L'UTD de Huy, 30 ans à permettre aux seniors d'encore être utiles à la société : "À travers nos activités, on veut comprendre le monde"
Philippe Draize, vous êtes membre fondateur et secrétaire général de l'Université du temps disponible, à Huy. L'UTD lance sa nouvelle saison mercredi prochain. Depuis combien de temps existe-t-elle ?
Depuis 30 ans cette année, à Huy. Le concept a été lancé en 1973 à Toulouse par le professeur Pierre Vellas, partant du constat que les retraités ont encore du potentiel, une expérience à partager. Lorsqu'ils quittent le monde du travail, ils retrouvent du temps disponible et ont besoin de se sentir encore utiles à la société. Il a lancé l'idée d'une université du troisième âge. Deux ans plus tard, une association internationale était créée.
Et en Belgique ?
Elle a embrayé en créant l'Afutab, l'Association Francophone des Universités Tous Âges de Belgique. La Province du Hainaut a trouvé le concept intéressant pour lutter contre la dépression des aînés. Il a ensuite été repris par certaines Communes. C'est vrai que le concept de senior actif ou d'aîné actif est relativement récent.
Et à Huy ?
Dans les années 80, à la demande d'Anne-Marie Lizin, qui était députée européenne à l'époque, j'avais fait une étude sur les aînés en Europe. On a lancé des activités pour les aînés, puis un service pour les 4x20 ans. On allait à leur rencontre, dans leur lieu de vie. On s'est rendu compte qu'ils avaient des besoins culturels, des besoins intellectuels qui ne se retrouvaient pas dans les goûters des pensionnés. Il y avait ce besoin de créer une structure. Mais il a fallu le temps. En 1994, on a réfléchi à quoi faire contre l'isolement des seniors. On a créé le centre d'économie sociale et l'Université du temps disponible. Une des exigences pour être reconnu dans le cadre de l'éducation permanente, c'était d'être adossé à une université. Et celle de Liège a marqué son accord tout de suite.
C'est ainsi qu'est donc née l'UTD.
On a créé l'ASBL qu'on a voulue pluraliste. On a reçu l'aide de la Ville via une secrétaire administrative et des moyens techniques et logistiques. Mais avec, quand même, une indépendance de gestion. L'échevin Adrien Housiaux est notre actuel président. Notre conseil est composé autant d'hommes que de femmes qui viennent d'horizons différents culturellement, socialement, professionnellement, qui ont des centres d'intérêt différents et qui, tous ensemble, essayent de constituer le programme. Ils participent aussi aux activités.
Quel est le profil du public de l'UTD ?
C'est tous profils. En fonction du temps disponible qu'ils ont, de leurs centres d'intérêt aussi ainsi que des activités qu'on propose. Globalement, ce sont les personnes de plus de 55 ans, qui n'ont plus de contraintes professionnelles ou familiales, quoique parfois il faut aller chercher les petits-enfants.
Ces personnes sont en attente de quoi ?
On est vraiment dans le concept de gérontagogie. La pédagogie, c'est un apprentissage dans un cerveau qui reste encore relativement vide, à construire. Ici, on est dans des cerveaux qui ont déjà une expérience de vie. Ils ont besoin, ils ont envie d'un apprentissage de qualité. Ils viennent aussi avec leurs expériences, avec leurs attentes. Ce ne sont pas des cours ex-cathedra, ce sont plutôt des discussions avec les différents professeurs.
Autant des hommes que des femmes ?
Il y a plus de femmes que d'hommes. Pour des conférences, même si c'est lundi et jeudi après-midi, on a parfois des étudiants qui viennent quand il y a un sujet particulier. On veut être intergénérationnels. Globalement, on s'adresse aux plus de 50 ans, mais on ne refuse pas les plus jeunes.
Vous voulez répondre à la demande ; donc, vous essayez de proposer un programme en fonction des attentes.
Une fois par an, on a une assemblée générale au cours de laquelle les membres nous font leurs demandes. Ils peuvent aussi, en cours d'année, nous faire des suggestions. Ainsi, on a ajouté l'anthropologie contemporaine, l'histoire de la littérature, l'histoire de la musique, l'œnologie, la généalogie. On a aussi un cours d'histoire du cinéma, un sur le bien-être et la santé. Un cours sur l'histoire des langues. On a un nouveau cours sur l'astronomie, un sur l'histoire de l'art. Cette année, on en aura un sur le code de la route parce qu'il a changé. L'an dernier, on avait un cours sur l'Intelligence artificielle, mais il était trop théorique. Cette année, on va plutôt mettre l'accent sur la pratique avec l'EPN (NDLR L'Espace public numérique) parce qu'on veut aussi travailler en partenariat avec des associations.
