L'entrée en bourse d'Anthropic, géant le l'IA

Chaque dimanche nous accueillons Leila Abboud, cheffe du bureau de Paris pour le quotidien britannique le Financial Times, pour son édito éco.

Anthropic, l’un des géants américains de l’intelligence artificielle, prépare son entrée en Bourse.

Et c'est une entrée assez particulière qui s’annonce même franchement bizarre.
Anthropic développe Claude, l’un des modèles d’IA les plus puissants au monde.
Pour entrer en Bourse, elle doit séduire les investisseurs.

Dans les documents qui leur sont destinés, Anthropic se vante d’une technologie capable de révolutionner le monde.
De faire avancer la recherche scientifique, d’aider à guérir les maladies, de nous libérer du travail.
Mais les règles de Wall Street l’obligent aussi à dire ce qui pourrait mal tourner. C’est-à-dire les risques qui peuvent nuire au business.
Et là, on découvre quelque chose d’assez inhabituel — Anthropic le dit noir sur blanc ; sa technologie peut poser des « risques existentiels pour l’humanité ». Rien que ça ! Claude peut tuer !?

Anthropic évoque aussi des modèles capables de mentir. De résister quand on veut les arrêter. Voire de faire du chantage.

Donc voilà le pitch : notre IA pourrait rendre le monde bien meilleur.
Ou le détruire. On ne sait pas !
On a connu des introductions en Bourse plus simples à vendre.

Et face à de tels risques, qui fixe les règles ?

Pour l’instant, les entreprises elles-mêmes.
Et c’est assez frappant : Anthropic veut davantage de régulation.
Mais cette semaine, à la Maison Blanche, Donald Trump a choisi la « self-regulation ».
C’est-à-dire que c’est aux entreprises de se policer, pas à l’État.
Anthropic et autres acteurs de l’IA ont signé à l’arrache un accord dans ce sens avec Trump.
Ils se sont engagés à faire des contrôles internes.
Et des audits indépendants.
Mais rien d’obligatoire

Et malgré tout, Anthropic peut faire rêver Wall Street ?

Effectivement, la croissance est spectaculaire. Son chiffre d’affaires est passé de 400 millions de dollars en 2024 à presque 5 milliards en 2025. Le problème, c’est que Anthropic a perdu plus de 8 milliards de dollars. L’IA coûte une fortune à développer.
Des puces. Des centres de données. De l’électricité.
En plus, il y a une course effrénée entre les concurrents.
Et personne ne sait encore combien les clients seront prêts à payer.
Anthropic pourrait donc devenir l’une des entreprises les plus grosses et les plus rentables au monde.
Ou découvrir que l’IA est une technologie fabuleuse… mais pas vraiment rentable.

Combien vaut vraiment Anthropic ? Jusqu’où ira sa technologie ?
À Wall Street, bientôt, de faire son pari.