Russie: le seul parti anti-guerre banni des législatives
La Cour suprême russe a interdit lundi au parti Yabloko, seule formation à s'être prononcée contre la guerre contre l'Ukraine, de participer aux législatives de septembre en Russie, privant les électeurs opposés au conflit de la possibilité de demander à y mettre fin via leur bulletin de vote.
La Cour suprême russe a ainsi fait droit à la requête d'une formation nationaliste favorable au Kremlin qui avait déposé un recours contre le feu vert donné à Yabloko par la Commission électorale centrale – d'ordinaire prompte à museler les oppositions – de concourir à ce scrutin.
"Les demandes d'annulation de l'enregistrement" de la liste des candidats de Yabloko en vue du renouvellement de la Douma, la Chambre basse du Parlement russe, "ont été acceptées", a déclaré lundi un juge de la Haute Cour.
Après la lecture du jugement, une centaine de sympathisants de ce parti, pour la plupart des jeunes, se sont rassemblés devant le siège de la Cour suprême, scandant "Honte! Honte!". S'adressant à eux à l'issue de l'audience, le leader de Yabloko Nikolaï Rybakov a annoncé que le parti ferait appel de cette décision.
Deux tiers des Russes voudraient la fin du conflit
Ses dirigeants avaient présenté les législatives comme "un référendum qui montrera au pouvoir que des millions de Russes s'opposent" à la guerre. Dans les sondages réalisés en juin par l'institut russe Levada – désigné "agent de l'étranger" par les autorités – , 64% des Russes se prononçaient pour des négociations de paix avec Kiev (78% chez les jeunes), contre 29% qui préconisaient la poursuite des combats.
"Un long chemin nous attend et nous avons une tâche vaste et importante: mettre fin aux morts et ramener la paix", a-t-il lancé, avant d'ajouter: "Notre bulletin de vote est la seule possibilité légale de se prononcer pour la paix. [...] Tout ce que nous faisons doit y être consacré."
Le seul parti libéral encore en activité
La plupart des opposants au président Vladimir Poutine sont emprisonnés, en exil ou morts, et Yabloko est le seul parti libéral encore en activité en Russie. Il avait reçu dans la perspective des prochaines législatives le soutien de plusieurs personnalités de l'opposition vivant désormais à l'étranger, dont Yulia Navalnaya, la veuve de l'opposant Alexeï Navalny qui s'est éteint en 2024 en prison, tous deux classés dans la catégorie des "extrémistes" en Russie.
Après la fin de l'URSS, Yabloko a porté les espoirs des libéraux tournés vers l'Occident. Cependant, accusé d'être rigide, voire donneur de leçons, ce parti a plongé dans les urnes. Depuis les élections de 2007, il n'a plus de siège à la Douma.
"Frémissement" chez les jeunes
Un sondage réalisé plus tôt cette année créditait Yabloko de 3% des intentions de vote, un score inférieur au seuil de 5% nécessaire pour entrer à la Douma.
Mais à quelques semaines des élections, Yabloko avait dit sentir un frémissement alimenté par le ras-le-bol de jeunes Russes excédés par les restrictions dans l'usage d'internet et la propagande omniprésente du gouvernement et du parti au pouvoir Russie unie, largement majoritaire à la Douma sortante.
>> Lire aussi : En Russie, "personne n'ose exprimer ouvertement son ras-le-bol, surtout pas à un journaliste occidental" et L'opposition russe en exil, un interlocuteur pour construire la paix?
afp/vic
Huit membres de Yabloko sont en prison
"Une quarantaine de nos militants font l'objet de poursuites", a affirmé il y a peu Nikolaï Rybakov, qui s'est lui-même vu infliger une amende pour avoir publié une photo d'Alexeï Navalny, et dont les appels à la paix peuvent passer pour un acte de "discrédit" de l'armée russe et donc lui valoir une peine de prison.
Huit membres de Yabloko sont d'ailleurs en détention, dont Maxime Krouglov, l'adjoint de Nikolaï Rybakov, condamné fin juin à sept ans de prison pour diffusion de "fausses informations" sur les forces russes.