L'oeil de la rédaction. L’édito. Sous le règne d’Infantino, c’est le football qu’on assassine
Dans son édito du jour, Sébastien Daucourt se mue en tonton flingueur. Avec des mots seulement toutefois, il tire sur le président de la FIFA prêt à dénaturer le foot pour toujours plus d’argent. Notre rédacteur en chef invite les Fédérations à se réveiller pour éparpiller la nouvelle idée de Gianni Infantino « façon puzzle ».
Sébastien Daucourt -
Aujourd’hui à 19:30
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Chris Carlson/AP/SIPA
La Coupe du monde est donc à vendre en lots, comme une carcasse que l’on dépèce et se partage en prenant soin de monnayer aux nantis les morceaux les plus tendres. Ainsi en a décidé Gianni Infantino, le très controversé président de la fédération internationale (FIFA). Enfin, pour l’heure, « ce n’est qu’une opportunité, pas une obligation », a-t-il précisé.
Que l’on se rassure donc : son projet de création d’une société commerciale ouverte en partie aux investisseurs extérieurs, et notamment destinée à gérer la poule aux œufs d’or qu’est la Coupe du monde, appelle une « réponse de principe de chaque fédération » d’ici le 19 septembre. Mais franchement, argumente-t-il, quel dommage ce serait que de se priver de tous ces milliards, immédiatement reversés pour développer ce sport aux quatre coins du globe.
Une machine à dollars
Ces investisseurs (menés par Joshua Kushner, frère du gendre de Donald Trump) dépenseraient donc une fortune pour faire dans l’humanitaire ? Permettez d’en douter. Tous seraient évidemment en droit d’attendre, en guise de dividendes, une machine à dollars qui crache sans discontinuer. Et pourraient, pour cela, peser afin d’imposer les décisions les plus farfelues. Le passage évoqué du prochain Mondial à 64 pays constituerait un nouveau pas dans sa dénaturation. Il pourrait même n’être qu’un détail tant les récents aménagements (ah, ces pauses fraîcheur imposées pour diffuser quelques pubs…) sont de nature à alarmer.
Oui, Gianni Infantino ose tout. C’est précisément à ça qu’on le reconnaît. La décision des 55 puissantes fédérations européennes, ce jeudi soir, de boycotter les compétitions de la FIFA tant que ce projet ne sera pas enterré marque en tout cas un tournant. Reste à savoir si l’Afrique ou l’Amérique du Sud, proches d’Infantino, siffleront également la fin des courbettes et du clientélisme. Une question d’honneur tandis qu’au milieu de ce brouhaha, c’est le football qu’on assassine.