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    Aug 10, 2026

    L’inconnue du quai de Javel : que vaut le nouveau livre enquête de Philippe Jaenada ?

    [Rentrée littéraire 2026] Philippe Jaenada poursuit son exploration des grandes énigmes criminelles françaises. Avec L’inconnue du quai de Javel, il remonte le fil d’un meurtre vieux de plus de 75 ans.

    Introduction

    Avec L’inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada persiste et signe avec ce qui est devenu sa marque de fabrique : partir d’une affaire judiciaire bien réelle pour en faire un récit d’enquête, à mi-chemin entre le roman, le reportage, le travail d’historien, et une forme de carnet de bord, à l’humour est toujours bien senti. De La serpe (2017) en passant par La désinvolture est une bien belle chose (2024) ce nouveau cru est tout aussi réjouissant.

    Le point de départ ? En septembre 1949, une certaine Louise Cansot est retrouvée sur le quai de Javel, à Paris. Elle ne porte ni sac ni chaussures, elle a les cheveux mouillés, et semble avoir été rhabillée à la hâte avant d’être abandonnée sur les bords de Seine. On finit par identifier cet ancien modèle, très actif dans le milieu artistique parisien, notamment dans le quartier de Montparnasse. À l’époque, l’enquête piétine un peu, et finit par être classée sans qu’aucun coupable ne soit arrêté. Il n’en fallait pas plus à Philippe Jaenada pour s’y intéresser.

    « Je regarde à mes pieds. Ce n’était évidemment pas le même environnement, ni le même bitume, mais elle était allongée par ici, morte. Je regarde autour de moi, tout a changé, seule la Seine non loin d’elle était là alors, qui coule toujours. » Philippe Jaenada

    La méthode Jaenada 

    Fidèle à sa méthode, l’auteur s’appuie sur les archives judiciaires, les documents d’époque, les témoignages retrouvés et les lieux eux-mêmes pour reconstituer le puzzle. Il tourne, retourne, finit toujours (ou presque) par retomber sur ses pattes, il passe par des épisodes de vie personnelle pour fluidifier l’enquête. Et pour cette dernière, il va loin, Jaenada.

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    Parmi les nombreuses techniques qu’il met en place, il fait reproduire la scène des cheveux mouillés en temps réel avec une certaine Clémence, rencontrée en 2015 à l’occasion de la remise d’un prix littéraire. Il loue également une chambre d’hôtel bien spécifique, dans laquelle la scène de la douche constitue l’une des plus drôles du livre. Il se met à la place de chaque protagoniste, suivant un procédé narratif bien à lui, aussi, notamment avec l’usage du présent. Mais ce n’est pas tout : il va même jusqu’à échanger avec Chat GPT et Claude pour détricoter son enquête, ce qui donne des scènes typiques qui permettent à l’humour Jaenada d’exploser. Car bien évidemment, c’est aussi pour ça qu’on le lit.

    « J’ai toujours l’impression, au fur et à mesure de mes recherches, sur tous les supports et dans tous les lieux, de me remplir très lentement, comme une piscine au robinet – ou une montgolfière à la pompe à vélo. Tour se mélange à l’intérieur, jusqu’à une sensation d’explosion imminente à défaut d’une mise en place magique de tous les éléments (…) » Philippe Jaenada

    Dans les pas de Maigret 

    À la lumière d’une relecture (presque) assidue de (presque) tous les livres de la série Maigret de Georges Simenon, Philippe Jaenada semble vouloir s’inspirer (ou presque) de la méthode d’observation imaginée par l’auteur originel. 

    L’intuition semble donc avoir quelques petites choses à faire ici. Une intuition qui sera présente jusqu’à la fin de l’enquête, de Tréguier jusqu’à ce fameux quartier de Montparnasse, où le portrait de Louise Cansot se dessinera peu à peu.

    L’humour, la patte Jaenada 

    Et l’humour, dans tout ça ? Car lire Jaenada, c’est souvent faire le pari de passer un moment de lecture où notre position de lecteur et lectrice est particulière. L’on est aussi bien acteur que l’on se délecte passivement de ses fameuses parenthèses, savoureuses à souhait. 

    Parmi les moments typiques, citons ceux où l’auteur n’hésite pas à dire qu’il a la « flemme de chercher », à donner son avis sur certaines situations (« je ne crois pas », « j’imagine leur terreur », etc.), et à raconter sa propre vie à certaines étapes de l’enquête (notamment à la lumière de cette blanquette de veau qui ouvre le livre, et qui sera un fil tiré pendant plusieurs centaines de pages). Car qu’on se le dise, un livre de plus de 500 pages qui commence par « une blanquette » ne peut pas être fondamentalement mauvais.

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