L’oblat du paradis
À 2 km du Puy-en-Velay (Haute-Loire), à 700 m d’altitude en terre volcanique, le Clos Paradis produit quelques centaines de bouteilles issues de cépages hybrides. Derrière cette singularité proche de la folie douce, un financier reconverti s’est entouré d’une jeune équipe pour réaliser son rêve. Un pari en passe d’être gagné.
Nous l’appellerons Jean-Christophe. L’homme veut rester anonyme, souhaitant mettre sur le devant de la scène son équipe et sa jeune directrice Jade Hérail. En cette journée estivale, il nous fait faire le tour du propriétaire non sans fierté. Loquace et enthousiaste, on sent bien que celui qui travailla dans la finance, aime les challenges. C’est en 2020 qu’il achète à la fondation des Frères du Sacré Coeur (congrégation laïque masculine de droit pontifical), un terrain à l’abandon exposé plein sud, avec vue sur le rocher Saint-Joseph, cadastré Clos paradis. Sur cette brèche, reste de la cheminée d’un volcan, la statue monumentale du saint regarde désormais quatre parcelles de vignes. Souvignier gris, bronner, johanniter, solaris, soreli se dorent au soleil. Un employé tombe des grappes. Ce simple geste laisse présager le choix de la qualité.
Innover et s’adapter
« Je suis content de mon bureau, je viens tous les jours. J’ai tout vendu, j’ai investi 2 000 000€ dans 1,50 hectares, j’ai embauché 6 salariés. Personne ne m’a pris au sérieux. Ma chance est de ne pas être du métier, il n’y a pas de poids, je travaille beaucoup au feeling, je suis partie d’une feuille blanche et fais le choix d’engager une jeune directrice de 23 ans», résume Jean-Christophe. Il fonctionne à l’instinct, bouscule les codes et s’entoure de professionnels.
Avant les premières plantations, il fait appel à Claude Bourguignon pour étudier les sols constitués d’une coulée basaltique où poussaient jadis des légumes. Il aime les vins d’Alsace, il plante chaque année des cépages blancs. Mais pas des conventionnels, avec son chef de culture il choisit des hybrides d’origine italienne, suisse, allemande, résistants à l’oïdium et au mildiou, adaptés aux amplitudes thermiques de 8 à 35°.

Vinification en apnée
Pour les vinifications, il fait appel à Nicolas Léger. L’oenologue a sa clientèle dans le Gard du côté d’Uzès et dans les Cévennes. Une rencontre et l’intérêt d’aborder un secteur plus froid où les maturités sont plus progressives, l’amènent à Saint-Espaly. « Il y a trois ans, le domaine était pionnier pour les cépages blancs. La découverte est fantastique, le terroir est très fin, les vins sont délicats et puissants aromatiquement. Les quatre parcelles arrivent à des productions différentes mais c’est tout de suite bon, maîtrisé ». Nicolas Léger forme la jeune équipe aux schémas techniques et crée les cuvées selon les particularités des cépages. Le johanniter est vinifié en mono cépage, les autres vinifiés séparément sont assemblés pour profiter de leurs caractéristiques organoleptiques.
En parallèle de son activité, l’oenologue qui a travaillé en alternance à Sauternes et avec Michel Roland, a créé sa petite entreprise de tonnellerie. L’un de ses partenaires croate a imaginé un prototype de barrique original pour une fermentation sans oxygène, avec un régulateur de pression, des douelles jointées et une vitre en verre pour que les levures voient la lumière. Infinity est une version sophistiquée de la cuve close de la méthode Charmat. Sauf que le concept permet aussi la mise en bouteille sous azote. Le vin est poussé grâce à un gaz inerte à travers un filtre clarifiant avant d’être intégré dans des bouteilles elles-mêmes préalablement saturées. IL est exempt d’oxygène jusqu’au moment où la bouteille est débouchée. Deux barriques sont installées au Clos du Paradis.
Nous n’avons pas dégusté le breuvage (au prix démoniaque) mais la gamme, aux noms de cuvées très spirituelles, a trouvé sa cohérence et produit son effet. La petite production se forge une réputation qui fait que le vin est vendu par allocations. La folie de Jean-Christophe est en passe de devenir un pari réussi.
Terre de Vins a aimé
Rédemption 2025 - 35€
L’entrée de gamme est composée de solaris et soreli. Le nez embaume de fruits exotiques, de pomme verte et de fruits jaunes. L’attaque est joliment acidulée, on reste dans l’univers tropical, avec une belle tension qui apporte de la fraîcheur .
Purgatoire 2025 - 45€
60 % souvignier gris, 20 % johanniter, 20 % solaris. Son expression est minérale et florale, légèrement miellée. Un zeste citronné accueille la bouche, dans un univers de fruits jaunes, légèrement exotique, sur une finale saline.
Paradis 2025 - 58€
Cuvée parcellaire de la plus vieille vigne composée en majorité de johanniter et d’un peu de solaris. Le nez fait penser au gewurztraminer, il est magnifiquement subtil de litchi et de rose. Le pep’s est encore là, le litchi secoue la finale dans un bel équilibre, fait de finesse. Il a un vrai potentiel.

