La demande en énergie des centres de données IA entraîne une pénurie de turbines à gaz. Les carnets de commandes sont complets jusqu'en 2031 et les prix de gros de l'électricité sont en hausse
La demande massive de l'industrie de l'IA en turbines à gaz a provoqué une pénurie inattendue. Cette pression dépasse largement les capacités de production des géants industriels comme GE Vernova, dont les carnets de commandes sont complets jusqu'en 2031 au moins. Cela provoque une explosion des coûts de l'électricité et force les opérateurs à prolonger l'usage du charbon ou à se tourner vers des moteurs de secours. Malgré la pollution générée par les énergies fossiles, ce déficit est considéré comme le principal obstacle au développement de l'IA aux États-Unis. De nombreux projets numériques risquent d'être abandonnés ou retardés.
La soif inextinguible des centres de données en ressources naturelles engendre une pression environnementale insoutenable. Le mégaprojet Stratos, prévu dans l'Utah près du Grand Lac Salé, illustre parfaitement cette folie des grandeurs : cette installation nécessiterait jusqu'à 9 gigawatts d'électricité, soit une consommation supérieure à celle de l'État de l'Utah tout entier. « Une ère dystopique s'annonce et la Terre en pâtira », note un critique.
Selon Gartner, la consommation électrique des centres de données devrait atteindre 565 TWh en 2026, soit une hausse de 26 % par rapport à l'année précédente. Elle devrait atteindre environ 290 GW d’ici 2030, ce qui reflète l’ampleur et le rythme sans précédent de la demande stimulée par l’IA générative.
La consommation électrique des centres de données devrait dépasser 1 200 TWh d’ici 2030. Le cabinet avertit également que l’approvisionnement du réseau sera insuffisant pour répondre aux besoins liés à la construction future de centres de données, ce qui affectera tous les utilisateurs de ces installations. Pour assurer leur approvisionnement, le secteur américain de l'IA se rue sur les turbines à gaz, qui sont désormais également en pénuries.
Un carnet de commandes saturé pour les fabricants de turbines
Commander aujourd'hui une turbine à gaz de grande puissance auprès de GE Vernova signifie accepter qu'elle ne sera livrée qu'en 2031. Cette réalité industrielle impacte directement tous les plans d'expansion énergétique des centres de données destinés à l'IA. Selon les données disponibles, à la fin du deuxième trimestre, GE Vernova affichait un carnet de commandes et d'accords de réservation de créneaux de 116 GW, contre 83 GW fin 2025.
Le PDG de GE Vernova, Scott Strazik, a confirmé qu'ils prenaient actuellement des réservations pour une livraison en 2031. Face à cette demande, la capacité de production annuelle globale de l'entreprise reste limitée à environ 20 GW, avec l'ambition de monter à 24 GW d'ici 2028 et 30 GW d'ici 2030.
Le concurrent Siemens Energy a clôturé son troisième trimestre fiscal avec un carnet de commandes fermes de 69 GW pour ses turbines à gaz, assorti de délais de livraison d'au moins trois ans. Mitsubishi Heavy Industries enregistre un carnet de commandes de 35 GW pour ses turbines de grande taille. Son directeur financier, Hiroshi Nishio, a souligné que l'entreprise devait désormais « se montrer sélective dans les projets que nous contractons ».
Ensemble, ces trois géants totalisent un carnet cumulé de 220 GW, bien que leurs méthodes de calcul diffèrent. À l'échelle mondiale, la capacité de production du secteur oscille entre 60 et 70 GW par an, face à un volume de commandes qui a atteint un niveau record de 38 GW au cours du seul deuxième trimestre.
L'impossible équation entre la demande de l'IA et l'offre actuelle
L'écart de calendrier entre l'expansion rapide de l'IA et la fabrication de ces infrastructures énergétiques est saisissant. Les analystes de Goldman Sachs estiment que la demande en électricité des centres de données aux États-Unis va grimper de 31 GW en 2025 à 66 GW en 2027. Pour la seule année 2027, la hausse prévue de capacité s'élève à 36,3 GW, ce qui surpasse la capacité de production annuelle mondiale des fabricants de turbines.
Même si GE Vernova réorientait la totalité de sa production vers les centres de données américains, cela ne parviendrait pas à couvrir une seule année de cette croissance. En outre, seulement 20 % des gigawatts sous contrat des constructeurs sont historiquement destinés aux centres de données, le reste étant réservé à d'autres projets déjà planifiés. La chaîne d'approvisionnement des turbines à gaz est extrêmement rigide et difficile à étendre.
Les fournisseurs font face à de nombreux défis. Les pièces de fonderie critiques pour les sections chaudes proviennent de quelques usines hautement spécialisées, et la main-d'œuvre qualifiée de soudeurs et de machinistes, licenciée lors de la dernière passée, n'a jamais été reconstituée. Par conséquent, les délais de construction d'une centrale à cycle combiné sont passés d'environ trois ans et demi en 2023 à environ cinq ans actuellement.
