L'oeil de la rédaction. L'édito. Loto : heureux ceux qui connaissent le vertige du coup de bol
A l’occasion des Journées européennes du patrimoine, les studios du tirage du Loto ont ouvert pour la première fois leurs portes au public. Une belle occasion pour tous les joueurs de découvrir l'envers du décor.
Sébastien Daucourt -
Aujourd’hui à 20:25
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Photo Romain Mary
Une salle surpeuplée. Un silence absolu uniquement déchiré par le cliquetis des boules qui s’entrechoquent, puis l’annonce monocorde de numéros au micro. « Le 51 ». « Ouais, le Pastis, ohohoh », hurle, fier de lui, ce joueur boute-en-train du loto du village. Quelques vagues de rires jaillissent de cet océan de concentration. Et ça repart. « Le 25 ». « Ouais, le Doubs, ohohoh ». « Le 69 ». « Aaaaah, enfin, ohohoh ».
Attendez ! Il a bien dit 69 ? Soudain, le temps s’arrête. Sur le carton posé devant soi, entre une fin de sandwich et un soda trop chaud, un seul numéro manque pour décrocher le jackpot. Un seul ! Le 36. On ne montre rien. Visage impassible. Mais dans le ventre, ça bouillonne. Dans la tête, c’est pire. « Le 74 ». Mince. « Le 4 ». Raaah, allez, un petit effort. « Et on joue maintenant avec le… 36 ». « Double quine », beugle-t-on à la face du monde (il s’agit de deux lignes remplies, pour les non-initiés).
L'appât du gain
On se dit alors, en sentant tous les regards braqués sur soi, que seules les personnes ayant déjà expérimenté ce vertige du coup de bol peuvent comprendre pourquoi ce week-end, lors des Journées du patrimoine, la visite des studios TV du Loto, le vrai, celui qui rapporte des millions et change des vies, a été prise d’assaut. Qui, franchement, ne s’est jamais demandé ce qu’il ferait avec un tel magot ?
On est stoppé dans ces pensées. Au milieu de la salle des fêtes surchauffée, un organisateur vient vérifier que l’on ne s’est pas trompé. « La double quine est bonne », confirme-t-il d’un ton solennel, comme s’il annonçait le verdict d’un procès d’assises. C’est gagné ! Voilà une revanche sur la vie, sur le prix de l’essence, les galères du quotidien, tout ça tout ça. « Bravo monsieur, les trois stères de bois sont pour vous ». « C’est super, chéri », sourit madame. « Maintenant, il n’y a plus qu’à acheter une cheminée ».