L’UE propose au Canada de devenir « premier membre associé », mais personne ne sait ce que ça signifie

Alors que le Canada est en pleine brouille commerciale avec les États-Unis, Ursula von der Leyen lui a proposé de devenir le premier pays « membre associé » de l’UE.

Par Maëlle Roudaut avec AFP

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononce son discours annuel sur l’état de l’Union, le 16 septembre 2026.

JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, prononce son discours annuel sur l’état de l’Union, le 16 septembre 2026.

Une annonce très symbolique. Sur fond de désamour avec les États-Unis, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a proposé, ce mercredi 16 septembre, que le Canada puisse devenir le premier pays « membre associé » de l’UE. Une déclaration faite devant le Premier ministre canadien en personne, Mark Carney, qui a par ailleurs été longuement applaudi par les eurodéputés.

« Nous voulons élever les relations avec le Canada au plus haut niveau possible (...) Je voudrais donc œuvrer avec vous à la possibilité pour le Canada de devenir le premier membre associé de l’UE », a précisément déclaré Ursula von der Leyen, lors de son discours annuel de rentrée.

Un statut inexistant, pour le moment

Mais que signifie concrètement cette position de « premier membre associé de l’UE » ? Pour le moment, personne ne semble avoir la réponse. « Nous ne savons pas encore vraiment ce que cela signifie », a concédé l’eurodéputé allemand Tobias Cremer, mais une alliance plus étroite a « intrinsèquement » du sens, a ajouté cet élu social-démocrate.

Le statut de « membre associé » n’est en outre pas juridiquement défini par les traités de l’UE. Ce n’est pour autant pas la première fois qu’il est évoqué : en mai dernier, l’Allemagne avait fait part de son souhait de voir l’Ukraine devenir membre associé de l’UE.

Le chancelier allemand Friedrich Merz avait détaillé dans une lettre en quoi cela consisterait : dans l’idée, des responsables ukrainiens pourraient participer aux sommets de l’UE et à certaines réunions ministérielles, sans avoir de droit de vote. Kiev pourrait également nommer un commissaire associé à la Commission européenne et des représentants au Parlement européen, eux aussi sans droit de vote.

Pour l’heure, le « membre associé » reste donc surtout une idée, plus qu’un statut aux contours clairement établis. Avec cette proposition, Ursula von der Leyen entend surtout adresser un signal de soutien au Canada et afficher la volonté de l’UE de renforcer sa coopération, déjà considérable, avec Ottawa. Autre symbole évocateur de cette volonté de rapprochement : Mark Carney est le premier chef de gouvernement étranger à assister à un « discours sur l’état de l’Union », et il prendra la parole jeudi devant le Parlement de Strasbourg.

« Nous voyons le monde avec les mêmes yeux »

Lors de son discours, Ursula von der Leyen a également proposé au Canada de rejoindre le futur « Conseil européen de sécurité », qu’elle appelle de ses vœux. L’Europe, dont les relations avec Washington sont houleuses, est en quête d’appuis à sa stratégie de rééquilibrage entre les deux superpuissances, Chine et États-Unis.

De son côté, le Canada, en pleine guerre commerciale avec les États-Unis de Donald Trump, cherche de nouveaux partenaires. « Nous voyons le monde avec les mêmes yeux : de l’IA au changement climatique, de l’Arctique à la géopolitique », a souligné Ursula von der Leyen, appelant Ottawa et Bruxelles à « bâtir » un « avenir commun ».

« Dans un monde plus dangereux et plus divisé, le Canada tisse des relations plus étroites avec des partenaires de confiance », a indiqué de son côté le bureau de Mark Carney dans un communiqué.

Renfort de coopération sur l’énergie, l’IA et les terres rares

La relation entre l’UE et Ottawa est déjà solide : les échanges entre l’UE et le Canada ont bondi de 80 % depuis 2016, grâce à l’entrée en vigueur d’un accord de libre-échange, qui a supprimé presque tous les droits de douane. Et cette année, le Canada est devenu le premier pays non-membre de l’UE à rejoindre le programme de défense européen Safe. Il reste toutefois une marge d’amélioration.

Les deux parties vont examiner les domaines « où nous avons des capacités et des besoins complémentaires », qui sont « stratégiquement importants » pour « garantir notre souveraineté », comme l’énergie, l’IA et les matières premières critiques et notamment les terres rares, a précisé cette semaine à l’AFP l’ambassadeur canadien à Bruxelles, Jonathan Wilkinson.

Ottawa espère également conclure un accord permettant à la Banque européenne d’investissement (BEI) de financer des projets canadiens liés aux minerais stratégiques, afin de réduire la dépendance à la Chine, a encore expliqué l’ambassadeur canadien.

Parmi les pistes, une application entière de l’accord de libre-échange. Dix pays de l’UE, dont la France, l’Italie et la Pologne, n’ont pas encore ratifié cet accord, en partie en raison de contestations dans le monde agricole. Cela en limite la portée, les dispositions relatives à la protection des investissements et au règlement des différends restant pour l’instant lettre morte.

En outre, des discussions sont en cours pour assouplir les règles sur la mobilité de la main-d’œuvre et augmenter les échanges d’étudiants via Erasmus, le très populaire programme de l’UE. Il est également question que le Canada contribue au prêt de 90 milliards d’euros de l’UE à l’Ukraine, en participant à des projets de défense en faveur de l’Ukraine.