« L’inconnue du quai de Javel » de Philippe Jaenada : la vie de Louise Cansot
Philippe Jaenada
© Pascal Ito / Flammarion
L’auteur retrace le parcours d’un modèle pour peintres, assassiné à Paris, en 1949.
Sa brève histoire : elle arrive de sa Bretagne natale à 16 ans ; elle devient un modèle en vue pour artistes, à Montparnasse ; elle confie sa petite fille à une nourrice en banlieue ; elle meurt assassinée, en 1949, à 29 ans. Dans « L’inconnue du quai de Javel », le romancier Philippe Jaenada reconstitue le parcours de la jolie Louise Cansot. Nous sommes entre l’enquête (pas passionnante) et le portrait (captivant). Hommage aux histoires du commissaire Maigret, de Georges Simenon (1903-1989) ; atmosphère du Paris de l’après-guerre ; trajectoire d’une provinciale désargentée en quête d’une vie meilleure. À travers une femme indépendante et une mère célibataire, née en 1920 à Tréguier (Côtes-du-Nord, aujourd’hui Côtes-d’Armor), l’auteur de « La petite femelle » (2015) ausculte la condition des femmes au milieu du XXe siècle. Louise Cansot laisse derrière elle une enfant de 4 ans, née en 1945, quand on découvre son cadavre dans la nuit.
Début septembre. La brune Louise Cansot est retrouvée étranglée, quai de Javel, à Paris. Elle a été assassinée ailleurs, puis déposée là. Son corps est en partie dénudé. L’inspecteur-chef Ferrière cherche le coupable et plusieurs suspects sont auditionnés. Au bout de six mois d’investigation, la police n’a toujours pas arrêté le meurtrier. Le dossier est refermé. Soixante-seize ans passent. Philippe Jaenada reprend l’enquête, pour mettre la main sur le coupable. Il se rend sur les lieux et se plonge dans les archives. Il cite un dicton policier : « Quand on entend un bruit de sabots, il faut penser cheval avant de penser zèbre. » Une question domine le récit : qui était l’inconnue Louise Cansot ? Les faits recueillis dessinent une alcoolique à la vie dissolue. Elle compte sur les hommes pour subvenir à ses besoins. La nourrice exige sa pension. Mais plus on avance dans l’histoire, plus le modèle s’éloigne de nous. Philippe Jaenada se détache alors de l’évidence pour se mettre à penser zèbre plutôt que cheval.
La suite après cette publicité
Dans un style obsessionnel, Philippe Jaenada mène une enquête humaine
L’auteur de « La serpe » (2017, prix Femina) applique la méthode Maigret pour arriver à ses fins. Elle consiste à s’imprégner doucement de la vie des gens et à éviter de se forger précipitamment une opinion. Il faut flairer, se promener, écouter. Dans « Monsieur Gallet, décédé » (1931), le commissaire Maigret explique : « Je connaîtrai l’assassin quand je connaîtrai bien la victime. » Dans un style obsessionnel, Philippe Jaenada mène une enquête humaine. Louise Cansot est au centre de tout. On est avec elle. Le romancier revient sur les témoignages fragiles, les faits bâclés, les préjugés, l’entourage du modèle, les détails. Il a pour lui un atout de taille : le temps long, le temps passé, pour trouver un tout petit bout de vérité.
La suite après cette publicité
Philippe Jaenada restitue le regard des policiers sur le modèle. Ils sont de bons pères de famille jugeant une petite écervelée sans morale. Le romancier montre une autre femme : une adolescente pauvre arrivée à Paris par ses propres moyens, placée comme bonne à tout faire chez un médecin, avide d’un peu de légèreté et de joyeuseté. Dans sa trajectoire, Philippe Jaenada réinjecte l’un des maîtres de nos vies : le hasard. Louise Cansot va se retrouver asphyxiée par des problèmes financiers. Sans cesse, l’argent vient à manquer. À une amie qui lui conseille d’être économe et sage, elle répond : « Dans la vie, il faut vivre. » À 23 ans, son existence se déglingue. Le jeune modèle boit pour oublier qu’elle a faim. À plusieurs reprises, elle tente de réagir et de repartir. « L’inconnue du quai de Javel » empoigne par son portrait de femme. Seule, sans argent, secrète. Louise Cansot essayait de s’en sortir.
« L’inconnue du quai de Javel », de Philippe Jaenada, éd. Flammarion, 524 pages, 23 euros.
© EDITIONS FLAMMARION
Contenus sponsorisés
Sur le même sujet