La Foire Verte de Cerfontaine ne manque ni d'attrait ni de chien: "D'année en année, elle a pris de l'ampleur"
La trente-troisième édition de la Foire Verte s'est ouverte samedi matin en musique avec l'Harmonie Royale de Cerfontaine et en présence des autorités communales.
"L'aventure de la foire a débuté avec le papa Delwaert et un associé, témoigne Serge Desière, l'un des responsables de l'événement. Au départ, c'était avec deux tracteurs et trois chevaux. Et puis, d'année en année, la foire a pris de l'ampleur. De nos jours, l'accès est totalement gratuit, ce qui est très rare." Environ dix mille entrées sont ainsi comptabilisées, avec un pic atteint le dimanche.
Le deuxième plus important concours de chevaux de trait
Comme pour toutes les manifestations, la crise Covid est passée par là, provoquant une rupture qui fait mal. "Nous avons dû nous adapter poursuit Serge Desière. Chacun des organisateurs s'occupe désormais d'un domaine bien précis. Pour ma part, je gère les exposants." Et cela fonctionne plutôt bien : "Nous sommes passés de quatorze à la sortie de crise à soixante actuellement. Il n'y a pas de secrets : il faut travailler les exposants, aller à leur rencontre et leur expliquer l'intérêt de notre concept."
Les stands présents assurent une belle complémentarité : produits du terroir en tous genres, artisanat, aliments pour animaux, présentation de robots tondeurs ou de serres, conseils en vue de réduire ses déchets, etc. Par ailleurs, des animations se déroulent de l'ouverture à la fermeture de la foire.

Parmi elles, un concours de chevaux de trait. "Après la foire de Libramont, il s'agit du plus important concours de Belgique", se réjouit le co-organisateur.
Avec une nouveauté cette année : la présence de plusieurs stands canins. "Ce n'est pas si neuf que cela fait remarquer Serge Desière. Ilsexistaient déjà par le passé, mais avaient totalement disparu. Nous avons relancé cette année, et c'est plutôt réussi."
Le leonberger, un géant au grand coeur
Cette nouvelle édition de la Foire Verte correspond au retour des stands dédiés aux amis canins. Conseils nutritionnistes ou comportementaux, vendeurs d'aliments ou d'accessoires originaux, tout était prévu pour gâter nos animaux de compagnie.
De manière plus originale, un stand était tenu par des éleveurs beaumontois : "Leonberg du haie des saules", avec de fameux gros toutous à l'allure de lions.
"Il s'agit d'un élevage très familial explique le président de l'association, Cédric Cambier. Cela signifie que l'on ne vend pas à n'importe qui. Lorsqu'un acquéreur potentiel se manifeste, nous le rencontrons à domicile pour bien examiner sa situation. Quelles sont les réelles motivations de la personne ? Dispose-t-elle d'un espace suffisant ? Quel âge ont les enfants ? Un leonberg pèse entre soixante et septante kilos ; il n'est pas adapté à tous les contextes. Par exemple, des personnes âgées n'auraient pas la poigne suffisante pour le promener en laisse, même si le leonberg est généralement très calme. Avec l'expérience, nous voyons au feeling si cela est possible ou non."
Le coût financier entre également en ligne de compte. "Le leonberg ne mange pas comme un ogre, mais il faut compter environ 1 250 euros par an pour la nourriture et les frais de vétérinaire."

