La Belgique ne demandera pas la suspension de l'Espagne de l'espace Schengen, mais fustigera sa politique migratoire
Ce mardi, les ministres de l'Intérieur des pays de l'Union européenne tiendront une réunion pour voir comment gérer les suites de la crise migratoire survenue dans l'enclave de Ceuta. Cette "visioconférence d'urgence" avait été réclamée ce week-end par 22 pays – dont la Belgique, mais pas la France ni le Portugal – dans une lettre ouverte rédigée à l'initiative de la présidente du Conseil italien Giorgia Meloni, dont le pays a temporairement suspendu les règles de l'espace Schengen vis-à-vis de l'Espagne et le Première ministre danoise Mette Frederiksen, qui a jugé que l'UE devrait envisager de suspendre la coopération Schengen avec l'Espagne.
C'est la ministre de l'Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt (N-VA) qui y participera et représentera la Belgique. Elle va y tenir une ligne qui reflète les différentes sensibilités des partis de l'Arizona. Des sensibilités parfois antinomiques.
"Une lecture intéressée des mafias de trafiquants d'êtres humains" : les coulisses de l'afflux massif de migrants à CeutaDimanche, dans un message sur X qui a fait son petit effet, le président du MR, Georges-Louis Bouchez s'était aligné sur la position dure de la cheffe du gouvernement italien et de son homologie danoise. Il a réclamé "des contrôles ciblés sur les personnes venant d'Espagne avec une suspension partielle de Schengen en ce qui concerne la libre circulation des personnes".
Georges-Louis Bouchez n'a cependant été rejoint par aucun partenaire du gouvernement fédéral pour réclamer avec lui cette suspension de l'Espagne. Au contraire. Vendredi 31 juillet déjà, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) faisait valoir qu'une suspension temporaire de l'Espagne de l'espace Schengen ne constitue pas une solution. "Cela priverait de surcroît tous les Espagnols de leur liberté de circulation ainsi que les nombreux touristes européens parmi lesquels nombre de nos compatriotes. Ce serait aussi injuste que disproportionné. Personne n'a d'ailleurs, et a raison, envisagé par exemple pareille mesure à l'égard de l'Italie lorsqu'elle était à l'époque 'envahie' de migrants à Lampedusa."
Les ministres belges réagissent à la situation à Ceuta: "Le message doit être clair", "L'Espagne doit garantir la protection de ses frontières"Une approche européenne stricte
Dans un communiqué qu'elle a diffusé ce lundi, Anneleen Van Bossuyt (N-VA) annonce son intention de plaider "pour une approche européenne stricte et unifiée afin de prévenir des situations similaires à l'avenir". Elle n'évoque pas la suspension temporaire de l'Espagne de l'espace Schengen – une idée devenue, il est vrai, presque sans objet dès l'instant où la grande majorité des personnes entrées illégalement à Ceuta sont déjà rentrées au Maroc. La ministre belge se montre même au contraire favorable à "un renforcement de Schengen" pour "mieux protéger nos frontières extérieures, lutter plus fermement contre les passeurs et empêcher l'émergence de nouvelles vagues migratoires illégales en direction de l'Europe".
Ceuta: 60.000 migrants franchissent la frontière depuis le Maroc, l'Italie suspend l'ouverture de l'espace Schengen à l'Espagne"Des procédures de régularisation géantes"
Anneleen Van Bossuyt partage cependant le point de vue de Georges-Louis Bouchez sur la politique migratoire du gouvernement espagnol. Dans son tweet, le président du MR fustigeait "les procédures de régularisation géantes" du gouvernement Sánchez qui auraient, à ses yeux sans doute, encouragé 60 000 personnes à franchir illégalement la frontière entre le Maroc et l'enclave de Ceuta. Dans son communiqué, la ministre fédérale de l'Asile ne conteste pas le droit de chaque pays de mener la politique d'asile migratoire qu'il veut. Mais elle souligne à gros traits le fait que celle de l'Espagne est bien différente de celle de la Belgique. "L'accord de coalition est clair, rappelle-t-elle. Nous ne choisirons pas les régularisations, justement parce que nous savons que de telles décisions politiques peuvent créer un effet d'appel et que nous ne devons pas récompenser l'illégalité."
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