Jusqu’où va la science ? - La climatisation «naturelle» des insectes
En cette fin d’été caniculaire, les scientifiques s’intéressent aux stratégies des insectes sociaux pour résister aux épisodes de chaleur intense. Comment les termites, les abeilles et les fourmis climatisent leurs nids ?
C’est une question de survie pour les insectes et plus particulièrement pour les insectes sociaux qui vivent en colonie dans des espaces clos. Il faut préciser que, contrairement aux mammifères et aux oiseaux, les insectes sont ectothermes, ils ne peuvent pas maintenir une température interne constante, celle-ci dépend des conditions extérieures. D’où l’intérêt vital d’avoir développé des stratégies, notamment sous les tropiques, pour résister aux fortes chaleurs qui dessèchent, au sens propre, les insectes, perturbant leur fonctionnement, leur activité et surtout leur développement, les œufs, larves et nymphes étant les plus vulnérables. Un vrai défi thermique quand des milliers d’individus sont concentrés dans un espace fermé, il faut à la fois évacuer l’excès de chaleur, renouveler l’air, conserver l’humidité et se protéger de l’extérieur tout en maintenant un accès de sortie pour se nourrir. Un défi relevé de manières différentes par les termites, les abeilles, les fourmis et même certaines espèces de guêpes sociales, toutes passées maîtres dans l'art de ce qu’on peut appeler la climatisation naturelle.
On cite souvent en exemple les termitières, leur architecture complexe et respirante inspire déjà la conception de bâtiments adaptés au changement climatique. Mais selon l’entomologiste Romain Garrouste, du Muséum national d’histoire naturelle, qui étudie ces insectes sociaux sur tous les continents, c’est moins l’architecture des termitières qui devrait nous inspirer que la capacité des termites à tirer parti des conditions climatiques. Les grandes termitières d’Afrique ou d’Asie sont toutes différentes, leur architecture et leur ventilation varient selon la nature du sol et du climat, elles peuvent être partiellement ou totalement souterraines, sont à la fois poreuses et réparatrices, elles tirent parti des différences de température et d’humidité entre le jour et la nuit, avec une circulation d’air cyclique entre le centre du nid et la périphérie et surtout les termitières sont en construction constante, jamais achevées par la société des termites qui bouchent ou rouvrent des galeries en fonction des courants d’air, du taux d’humidité et de concentration de gaz et tout cela, sans jamais avoir un plan général de leur termitière.
Quels autres exemples de climatisation naturelle développée par les insectes pourraient nous inspirer ?
L’entomologiste Romain Garrouste dans cet article paru sur le site The Conversation nous révèle les étonnantes et très actives stratégies des abeilles pour ventiler leur ruche : certaines battent très rapidement des ailes en se plaçant autour de l’ouverture afin de renouveler l’atmosphère et dissiper la chaleur, tandis que d’autres collectent de l’eau qu’elles distribuent sous forme de fines gouttelettes qui, en s’évaporant, rafraîchissent le centre de la ruche là où vit la reine et ses couvains, une zone qui doit impérativement être maintenue à une température comprise entre 33 et 36°. En cas d’épisode de chaleur particulièrement intense, une partie des abeilles peut même quitter le nid pour réduire la densité d’individus et donc la production de chaleur.
Quant aux fourmis, elles ont adopté une autre stratégie: plutôt que de refroidir leur nid, elles déplacent leurs couvains : œufs, larves et nymphes dans des secteurs plus frais de la fourmilière. Les ouvrières chargées de l’élevage des jeunes ont d’ailleurs des antennes spécifiques pour détecter les changements de température. Toujours plus ingénieuses, les fourmis champignonnistes - en symbiose avec les champignons qu’elles cultivent et soignent pour se nourrir - déplacent elles aussi leurs jardins fongiques dans les zones les plus fraîches et les plus humides de leur fourmilière au gré des saisons et des changements de température.
Autant de pistes d’adaptation au réchauffement climatique, élaborées depuis des millions d’années par les sociétés de fourmis, d’abeilles et de termites qui pourraient nous inspirer, à nous humains d’autres formes de climatisation…
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