Cette pénurie critique d'équipements provoque une hausse historique des prix. Les projets de centrales à cycle combiné ont vu leurs coûts moyens bondir à 2 157 dollars par kilowatt en 2025, contre moins de 1 500 dollars en 2023. Les projets ciblant l'horizon 2030-2031 font état de coûts dépassant les 2 000 dollars par kilowatt. Wood Mackenzie anticipe des tarifs de turbines seules atteignant 600 dollars par kilowatt d'ici la fin de l'année 2027.
La protection des constructeurs face aux risques de surcapacité
Tirant les leçons du précédent cycle des années 2000, où l'essor du gaz de schiste avait entraîné un emballement général suivi d'annulations massives de commandes et de faillites en cascade, les fabricants ont instauré un système de contrats de réservation de créneaux. Ces contrats s'apparentent à des options payantes sur la production future. Si le projet du centre de données se concrétise, le client convertit cette option en commande ferme.
S'il échoue, le constructeur d'infrastructures énergétiques conserve l'acompte et réattribue le créneau libéré à un marché de toute façon très demandeur. Ce modèle permet à GE Vernova de consolider sa trésorerie grâce à des dépôts versés pour des turbines qui ne seront peut-être jamais construites.
Face à ces contraintes de livraison de turbines, de plus en plus de promoteurs de centres de données recherchent des alternatives rapides, notamment des moteurs alternatifs à combustion interne au gaz naturel fournis par Caterpillar et Wärtsilä, dont les carnets de commandes sont également saturés jusqu'en 2028. De surcroît, cette situation pousse au maintien en activité de vieilles centrales à charbon qui devaient initialement fermer.
Hausse brutale des prix de gros de l'électricité aux États-Unis
Selon informations, les prix de gros de l'électricité sur le plus grand réseau électrique américain ont subi une hausse de 75,5 % en glissement annuel, bondissant de 77,78 à 136,53 dollars par mégawattheure. Face à cette situation critique, l'opérateur de réseau PJM Interconnection, qui gère l'électricité dans treize États américains et à Washington D.C., a soumis un projet de règlement extrêmement strict aux autorités de régulation fédérales.
Ce texte pose un ultimatum sans détour aux nouveaux centres de données : ils doivent apporter leur propre capacité de production d'électricité. La décision de l'opérateur découle d'un déficit de production d'électricité devenu critique. Lors de sa dernière enchère de capacité, PJM a enregistré un déficit 6,8 gigawatts, ce qui représente l'équivalent de sept réacteurs nucléaires, alors même que les prix ont atteint le plafond réglementaire autorisé.
Par ailleurs, l'arrivée massive des centres de données a grevé le marché de capacité d'un surcoût estimé à 6,3 milliards de dollars, portant la facture totale à 16,4 milliards. Ce déséquilibre est exacerbé par la mise hors service de 15 gigawatts de centrales de production depuis 2022, au moment même où l'opérateur anticipe l'intégration de 70 gigawatts de nouvelles charges énergétiques d'ici 2038, essentiellement portées par l'IA.
Remise en question des projets spéculatifs et réglementation
Les premiers signes d'assainissement et de régulation surviennent. L'énergéticien Exelon a drastiquement révisé ses prévisions de demande d'électricité à haute probabilité pour les centres de données, réduisant sa file d'attente de raccordement de 43 GW à 25 GW en un seul trimestre. La directrice financière Jeanne Jones affirme : « nous éliminons désormais les projets spéculatifs, et cela nous donne un aperçu proactif de ce qui est réel ».
Au Texas, le gouverneur Greg Abbott a ordonné un audit de la file d'attente d'ERCOT, qui avait explosé à un niveau déraisonnable de 474 GW à cause des nouvelles demandes de raccordement, principalement constituées de centres de données. Ce gel réglementaire met en péril près de 50 GW de projets de centres de données américains, menacés de retards importants, alors que New York avait déjà suspendu ses nouvelles approbations en juillet.
Goldman Sachs estime qu'à peine 50 % à 60 % des capacités de centres de données actuellement planifiées pour les deux prochaines années verront le jour à temps. Ce goulot d'étranglement historique ne se résoudra pas dans les usines de turbines, mais bien au niveau politique et réglementaire, les États et les services publics exigeant de solides garanties financières avant d'engager des études de connexion ou des infrastructures de réseau.
L'augmentation des coûts de l'énergie pour les consommateurs
L’implantation des centres de données destinés à l'IA s’accompagne de problèmes et d’une opposition de la part de la population. Lors d’une réunion communautaire organisée en mai au sujet de nouveaux projets de centres de données, les habitants de Henrico, en Virginie, ont fait part de leurs inquiétudes concernant la consommation d’eau, le bruit «...
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