L'oeil de la rédaction. L’édito : l’Allemagne sidérée par la percée historique de l’AfD en Saxe-Anhalt
Au lendemain de ce coup de tonnerre électoral, Michel Klekowicki, l’un des nos rédacteurs en chef adjoint, revient sur la victoire historique du parti d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD).
Michel Klekowicki -
Aujourd’hui à 19:22
- Temps de lecture :
Il serait tentant d’invoquer les vieux démons. Il serait facile, aussi, d’en appeler aux stéréotypes sur la peste brune et la bête immonde. Mais à quoi bon ? La victoire de l’extrême droite en Saxe-Anhalt, en Allemagne, ne saurait se réduire à une simple résurgence de l’Histoire. Elle s’inscrit dans un courant qui ne cesse de grossir dans de nombreux pays. Bien sûr, le passé continue de peser lourd outre-Rhin. Mais ce n’est pas forcément celui auquel on pense spontanément. Les œillades de l’AfD (Alternative für Deutschland) aux Waffen-SS, pour ignobles et spectaculaires qu’elles soient, ne suffisent pas à masquer un héritage autrement plus encombrant : celui de l’ancienne Allemagne de l’Est, dont une partie de la population se sent toujours mise à l’écart.
L’Allemagne est sur le fil du rasoir
Est-ce la seule explication au tournant radical choisi dimanche ? Évidemment non. La tentation des solutions simples face à des problèmes complexes est un réflexe politique à la mode actuellement. Car l’Allemagne, troisième puissance économique mondiale, est en souffrance. Son industrie automobile a pris du retard dans le virage de la voiture électrique et se trouve contrainte de se restructurer brutalement. Sur le front des exportations, la concurrence chinoise ne cesse, par ailleurs, de se renforcer dans des secteurs longtemps dominés par l’industrie allemande. À cela s’ajoutent une démographie en berne et une inquiétante dépendance énergétique. Privée du gaz russe et encore fortement tributaire du charbon, l’Allemagne est sur le fil du rasoir. Alors, le score de l’AfD est-il vraiment une surprise ? Non. Il est le produit d’un précipité politique et social dangereux, dans lequel se mêlent sentiment de déclin, inquiétudes économiques et crainte de l’étranger. Lorsque ces angoisses s’accumulent, les discours les plus radicaux germent. On peut le déplorer, mais c’est un fait : en Allemagne comme ailleurs, la peur est devenue un stimulus majeur de la vie électorale.