La Ford T: quand les États-Unis inventent le concept de voiture low-cost
Lorsqu’elle entre en production en 1908, dans l’usine de l’avenue Piquette à Detroit, la Ford modèle T révolutionne le marché de l’automobile. Elle coûte en effet un peu moins de la moitié du prix des automobiles les plus économiques du marché et devient accessible à la classe moyenne. Sous l’affluence des commandes, Henry Ford ouvre une seconde usine et standardise la production. Jusqu’en 1927, où elle est remplacée par la Ford A, elle est vendue à plus de 14 millions d’exemplaires dans le monde.
Publié le : 17/08/2026 - 07:52
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Comme l’ingénieur Frederick Taylor, théoricien de « l’organisation scientifique du travail », Henry Ford naît dans une famille modeste et connaît à ses débuts la dure condition d’un ouvrier d’usine. Né en 1863, dans le Michigan, il n’a guère d’appétence pour l’école et conservera toute sa vie une culture générale rudimentaire doublée d’un semi-illettrisme. Sa passion pour la mécanique le fait cependant rapidement s’éloigner de la ferme familiale pour rejoindre le monde industriel de Detroit.
À 19 ans, le voici de retour dans la campagne de son enfance. Pendant près d’une décennie, il s’essaie à la conception de moteurs, rêvant de créer un véhicule capable de se déplacer par lui-même : une automobile. Les recherches en ce sens remontent à plus d’un siècle et la primeur en revient à Joseph Cugnot, avec sa machine à vapeur présentée en 1769, aujourd’hui conservée au musée des Arts et Métiers. À son époque cependant, cette prouesse est passée à peu près inaperçue. Les recherches plus récentes regardent désormais du côté de l’électricité, du gaz ou de l’essence.
Le succès tardif d'Henry Ford
Les pionniers dans le domaine sont allemands ou français. Ils se nomment Daimler, qui crée en 1886 la première automobile à quatre roues, ou encore Panhard , qui imagine un véhicule à quatre places, qu’il commercialise en 1891. Cette année-là, Henry Ford repart à Detroit, où il trouve un emploi d’ingénieur à l’Edison Illuminating Company. Il réalise sa première automobile en 1896, qu’il nomme « quadricycle », car elle est montée sur quatre roues de bicyclette. Trois ans plus tard, il se lance dans les affaires mais sa première entreprise périclite rapidement.
Il s’entête, remonte une autre entreprise qu’il quitte rapidement mais qui connaîtra une belle ascension sus le nom de Cadillac Company, puis s’essaie à la construction de véhicules de course, cette fois avec succès. Il fonde enfin en 1903 la Ford Motor Company, qui s’avère florissante, avec la création d’un premier modèle qu’il parvient à vendre à près de 2000 exemplaires, la Ford A. Suivent les modèles B, C et F, une effervescence productive qui l’amène à acquérir une usine plus grande, avenue Piquette. Le modèle N, plus économique, accélère les ventes. Ford commence à vendre en Europe.
On parle encore de quelques milliers d’exemplaires et le saut quantitatif advient en 1908, avec la Ford T, laquelle, à partir d’un châssis commun, peut être déclinée en différentes versions. Elle est initialement disponible en différentes couleurs, mais le noir, plus économique et durable, est finalement privilégié. En 1910, une nouvelle usine est ouverte au nord de Detroit pour répondre à la demande toujours croissante. La production est standardisée avec des pièces aussi simples que possible. Mais avec une production de 170 000 véhicules pour l’année 1912, déplacer chaque automobile d’un poste de travail à l’autre ne suffit plus.
La Ford T, objet symbole de la consommation de masse
En 1913, il met en place une chaîne d’assemblage mobile, comme on en trouve déjà dans les abattoirs de Chicago et de Cincinnati. Désormais non seulement les ouvriers n’ont plus à se déplacer mais le produit vient à eux sur un tapis roulant. Le temps de travail est réduit par quatre. Au fil des ans, le coût d’une voiture est divisé quant à lui par trois. Pour convaincre les travailleurs de ne pas quitter l’usine, il double leur salaire en 1914, instaure la semaine de quarante heures et la journée de huit heures en 1926.
Avec un meilleur salaire et plus de temps libre, les ouvriers ont désormais la possibilité et l’envie d’acquérir une automobile. Dès 1922, la moitié des voitures circulant aux États-Unis sont des Ford T qui devient l’un des produits symboles des débuts de la consommation de masse. Cette transformation s’opère alors que ni le réseau routier ni la législation ne sont encore vraiment adaptés à la présence de plus en plus envahissante de la voiture dans l’espace public.
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Entre 1919 et 1922, la route cause plus de morts que la Première Guerre mondiale dans le pays. Durant les années 1920, on atteint le chiffre effrayant de 200 000, pour la plupart des enfants qui jouaient dans les rues. Nous connaissons la suite : ce sera aux piétons de s’adapter pour l’essentiel au règne de l’automobile. La Ford T est fabriquée jusqu’en 1927, alors qu’elle était déjà dépassée par la concurrence. Ford est alors le premier producteur mondial de voitures. Les États-Unis, arrivés tardivement sur ce marché, sont désormais le pays de l'automobile.
Henry Ford, les affaires et la politique
Si Henry Ford a pris des mesures à caractère social pour ses ouvriers, les transformant en consommateurs des voitures qu'il produit, il reste très conservateur politiquement. Profondément antisémite, il finance la publication de la traduction des Protocoles des sages de Sion aux États-Unis, un faux grossier, rapidement reconnu comme tel, créé dans l’Empire russe en 1903 pour alimenter la théorie d'un complot du capitalisme juif mondial. Durant la Grande Dépression, il n’hésite pas à avoir recours à la violence et à l’intimidation pour combattre les syndicats. Admiré par Hitler, qui le fait décorer en 1938 et s’inspire de la Ford T pour concevoir son projet de Volkswagen, il fait travailler ses usines pendant la seconde guerre mondiale aussi bien pour les Alliés, l'Union soviétique, que pour l’Allemagne nazie, par l'intermédiaire d'une filiale.
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