Une fois les conditions réunies et le chien adopté, un suivi est assuré sur base d'un contrat établi avec l'acquéreur. Si un souci se présente, par exemple en cas de maltraitance, l'animal est repris par l'association. "Cela nous est déjà arrivé reconnaît Annick Mouffe, l'éleveuse, et tout était à refaire de A à Z : les soins urgents, les vaccins, le toilettage, comme un enfant que l'on aurait abandonné."
"Pour ma part, je suis tombée amoureuse de cette race reconnaît Annick Mouffe. Ce chien est tellement gentil, il réagit comme une éponge ! Si un membre de la maison s'en va, il ne mange pas et attend qu'il revienne. Il s'agit d'un véritable chien de famille, avec un gros cœur. Il adapte aussi son comportement en fonction des personnes : il accueille les adultes en mettant ses pattes sur leurs épaules. Avec les enfants, c'est tout différent, il fait preuve de délicatesse. Je n'ai jamais vu de Leonberg méchant. Ceci étant, s'il a l'air d'une peluche, c'est n'est pas un jouet."
Notre éleveuse dispose actuellement de cinq adultes dont deux reproductrices. La race se prête aussi à des concours de beauté. Plusieurs médailles ont été obtenues dont une pour Wynonna, femelle championne de Belgique à l'âge de deux ans.
Leonberger est une ville en Allemagne, non loin de Stuttgart. Au XIXe siècle, un certain Heinrich Essig voulut un chien ressemblant à un lion, emblème des armoiries de la ville. Pour ce faire, il a croisé trois races de chiens : le saint-bernard, le terre-neuve et le chien de montagne des Pyrénées.
En 1946, le leonberger fut présenté pour la première fois, puis homologué, passant ainsi du stade de bâtard à celui de chien de race.
Et le saint-bernard dans tout ça ?
Nous restons dans le même calibre canin avec l'ASBL de sauvetage Saint-Bernard de Wallonie, dont le siège se situe à Soignies en province de Hainaut. "Nous sommes agréés, pas subsidiés, insiste d'emblée Pascale Docquir, une des représentantes de l'association. Nous sommes uniquement cinq bénévoles répartis dans la Wallonie."
Objectif : intervenir lors d'un appel au secours, qu'il s'agisse d'un abandon volontaire, d'une saisie judiciaire ou de maltraitance.
"Nous avons déjà recueilli un saint-bernard adulte pesant trente kilos alors qu'il devait en peser le double, poursuit Pascale Docquir. Il était seul, enchaîné, affamé. Si nous n'intervenions pas, la mort était certaine."
Le brave toutou, devenu en outre bossu, a dû suivre des séances d'ostéothérapie et d'hydrothérapie avant de retrouver progressivement son état normal. Sans compter un travail approfondi en termes comportementaux, le caractère ayant profondément changé en raison de la terreur ressentie durant son calvaire.
En cinq ans, trente saint-bernards ont ainsi été sauvés par l'association. Sans compter l'aide apportée à d'autres structures, des refuges par exemple, en raison de l'expertise acquise pour cette race particulière.
Par ailleurs, Pascale Docquir et ses collègues veillent également à une saine reproduction de la race, en prodiguant des conseils auprès de propriétaires de saint-bernard. À cet effet les bénévoles suivent une formation continue en collaboration avec des vétérinaires spécialisés.

Des chevaux pour surmonter sa peur
Depuis toujours, les chevaux occupent une place importante dans la Foire Verte. Un spectacle est d'ailleurs présenté tout au long des deux journées, sans compter un important concours de chevaux de trait.
Parmi les facettes moins visibles, nous avons rencontré La Rivière des AMIS (Animaux, mobilité, inclusion et sport), une ASBL de Senzeille. Cette ferme pédagogique a ouvert quelques mois avant la crise du Covid. Si les débuts ont été compliqués, ses activités se développent désormais plutôt bien.
"Nous mettons des personnes, adultes comme enfants, en contact avec nos animaux témoigne Nuriane Walrave, la présidente de l'association. Il s'agit d'un travail de médiation en vue d'une inclusion sociale, en particulier pour les personnes présentant une situation de handicap."
Avec une méthode bien particulière : ce sont les animaux qui viennent vers les visiteurs, et non l'inverse. "Des animaux qui, pour la plupart, ont eux-mêmes souffert, poursuit Nuriane Walrave. Une première séance de rencontre a lieu, généralement dans le silence. Par la suite, la personne va commencer à parler à l'animal, permettant à la relation de se développer progressivement. L'animal va ainsi aider la personne à se libérer, car il n'est jamais dans le jugement. Cette manière de procéder est assez efficace, là où la thérapie traditionnelle ne fonctionne pas spécialement."

Manon est une jeune fille malentendante avec, au départ, un énorme manque de confiance en elle. La thérapie offerte par La Rivière des AMIS lui a été proposée.
"Au début, je n'étais vraiment pas à l'aise car j'avais une grosse frayeur des chevaux, confie-t-elle. Je l'ai surmontée parce que j'aime beaucoup les animaux."
Ainsi, petit à petit, une relation de confiance s'est installée entre Manon et Udine, une jument qui, entre-temps, est décédée de vieillesse. "J'avais bien sûr de la peine se rappelle Manon, mais en même temps j'étais heureuse car Udine n'avait pas souffert."
Aujourd'hui, Manon, malgré une timidité encore présente, s'exprime beaucoup plus facilement, ayant manifestement retrouvé confiance en elle. "La preuve reconnaît Nuriane Walrave : Manon monte aujourd'hui Electra, un cheval nettement plus fougueux. Et il n'y a aucun souci."
L'association soutient également des familles de personnes en difficulté. C'est ainsi le cas pour Nathan, un adolescent atteint d'un spectre autistique, ou Trévis, polyhandicapé. Le temps d'une journée, ils rencontrent les animaux de l'association, permettant aux parents de reprendre quelque peu leur souffle.
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