La fin des dérives des médecines alternatives ? La législation va changer autour des méthodes d'homéopathie, de chiropraxie,... On vous explique tout
L’actualité est passée sous les radars. L’an dernier, au milieu d’un pack d’autres mesures, la loi de 1999 relative aux médecines alternatives est passée à la trappe. Ces soins sont pourtant plébiscités par plus d’un Belge sur dix. Aussi appelée “loi Colla” (du nom du ministre de la Santé de l’époque, Marcel Colla), cette législation avait pour ambition d’encadrer ces pratiques et de mettre un terme à certaines dérives.
À l’exception de l’homéopathie, réservée aux seuls médecins, dentistes ou sages-femmes, elle n’a pourtant jamais été appliquée. Pour des raisons politiques, notamment, mais aussi idéologiques. Les doyens des facultés de médecine refusant de dispenser des formations qu’ils jugeaient non fondées d’un point de vue scientifique. Reste que cette loi avait au moins le mérite d’ébaucher un cadre pour ces pratiques. Ainsi, l’acupuncture devait uniquement être pratiquée par des médecins, kinés, infirmiers ou accoucheuses.
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À l’Association belge des médecins acupuncteurs (ABMA), on tire la sonnette d’alarme. Dr Olivier Cuignet, président : “la loi Colla était mal ficelée mais cette abrogation consacre un vide juridique dangereux pour les patients ! Alors que l’OMS, notamment, affirme que cette pratique est sûre et que les effets secondaires sont bénins, l’acupuncture réalisée par un praticien non reconnu par la loi Colla, qui ne serait pas assez formé en anatomie et en physiologie humaine, est bien plus susceptible de provoquer des effets secondaires potentiellement graves.”
Et de lister les conséquences qui pourraient survenir en cas de consultation avec un vulgaire fakir. “La littérature scientifique identifie clairement des cas de lésions d’organes majeurs, notamment au niveau cardiaque avec des saignements autour du cœur, des perforations des poumons ou des hémorragies provoquées par l’aiguille au niveau de la moelle épinière.”
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Ces erreurs ne seraient en outre pas couvertes par les assurances. “À ma connaissance, elles fonctionneront uniquement si la qualité médicale ou paramédicale du praticien est reconnue en Belgique. Ce vide juridique entraîne donc un risque pour les patients mais aussi pour ces personnes qui exercent l’acupuncture depuis 25 ans d’une manière régulée, garantie par leurs unions professionnelles et par les formations qu’elles ont suivies. Il est dès lors impératif de profiter de cette abrogation pour reconnaître pleinement cette pratique et son encadrement par des médecins, kinés, infirmiers et accoucheuses, comme c’était le cas jusqu’à présent.”
L’Union belge des chiropracteurs (UBC) abonde dans le même sens : “l’absence de nouveaux critères légaux de formation, de compétence et de contrôle fait peser un risque de confusion pour les patients”, déplore Bert Ameloot, son président.
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En vigueur depuis 2022, la loi du 22 avril 2019 “relative à la qualité de la pratique dans les soins de santé” devait pourtant tout solutionner. Si sa mise en œuvre est encore en cours, cette “Loi Qualité” doit en effet encadrer, une bonne fois pour toutes, ces médecines non conventionnelles. Depuis, ces praticiens doivent d’ailleurs obtenir un visa auprès du SPF Santé, attestant de leurs formations et de leurs compétences, pour pouvoir exercer en Belgique. Ce qui était seulement obligatoire pour les professions médicales ou paramédicales officiellement reconnues.
Le professeur Christian Melot, vice-président de l’Ordre des Médecins, fait aussi partie du Conseil supérieur qui octroie ces précieux sésames. “Pour obtenir ce visa, il faut se prévaloir du diplôme adéquat, mais aussi soumettre un portfolio qui reprend les compétences et l’expérience du praticien, explique le Dr Melot. Les personnes qui pratiqueraient l’acupuncture ou l’ostéopathie, par exemple, sans ce visa reconnu par le SPF Santé publique, pourraient dès lors être sanctionnés pour pratique illégale de l’art de guérir, ce qui relève du Code pénal.”
