L’Iran, entre une stratégie plus offensive et la recherche d’un accord

C’est désormais sur le plan économique que la confrontation entre les États-Unis et l’Iran se renforce. Washington a dévoilé, ce 24 août, le détail d’une nouvelle série de sanctions visant Téhéran. L’administration états-unienne met en place ce que Donald Trump a qualifié « d’opération économique la plus écrasante jamais entreprise ». Téhéran, de son côté, maintient sa pression sur le détroit d’Ormuz, voie de navigation stratégique pour l’économie mondiale. Mais la dimension militaire demeure aussi très présente. L’Iran a développé une nouvelle stratégie, plus offensive, sans toutefois renoncer à la voie diplomatique.

Publié le : 25/08/2026 - 13:48

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Ce sont des postes qui étaient restés vacants en Iran depuis près de six mois ou qui étaient occupés de manière officieuse. Leurs titulaires avaient été tués au premier jour de la guerre lancée par Israël et les États-Unis, le 28 février dernier. Des postes-clés de l’appareil sécuritaire iranien : celui de secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, de chef des Gardiens de la Révolution ou de chef d’état-major, précédemment occupés par Ali Larijani, Mohammad Pakpour et Abdolrahim Mousavi. Les 9 et 10 août, Mojtaba Khamenei, nouveau Guide suprême, a pourvu ces postes, les attribuant à des Gardiens de la Révolution, le puissant corps armé de la République islamique.

Mohsen Rezaei, Ahmad Vahidi et Ali Abdollahi sont des figures à la fois expérimentées et loyales. « Ce sont des personnes qui ont de l'expérience et qui sont sur la même ligne que Mojtaba Khamenei d'un point de vue idéologique : extrêmement fermes, n'ayant pas froid aux yeux quant à la confrontation avec les États-Unis », relève Kevan Gafaïti, enseignant à Sciences Po Paris et président-fondateur de l'Institut des relations internationales et de géopolitique (IRIG). Dans les institutions de la République islamique, le pouvoir est traditionnellement partagé entre des religieux, des civils et les Gardiens de la Révolution. Mais désormais, « l'orbite gravitationnelle du pouvoir se déplace bien plus du côté des Gardiens de la Révolution », juge Kevan Gafaïti.

« Se préparer à des opérations offensives »

La nomination de ces nouveaux cadres de l’appareil sécuritaire a été accompagnée d’une feuille de route du Guide suprême. Mojtaba Khamenei les a chargés de « renforcer la dissuasion maximale » et de « se préparer à mener des opérations offensives de grande envergure ». La consigne révèle un changement de stratégie de la part du régime iranien. En février, il avait attendu d’être attaqué pour lancer des frappes à son tour. Ses opérations étaient présentées comme des représailles.

Désormais, le régime évoque publiquement une attitude offensive. « On est face à un Iran qui a découvert sa propre résistance et donc sa propre force. Et de ce fait, il en use », estime l’enseignant à Sciences Po Paris. Alors que Donald Trump réclame la « capitulation » de Téhéran, l’Iran inscrit sa confrontation avec les États-Unis dans la durée, infligeant des dégâts militaires, mais surtout économiques, à son ennemi.

« On a un Iran qui a tout simplement compris que la République islamique était indéboulonnable. Si entre des manifestations populaires en janvier 2026 et un assassinat du Guide suprême avec une intervention massive, la République islamique n'a pas failli, pour les autorités iraniennes, il y a une certitude renforcée »analyse Kevan Gafaïti. Pour Téhéran, le temps joue en sa faveur : le régime iranien parie sur le fait que la pression économique contraindra plus rapidement l’administration Trump, qui doit défendre sa majorité parlementaire lors des élections de mi-mandat le 3 novembre, à des concessions.

Opportunité « sans précédent »

Mais ce changement de stratégie n’évince pas totalement la diplomatie. « L'Iran joue la montre, mais à la fin, l'Iran a vraiment besoin et envie d'avoir un accord », indique Kevan Gafaïti. D’une part, la pression économique sur le régime iranien est forte aussi. L’inflation provoquée par les sanctions occidentales s’est emballée sous l’effet de la guerre. Au mois de juin, les prix des denrées alimentaires ont plus que doublé. Téhéran veut obtenir une levée, même partielle, des sanctions économiques. Par ailleurs, une éventuelle défaite de Donald Trump lors des élections de mi-mandat n’évincerait pas le président états-unien du pouvoir. Il garderait même une certaine capacité à faire pression sur l’Iran. « L'Iran va donc chercher une voie plus pérenne pour sortir de cette confrontation avec les États-Unis : la négociation » estime Kevan Gafaïti, enseignant à Sciences Po Paris et président-fondateur de l'Institut des relations internationales et de géopolitique.

Téhéran maintient donc un dialogue avec le Pakistan et le Qatar, pays qui assurent la médiation avec les États-Unis. Il poursuit aussi ses négociations avec Oman sur la gestion du détroit d’Ormuz. Et certaines figures du pays prennent publiquement position en faveur d’un processus diplomatique. Le 21 août dernier, le président Massoud Pezeshkian a appelé à mettre fin au conflit alors que le pays est « en position de force ». Et avant lui, l’un de ses prédécesseurs, l’influent Mohammad Khatami, a pris la parole mardi dernier, plaidant pour que l’Iran n’enterre pas l’accord-cadre signé avec les États-Unis en juin. Il l’a qualifié d’opportunité « sans précédent ».

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