La carte du monde que vous connaissez pourrait changer... et ce n'est pas anodin

La carte du monde à laquelle les Européens sont si habitués va-t-elle petit à petit être remplacée ? Une résolution de l'Onu votée la semaine dernière va dans ce sens. La raison : la représentation qui nous est si familière déforme considérablement les superficies.

Pour comprendre l'objet du débat, le meilleur exemple à prendre est sans doute celui du Groenland. Sur la projection classique, dite "de Mercator", l'immense île arctique semble presque aussi grande que l'Afrique, qui est pourtant... quatorze fois plus vaste.

La Russie, le Canada ou encore les États-Unis apparaissent, eux aussi, visuellement plus imposants qu'ils ne le sont réellement. À une échelle beaucoup plus modeste, la Belgique elle-même "rapetisserait" légèrement si l'on utilisait une projection respectant davantage les superficies.

Une carte conçue pour les marins

Cette déformation n'est pourtant pas une erreur de cartographe. Elle est la conséquence de la projection de Mercator, imaginée au XVIe siècle par le géographe et cartographe flamand Gérard Mercator. Son objectif était avant tout pratique : faciliter la navigation maritime. La projection permet de conserver les angles, ce qui était particulièrement utile aux navigateurs pour tracer leurs routes.

Mais elle présente un défaut majeur lorsqu'elle est utilisée pour comparer les superficies : plus on se rapproche des pôles, plus les territoires sont agrandis. Or, cette représentation est devenue au fil du temps une manière presque universelle de projeter le monde.

L'Afrique remet les cartes sur la table

C'est précisément ce que questionne une résolution adoptée récemment par l'Assemblée générale des Nations unies. Porté par le Togo et l'Union africaine, le texte a été adopté par 164 voix contre une (celle des États-Unis), avec six abstentions.

La résolution encourage les États et les organisations internationales à privilégier des représentations cartographiques plus fidèles à la taille réelle des pays et continents. Elle cite notamment la projection Equal Earth, qui cherche à préserver les rapports de superficie entre les territoires.

Reste à voir si cette évolution dépassera le cadre des Nations unies et si d'autres pays lui emboîteront le pas. Car derrière cette question, se cache aussi une dimension symbolique : placer un élément plutôt au centre ou plutôt sur les bords n'est jamais anodin. "C'est un outil pédagogique plus puissant qu'un grand discours", indique à La Libre le géographe Fabrice Argounès, professeur à l'ULiège. "Lorsque vous faites une carte, vous représentez vos centres d'intérêt : politiques, économiques, diplomatiques, etc. En quelque sorte, qui contrôle la carte, contrôle le monde : c'est-à-dire que celui qui contrôle ce qui apparaît et ce qui est écrit sur la carte, contrôle le récit sur le monde."

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