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En épluchant les plateformes de prises de rendez-vous, on reste dubitatif. Certains profils interpellent, comme cette kinésiologue en Brabant wallon qui pratique la “biologie totale”. Une théorie pour le moins fumeuse qui prétend que chaque maladie, y compris le cancer, a pour origine un choc émotionnel. Un psychothérapeute a pourtant déjà été condamné en Belgique pour pratique illégale de la médecine après avoir conseillé des traitements assimilés à la biologie totale. Mais on trouve aussi pléthore d’acupuncteurs qui n’ont aucune formation reconnue chez nous et dont certains font même l’apologie sur leurs réseaux sociaux de grandes figures du complotisme médical ou des pseudo-sciences, comme Irène Grosjean ou Christian Schaller.
Comment vérifier que le praticien convoité possède bien son visa ? Le ministère de la Santé propose un moteur de recherche permettant de vérifier ce droit d’exercer, mais il n’intègre toujours pas les médecines non conventionnelles. Alors, combien d’ostéopathes, d’acupuncteurs et de chiropracteurs ont déjà obtenu leur visa ? “Seuls les homéopathes ont bénéficié d’un arrêté royal qui a conduit à leur enregistrement auprès de nos services, précise le SPF Santé. Les trois autres pratiques n’ont jamais été enregistrées.” Pourquoi ? Notamment en raison de ce problème de reconnaissance des formations qui bloquait déjà l’application de la loi Colla il y a 25 ans…
Des pratiques… médicales ?
À l’heure actuelle, d’ailleurs, la chiropraxie n’est toujours pas enseignée dans nos hautes écoles. “Les chiropracteurs de notre association suivent une formation universitaire de cinq années à l’étranger et un an de stage en Belgique, tempère Bert Ameloot. Ils plaident depuis longtemps pour un cadre légal clair, garantissant transparence et sécurité des soins.” Et de rappeler que la pratique est déjà intégrée dans les systèmes de soins de 12 pays européens. “La chiropraxie fait partie de la solution aux troubles neuro-musculo-squelettiques grâce à son efficacité scientifiquement prouvée.” Reste encore à convaincre le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE). “Nous collaborons avec eux pour réévaluer leur rapport 148A (selon lequel l’efficacité de l’ostéopathie et de la chiropraxie est uniquement prouvée pour les douleurs de nuque et de bas du dos – NDLR) afin que cela serve de base aux choix politiques concernant l’intégration de ces pratiques dans notre système de soins.”
Si d’aucuns affirment que la hache de guerre entre médecines conventionnelles et alternatives est aujourd’hui sur le point d’être enterrée, on ne peut que constater que la loi Qualité, pourtant en vigueur depuis plusieurs années, ne permet toujours pas de s’assurer que l’ostéopathe, l’acupuncteur ou le chiropracteur consulté… a bien le droit d’exercer.

Comment les plateformes traquent les charlatans
Chaque mois, 50.000 consultations sont prises sur le site Doctoranytime parmi les 10.000 praticiens référencés. Mais comment ce site filtre-t-il les escrocs ? Pour les professions médicales et paramédicales reconnues, la plateforme exige les diplômes et vérifie leur numéro INAMI. “Par souci de transparence, ajoute Corentin Botin, Head of Operations, ces profils sont identifiés par un badge vert.” Pour les médecines alternatives, assure-t-il, des preuves de certification ou de formation reconnue sont également exigées. Mais on le voit, certains cursus ne font toujours pas l’unanimité scientifique et les visas, pourtant obligatoires, ne sont pas encore délivrés aux ostéopathes, chiropracteurs et acupuncteurs qui ne disposent pas d’un autre titre officiellement reconnu. En l’absence de cadre légal, la plateforme se trouve dès lors dans l’impossibilité de certifier ces profils.
Les avis publiés sur le site permettent-ils alors de palier cette lacune ? “Si plusieurs plaintes nous parviennent concernant un même praticien, nous analysons la situation avec attention, ce qui peut nous amener à supprimer des profils. Mais depuis nos débuts en 2015, cela ne s’est produit que deux fois.” Rappelons aussi que ces avis ne concernent en aucun cas la qualité des soins. “Les critères d’évaluation portent uniquement sur des éléments objectivables (ponctualité, propreté du cabinet et cordialité) et les praticiens sont libres d’activer ou non cette fonctionnalité d’avis.” Alors, en attendant un éventuel cadre légal qui offre des garanties en termes de connaissances de base en hygiène ou en anatomie, on conseille très fortement d’opter pour un ostéopathe qui est aussi kiné, par exemple, ou pour un acupuncteur diplômé en médecine.
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