« La grille des salaires ne suit plus le coût de la vie » : le train des Pignes encore paralysé ce vendredi par une grève des cheminots
Après une première journée de mobilisation vendredi 4 septembre 2026, les cheminots des Chemins de fer de Provence étaient à nouveau en grève ce vendredi 11 septembre, paralysant pour la deuxième fois le train des Pignes (1) entre Nice et Digne. La ligne, exploitée pour le compte de la Région Paca par les Chemins de fer de Provence, est empruntée chaque année par 650 000 voyageurs. Dans sa partie niçoise, elle est accessible avec un titre de transport Lignes d’Azur et fonctionne presque comme un tramway, fréquentée quotidiennement par quelque 2 500 usagers.
Devant les grilles fermées de la gare de Nice, derrière la gare du Sud, Rose attend l’un des trois bus de substitution de la journée. Elle prend le train tous les jours, pour aller travailler à Nice-Ouest. « C’est chiant, j’espère que le bus sera à l’heure », peste-t-elle. Pour autant, elle comprend les grévistes. « La vie est de plus en plus chère, donc c’est normal, tout le monde veut être mieux payé. »
Sylviane et Véronique, à la retraite, prennent quant à elles le train « de temps en temps ». Elles ont entendu qu’il y avait une grève à la radio, et attendent également le bus de substitution de 12 h 20. « Ils exercent leur droit, du moment qu’ils ont mis des bus de substitution, ça me convient », commentent-elles.
« On se sent comme des sous-cheminots »
Une banderole a été déployée par les cheminots : « Les Chemins de fer de Pauvrence. » « Quand on voit les salaires à la SNCF ou Transdev, on se sent un peu comme des sous-cheminots, explique Thomas Hernandez, responsable communication de la CGT Chemins de fer de Provence. D’ailleurs, on a un gros turnover, les gens viennent, se forment au métier, et s’en vont dans une autre entreprise pour gagner plus d’argent. »
Une première journée de mobilisation avait déjà mis à l’arrêt les trains vendredi 4 septembre. La CGT réclame une revalorisation collective des salaires, ainsi qu’une véritable reconnaissance de l’ancienneté. « La grille des salaires ne suit plus le coût de la vie, poursuit Thomas Hernandez. Le taux des grévistes est assez impressionnant, c’est du jamais vu, donc on compte bien continuer. »
L’entreprise compte 180 salariés, dont des conducteurs de train, des chefs de train, des facteurs mixtes, des agents d’accompagnement ou des régulateurs. Il y a déjà eu plusieurs rounds de négociation avec la direction. « Hier, on a un peu avancé, mais on est encore loin de ce qu’on réclame. On a fait une assemblée générale ce matin, et tout le monde est très motivé, on ne va rien lâcher, même s’il faut faire 10 jours de grève dans le mois », prévient Thomas Hernandez.
Photo : Romain Béal / Nice-Matin
« Je comprends les revendications »
Vincent Guillaume, directeur de la régie qui exploite la ligne des Chemins de fer de Provence, est venu ce vendredi matin à la rencontre des grévistes, de manière plus ou moins informelle. « J’étais là pour écouter les difficultés sur le terrain, et rappeler aussi les contraintes budgétaires, a-t-il expliqué à l’issue de la rencontre. Je comprends les revendications, mais il faut aussi que l’entreprise soit capable d’absorber la hausse des salaires demandée, et sur une seule année, c’est impossible. Donc on va voir si on ne peut pas étaler sur plusieurs années. En tout cas, les négociations se poursuivent, et il faut maintenant trouver une solution rapidement pour arrêter de pénaliser les usagers. »
Photo : Justine Meddah / Nice-matin
Pas de nouvelle grève avant une réunion le 15 septembre
La prochaine réunion entre la direction et les grévistes aura lieu mardi 15 septembre. En attendant celle-ci, aucune nouvelle journée de grève n’est prévue. « On espère tomber d’accord rapidement, parce que les usagers, peuchère, c’est eux qui trinquent. Mais c’est malheureusement le seul moyen de pression qu’on a », commente Thomas Hernandez.
« La Région va investir dans les trains, c’est très bien, mais il faut aussi investir dans l’humain. Aujourd’hui on a des trains vieillissants, qui tombent souvent en panne, avec la clim qui marche une fois sur deux… Et on est aussi victime de notre succès, on est souvent obligé de refuser des usagers, donc ça peut créer des tensions. C’est vraiment des conditions de travail particulières, et on aimerait avoir un peu de reconnaissance », ajoute le syndicaliste.
1- Le train des Pignes des Chemins de fer de Provence, ligne régulière de la Région faisant partie intégrante du réseau ZOU !, est différent du « Train des Pignes Historique », géré par l’association Groupe d’étude pour les Chemins de fer de Provence, lequel circule avec des locomotives à vapeur sur les mêmes rails, mais entre Puget-Théniers et Annot.