L'oeil de la rédaction. Edito. Réseaux sociaux : contraindre plutôt qu’interdire
Les membres du Conseil constitutionnel en ont décidé ainsi : le Gouvernement ne peut pas interdire les réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans. La censure de la loi déposée en ce sens doit inviter Sébastien Lecornu à changer de stratégie estime Alexandre Poplavsky, notre éditorialiste du jour.
Alexandre Poplavsky -
Aujourd’hui à 19:54
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Photo : Matthias Balk/DPA/SIPA
Emmanuel Macron était venu dans les Vosges, à Mirecourt, fin novembre 2025, devant un parterre de 250 lecteurs de notre groupe de presse et jeunes de Lorraine pour défendre son souhait d’interdire les réseaux sociaux avant l’âge de 15 ans. Le Président appuya sur cette évidence qu’avant cet âge ces plateformes « ne sont pas une bonne chose car on n’est pas consolidé suffisamment sur le plan affectif, émotionnel et cognitif. Le cerveau n’est pas mûr pour être exposé à cela ». Il a, dans la foulée, engagé une procédure accélérée pour que cette interdiction s’applique dès cette rentrée 2026. La décision du Conseil constitutionnel de censurer la loi présentée fin janvier est donc évidemment un revers pour le pensionnaire de l’Élysée qui entendait faire de cet enjeu de santé publique une mesure phare de la fin de son mandat. Pour autant, le sujet de fond reste sur la table.
Camouflet
Les risques d’une exposition à des contenus toxiques, violents, inappropriés, de cyberharcèlement et d’altérations aussi du sommeil sont une réalité pour une large partie de la jeunesse et pour des parents souvent désarmés face à ce fléau. Suite à ce camouflet, le chef de l’État vient de missionner le gouvernement de Sébastien Lecornu pour retravailler un cadre législatif. Il devrait aboutir à une réforme juste avant son départ de L’Élysée. Le texte s’appuiera sur la proposition législative de l’UE attendue à la rentrée et dont l’ambition n’est pas d’interdire mais de contraindre, en déplaçant la charge de la responsabilité supportée par les familles vers les plateformes numériques. Les obliger, notamment, à prouver que leurs services sont sécurisés pour les mineurs. Le premier levier est d’agir sur ces algorithmes qui enferment les jeunes dans des bulles informationnelles provoquant anxiété et risques d’addiction. En attendant, les Sages leur accordent un bâton d’immunité pour doper leurs algorithmes et aspirer des jeunes dans la spirale infernale du fil « Pour toi ».