"La dopamine pousse le cerveau à réclamer un second verre", rappelle le CHM, face à la campagne des brasseurs contre l'évolution de la prévention

Le gouvernement fédéral l'a décidé à la volonté de son ministre de la Santé, Frank Vandenbroucke, et il faudra l'appliquer à la suite de l'arrêté royal publié : si la publicité pour la bière comportera toujours un message de prévention, il devra évoluer dans les prochaines semaines, passant de "L'abus d'alcool nuit à la santé" à "L'alcool nuit à la santé". Un mot en moins, c'est peut-être un détail pour vous mais pour eux, ça veut dire beaucoup…

"Eux", ce sont deux profils qui s'opposent vigoureusement. D'un côté, le secteur médical jusque chez nous et nos élus aux plus hautes sphères de l'État qui s'inquiètent du fléau et des nombreux ravages de l'alcool : accidents après une fête arrosée, maladies qui se déclenchent et pas seulement au niveau du foie, enfants malheureux victimes de paroles et de gestes de la part de leurs parents, ces derniers étant passés d'un alcool convivial à une assuétude…

En face, il y a le secteur brassicole belge qui a publié une première tribune, mercredi dernier (soit cinq mois quand même après l'approbation du texte mais cela n'a rien d'anodin…), occupant une page entière sous le titre "En quoi ces moments posent-ils problème ?" et qui a remis le couvert ce vendredi, s'offrant une nouvelle page toujours diffusée dans une douzaine de journaux belges confondus, y compris celui que vous lisez.

Pour ces producteurs de petites mousses, l'adaptation du message de prévention est vécue comme une véritable diabolisation de leur bière. Ils sortent plusieurs atouts de leur jeu pour défendre leur gagne-pain : sans mauvais jeu de mots, le secteur "brasse" énormément d'argent et garantit des centaines d'emplois, tant d'un point de vue national que régional (la Wallonie picarde en est un exemple, comme vous avez déjà pu le lire à de multiples reprises en nos colonnes). Autre argument en leur faveur : la "culture" de la bière en Belgique est telle qu'elle est inscrite au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO depuis 2016.

Cette intervention du secteur en cette fin août a mené à une foule de commentaires, entre ceux qui valident le nouveau message amputé, sensibilisés par un proche à la vie brisée – "Comme si la convivialité était impossible sans alcool !" – et ceux qui estiment une nouvelle fois qu'il faut laisser le libre arbitre à chacun – les brasseurs osent le terme de "Manœuvre stratégique", avec laquelle l'État culpabilise, voire porte atteinte à nos libertés… Tiens, tiens, une rengaine qu'on pensait disparue depuis le retrait de nos masques FFP2 !

La volonté de sensibilisation se dilue d'autant plus qu'avec le débat qui vient de s'ouvrir, des partenaires de majorité ne suivent pas ou plus le ministre… Tout cela fut pourtant approuvé en conseil restreint le 27 mars dernier. Un rétropédalage pourrait être envisagé car, puisque cette suppression d'un mot pourrait avoir un impact sur le marché unique européen, les États membres peuvent s'exprimer jusqu'à ce 30 septembre. D'où l'apparition de la campagne sur cette ultime ligne droite.

Ces "Pour" et ces "Contre" méritaient donc bien un coup de sonde de notre part…

Comment avez-vous accueilli la volonté du gouvernement fédéral de transformer le terme "L'abus d'alcool nuit à la santé" à "L'alcool nuit à la santé" ?

L'alcool est une substance à la fois toxique et psychoactive, directement impliquée dans de nombreux problèmes de santé majeurs. Au-delà des pathologies physiques lourdes, l'alcool altère profondément le psychisme en accentuant l'anxiété et les états dépressifs, sans oublier ses lourdes répercussions sociales et familiales à long terme. La réalité scientifique est claire : l'alcool n'est jamais sans danger pour la santé, même à faible dose. Ici, il s'agit d'informer pour mieux prévenir.

La convivialité défendue par les brasseurs mène au contraire aussi à l'addiction ? Dès le premier verre, il y a un risque ?

La convivialité défendue par les brasseurs cache une réalité bien plus complexe. C'est justement à cause de cet ancrage sociétal – le traditionnel verre de vin au repas ou la bière devant un match – que beaucoup de personnes basculent dans l'addiction. Mais que se passe-t-il après la fête ? Oui, le risque existe dès le premier verre. Sur le plan cérébral, l'alcool stimule un circuit de récompense qui libère de la dopamine, poussant le cerveau à réclamer un second verre. C'est précisément là que s'enclenche le piège de la dépendance.

Du petit accrochage à l'accident mortel : les faits divers que L'Avenir traite au quotidien et qui sont en lien avec l'alcool ne sont pas rares… De votre point de vue, quelle est la nocivité de l'alcool constatée chez nous ?

Les ravages de l'alcool se mesurent à plusieurs niveaux.

Sur le plan social et familial, cela se traduit par l'isolement, la perte d'emploi, les ruptures, les violences ou les enjeux de garde d'enfants, souvent accompagnés de détresse financière et judiciaire.

Sur le plan médical, nous constatons des urgences immédiates liées à des accidents (chutes, fractures), mais aussi des pathologies chroniques graves : hypertension artérielle, AVC, troubles cardiaques ou digestifs. À plus long terme, la liste est dramatique : cirrhoses, insuffisances hépatiques et cancers (foie, côlon, œsophage). Beaucoup de patients décrivent une véritable descente aux enfers. Certains ont absolument tout perdu.

Quel message voulez-vous faire passer ?

Je souhaite contribuer à un message de prévention fondé sur une information claire, transparente et objective. Il est important de déconstruire certaines idées reçues et de rappeler que l'alcool n'est pas sans risques.

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