Et les langues ?
Une des règles qu'on s'est imposée, c'est de ne pas faire concurrence à ce qui existe déjà. Il y a les groupements sportifs qui s'en occupent. Nous n'avons pas non plus d'activité créatrice manuelle parce qu'il y a le Cwerneu ou encore l'Académie des Beaux-arts.
Ni de cours de langue ?
On y a pensé mais cela n'a pas marché. On a essayé avec le wallon, avec l'Esperanto aussi. Ça a pris au début et puis ça s'est vite essoufflé. On maintient les cours à partir du moment où ils rencontrent au moins dix participants. On ne sait pas garder des activités qui n'attirent pas suffisamment, malgré tout l'intérêt qu'elles peuvent avoir. Certains cours attirent plus que d'autres. Comme les cours d'histoire, d'histoire des religions, de philosophie. Il y a aussi des cours niche pour lesquels il y a une plus grande interactivité, comme celui d'œnologie de Jean-Marie Delrée. On a dû le dédoubler.
Comment trouvez-vous les conférenciers, les professeurs ?
Quand les membres nous demandent un cours, on cherche les intervenants via notamment l'Afutab qui réunit toutes les universités de Wallonie-Bruxelles. On a aussi un certain nombre de professeurs qui font des propositions de service. Quand le professeur n'a pas cette capacité de transmission de la connaissance, ça ne marche pas. Ainsi, pour le cinéma, on a dû changer de prof.
Les activités évoluent au fil des ans ?
C'est vraiment diversifié, mais ça répond à des besoins, à des demandes. On a aussi des conférences qui collent à l'actualité locale ou régionale. Cette année-ci, on a mis l'accent au niveau des conférences sur l'Italie dans le cadre des 70 ans de l'immigration italienne. On aura aussi d'autres conférences. Sur Jean de La Fontaine, sur Agatha Christie, sur la biodiversité.
Est-ce qu'il y a certains domaines que l'UTD se refuse d'aborder ?
À partir du moment où la demande est formulée par les citoyens, il n'y a pas de problème. On essaye aussi d'avoir, dans les différents conférenciers, un équilibre pluraliste, aussi bien philosophique, religieux que politique. Mais on ne va jamais inviter un politicien qui viendra faire sa pub.
Et le public n'est pas que hutois.
Non, l'UTD a un rayonnement régional. C'est la seule de la région.
Et il y a des activités abandonnées au cours des ans ?
Oui, les petits voyages, les excursions. On est allés à Troyes, au musée de Lens, à Bruxelles, à Mariemont. Il y a moins de public parce que ça revient un peu cher. On veut que nos activités soient accessibles à tout le monde, quel que soit le niveau de formation ou le niveau d'études. Mais aussi financièrement. Ainsi, on maintient un voyage par an.
Et sinon, les activités, les conférences, c'est payant ?
Oui. Pour les cours, il y a effectivement une petite contribution puisqu'il faut rémunérer quand même les prestataires. On a aussi une cotisation annuelle pour une question d'assurance. Quand on est membre, on a une réduction sur les conférences. Cette année-ci, on a dû augmenter un peu leurs prix parce que les subsides publics (on en reçoit de la Ville et de l'Afutab) sont réduits. Ça sera 8€ cette année-ci et 5€ pour les membres.
Vous avez lancé l'UTD. Vous y êtes toujours après 30 ans. Qu'est-ce que ça vous apporte ?
Ça m'apporte d'abord la satisfaction de ne pas m'être trompé. On est une des villes de Wallonie qui a quand même suivi le mouvement, qui veut lutter contre l'isolement social. Il y a de plus en plus d'aînés qui vivent seuls.
Quels sont les projets ?
Aujourd'hui, on a toujours le troisième âge mais aussi maintenant le quatrième âge. On doit essayer de voir quels sont les besoins auxquels on va répondre. On réfléchit aussi à comment garder un contact avec les gens qui sont en maison de repos. Donc, il faut qu'on crée des services d'encadrement, voir quelles activités leur proposer. Ça fait aussi partie des réflexions qu'on doit pouvoir porter avec les différentes associations mais surtout avec les gens eux-mêmes. Et donc ils ne doivent pas hésiter à venir. On a tous une expérience à partager. L'UTD, c'est un lieu de rencontres sociales et humaines. Au travers des différentes activités, c'est essayer de comprendre le monde.
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