques Chirac dans les sondages. Certains considéraient même l'élection comme jouée d'avance. Dans la dernière ligne droite, Chirac a inversé la tendance.
L'ancien Premier ministre Edouard Balladur est décédé à l'âge de 97 ansCe cas d'école mérite d'être rappelé, et pas seulement dans l'évocation de sa carrière. Car à huit mois de la présidentielle de 2027, le scénario d'un duel Le Pen-Mélenchon au second tour paraît déjà installé dans les esprits. Les sondages les placent haut. Les commentateurs et les états-majors n'évoquent plus guère que cette hypothèse, aussi inquiétante soit-elle. Pourtant, la jurisprudence Balladur devrait ramener tout le monde à davantage de prudence.
Un sondage n'est pas une élection. Il mesure une opinion à un instant T. Mais il ne mesure aucunement la capacité d'un candidat à mener une campagne, à convaincre les indécis ou à provoquer une dynamique. Les cas de François Fillon et Dominique Strauss-Kahn, mais aussi la montée fulgurante d'Emmanuel Macron, rappellent que la politique n'est pas une course de chevaux dont le classement serait arrêté avant le départ.
Ces précédents alimentent immanquablement l'espoir de celles et ceux qui attendent leur tour et peinent à décoller, comme Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Gabriel Attal, Marine Tondelier, Xavier Bertrand, Bruno Retailleau ou même François Hollande, qui mise sur un malentendu. Toute campagne présidentielle peut imposer un thème inattendu, faire émerger une personnalité ou faire chuter un favori. L'échec d'Édouard Balladur tenait d'ailleurs aussi à son excès de confiance en sa destinée.
"Marine Le Pen a montré qu'elle a clairement le leadership du RN"Marine Le Pen a beau rester en tête, où est la dynamique ? Sa campagne commence plutôt mal, entre difficultés judiciaires, premiers faux pas et rivalité avec Jordan Bardella. Rien de déterminant à ce stade, mais suffisamment pour rappeler qu'un statut de favorite peut être aussi un piège.
Les historiens savent que le passé ne détermine pas l'avenir, mais qu'il aide à le comprendre. Balladur en est une parfaite illustration. En politique, les certitudes sont souvent les premières victimes du suffrage universel. En vérité, rien n'est jamais écrit.
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