La cueillette des champignons désormais plus réglementée à Ferrières : "On vise les cueilleurs abusifs qui en font du commerce et pillent nos bois"
C'est face à ce triste constat que la Commune de Ferrières, avec l'aide du DNF, a décidé de réglementer plus strictement la cueillette des champignons sur son territoire. Une décision votée au conseil communal, jeudi soir 24 septembre 2026 car des cueilleurs abusent et "pillent" les bois, à certains endroits en particulier.
C'est le cas des bois de Werbomont, situé à côté de l'autoroute. "Il est fréquent de voir à l'entrée des sentiers des camionnettes ou mini-bus stationnés qui déchargent sept ou huit cueilleurs sauvages, explique le bourgmestre, Christian Verdin. L'endroit est propice car il se trouve près de l'autoroute, facile d'accès donc. Ces gens viennent de Liège, de loin, pour se fournir en champignons et ensuite les revendre. Ils en font un business. Notre territoire est largement couvert par des bois, ce qui attire évidemment."
Les champignons, utiles pour les écosystèmes forestiers
La Commune constate une régression significative de certaines espèces de champignons à cause de ces cueillettes abusives, souvent à but commercial. Or, les champignons sont d'une grande utilité dans les écosystèmes forestiers.
La Commune et le DNF sont démunis face à cette problématique. Et ils prennent des mesures. "Le but n'est pas de fermer la porte aux cueilleurs raisonnables, insiste le mayeur, mais de donner les moyens au DNF de verbaliser les auteurs de ce type de trafic. La cueillette des champignons doit rester une activité conviviale, éducative et gastronomique."
Pas plus d'un seau par personne et par jour
Il existe déjà en Wallonie une réglementation en la matière. La cueillette est autorisée dans les forêts publiques domaniales et les bois privés (avec autorisation du propriétaire toutefois), dans la limite d'un seau (10 litres) de récolte par personne et par jour, uniquement entre le lever et le coucher du soleil. Le règlement communal de Ferrières va un pas plus loin. "On s'est inspiré du règlement pris à Aywaille il y a quelques années."
Alors, qu'est-ce qui est permis ou non ? La récolte est désormais autorisée uniquement aux habitants de la Commune et des communes limitrophes, en possession de leur carte d'identité. Elle est autorisée uniquement entre le 15 août et le 15 novembre.
La récolte doit être liée à un usage personnel et à des fins non commerciales. La technique est aussi imposée : les champignons doivent être coupés au pied et non arrachés. Enfin, le lieu de la récolte ne pourra se faire que dans un rayon de 50 mètres autour du sentier ou chemin emprunté et à pied bien entendu, pas en voiture.
Et les écoles et groupes de mycologie ?
Comme le prévoit la norme wallonne, la récolte est toujours limitée à un seau par jour et par personne "y compris la récolte entreposée dans un véhicule", précise toutefois le règlement ferrusien, ce qui vise spécifiquement le "trafic" de champignons. Et elle se fait uniquement en journée et en dehors des périodes de chasse et de battues.
Et les écoles, les groupes de mycologie et les ASBL environnementales qui souhaitent effectuer une activité de récolte pédagogique, scientifique, d'initiation, de sensibilisation… ? Ils pourront être autorisés après avoir consulté le DNF.
Le règlement s'applique-t-il aussi aux occupants des gîtes touristiques, nombreux sur Ferrières ? Les vacanciers pourraient en effet être tentés par une promenade-cueillette. "Là aussi, ils doivent demander l'accord du DNF", souligne Christian Verdin. Pour les sensibiliser, l'opposition Ferr'Ensemble a proposé à la majorité de prévoir un affichage dans chaque gîte.
Les personnes qui résident régulièrement sur la commune peuvent aussi avoir une "dérogation".
Des panneaux placés aux endroits sensibles
Pour informer la population et les promeneurs de cette nouvelle réglementation, des panneaux seront placés, notamment aux Arsins à Werbomont, lieu le plus problématique. Et ceux qui "fraudent" ? Ils seront poursuivis sur base du code forestier avec à la clé, des amendes pouvant aller de 50 à 150 €."C'est le DNF qui est chargé de verbaliser. Les agents se promènent régulièrement dans nos bois, ils surveilleront. Si quelqu'un constate une récolte abusive, il peut aussi téléphoner au DNF", indique le mayeur.
La Commune tient à insister sur ce point : l'objectif n'est pas de "stopper" ou de "freiner" l'activité de cueillette ("une pratique qui existe de longue date dans la région") mais bien de "l'intégrer harmonieusement dans les multiples fonctions de la forêt". Et de viser tout spécifiquement les cas abusifs, de limiter les pillages. "Et il faut donner au DNF les moyens de le faire, de la légitimité."
D'autres Communes ont fait le pas
La démarche de Ferrières n'est pas une première. De plus en plus de Communes sont amenées à prendre ce type de règlement. C'est le cas d'Aywaille, d'Erezée, de Libin, de Wellin mais aussi, bientôt, de Stoumont. "Ce sont les communes les plus fortement boisées qui sont touchées", souligne le bourgmestre.
Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.