"La bataille du budget", le jeu à succès qui permet à tous d'être ministre du Budget en France

A priori, être ministre du Budget ou des Finances ne fait pas rêver. Et pourtant…. En France, un jeu baptisé "La bataille du budget" fait fureur depuis qu'il a été lancé il y a quelques semaines. Il permet aux joueurs, sur Internet, d'être aux manettes du budget et de redresser les comptes publics de la France. C'est le pari aussi ludique qu'impitoyable que propose depuis quelques jours "La bataille du budget". Impitoyable parce que le but est évidemment de tenir les cordons de la bourse sans se faire chasser du gouvernement… Bref, un exercice plus vrai que nature qui montre la complexité de la conception d'un budget.

Entre Jean-Luc Melanchette et Marine Montretout

Conçu par Rayan Nezzar, aujourd'hui professeur des universités mais qui fut haut fonctionnaire à Bercy puis conseiller budgétaire de plusieurs ministres, dont Gabriel Attal, le jeu invite chacun à endosser le costume du ministre du Budget. La mission : faire adopter, année après année (jusqu'en 2032), un budget qui ramène le déficit sous les 3 % du PIB — un objectif que la France n'a plus atteint depuis un demi-siècle. Pas de quoi pavoiser, la Belgique n'est pas mieux lotie….

De prime abord, le jeu est simple. Chaque partie dure une quinzaine de minutes, couvre une année budgétaire complète, mois par mois, et permet au joueur d'arbitrer des choix parmi plus de 200 mesures, de droite comme de gauche, allant du gel des pensions au rétablissement de l'impôt sur la fortune, en passant par une éventuelle taxe sur les géants du numérique. Au départ du jeu, le "ministre du Budget" en herbe doit juste choisir entre trois scénarios de base, celui de Jean-Luc Melanchette, président du Nouveau front populaire, de Marine Montretout, du Rassemblement national, ou d'un gouvernement "technique" composé d'experts.

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Chaque choix a évidemment un coût chiffré, établi sur la base des travaux d'institutions indépendantes. Le hic, et c'est là tout le sel de ce jeu, c'est que les choix posés ont un effet immédiat sur deux jauges : le déficit et la popularité. Descendre sous 10 % d'opinions favorables signifie la démission assurée. Pour corser l'équation, s'ajoutent aux choix "douloureux" la pression de la Commission européenne, des lobbies, les demandes incessantes des ministres réclamant des rallonges, puis la bataille parlementaire elle-même. En fin de partie, un dilemme central attend le joueur : soumettre son texte au vote – au risque d'être rejeté, ou amendé après négociations -, ou recourir à l'article 49.3, plus rapide mais qui expose à une motion de censure fatale.

Plus vrai que nature

Son concepteur, interrogé par nos confrères du Point il y a une semaine, revendique un jeu volontairement non partisan, "où des amis plutôt de gauche ont dû accepter des économies sur le social tandis que d'autres, plus à droite, ont fini par rétablir l'ISF pour boucler leurs comptes".

Le succès du jeu tient sans doute à la conjonction de deux facteurs : une inquiétude croissante de l'opinion pour l'état des finances publiques et un réalisme revendiqué par son auteur, qui affirme s'être inspiré de scènes vécues lors de crises de la dette ou de tractations budgétaires réelles. De nouvelles fonctionnalités sont déjà annoncées, parmi lesquelles la gestion des fuites dans la presse ou le chantage à la censure exercé par les groupes parlementaires. Plus vrai que nature on vous disait, ce jeu…

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