L’élargissement du champ de pratique des pharmaciens redouté par le personnel technique

Dans moins de deux mois, les pharmaciens du Québec auront de nouveaux pouvoirs. Ils pourront notamment prescrire un médicament même jamais reçu par un patient auparavant. Dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre, le personnel technique redoute toutefois l'arrivée de ces changements.

Pour libérer les pharmaciens afin qu'ils puissent consacrer plus de temps aux consultations, davantage de tâches pourraient être déléguées au personnel technique. L'association les représentant se dit toutefois toujours dans le flou en ce qui concerne ce que ses membres pourront et devront faire.

Si nous, on ne connaît pas encore bien ce que ça va représenter exactement, à quoi on va pouvoir dire oui et à quoi on va pouvoir dire non, imaginez la population. On s'attend à ce qu'elle se présente en pharmacie, peut-être avec des demandes qui ne seront pas réalisables. C'est quand même une grande source de stress pour les gens du milieu.

Plusieurs tâches sont déjà déléguées aux assistants techniques, assure Mme Lévesque. Ils font l'entrée d'ordonnances, les renouvellements, ils préparent les médicaments, font la gestion des stocks, gèrent les appels de la collecte d'informations, cite-t-elle en exemple.

Marylène Lévesque est présidente de l’Association québécoise des assistants et techniciens en pharmacie.

Marylène Lévesque est présidente de l’Association québécoise des assistants et techniciens en pharmacie (AQATP).

Photo : Association québécoise des assistants et techniciens en pharmacie

Mais comme c'est le pharmacien qui est responsable des activités en pharmacie, il doit tout revérifier. Cette vérification-là, elle peut être déléguée à d'autres assistants techniques, mais il y a de gros processus à mettre en place pour y arriver, ajoute-t-elle.

Certaines pharmacies n'ont pas encore fini d'intégrer le précédent élargissement des pouvoirs des pharmaciens en vigueur depuis cinq ans, constate Marylène Lévesque. On a subi évidemment beaucoup de stress, beaucoup d'adaptation depuis l'époque de la pandémie.

Le milieu n'est pas épargné non plus par le manque de main-d'œuvre. Certaines pharmacies doivent fonctionner avec moins d'effectifs et doivent parfois fermer certaines journées.

Environ 30% du personnel technique à l'heure actuelle en pharmacie détient un diplôme, donc les autres, c'est des gens qu'on a dû former sur le tas. Et apprendre sur le tas en 2026, ce n'est vraiment pas comme apprendre sur le tas au début des années 2000.

Avec le vieillissement de la population, le nombre de dossiers complexes augmente, rappelle Mme Lévesque.

Un programme de techniques de pharmacie est offert depuis 2021 au Québec pour mieux outiller le personnel technique et aider les pharmaciens. Mais c'est tellement nouveau qu'on n'a pas encore une quantité suffisante de techniciens pour dire qu'il y en aurait dans toutes les pharmacies, note la présidente de l'AQATP .

Gérer les attentes

Selon le président de l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ), les pharmacies auront le champ d'exercice le plus évolué du monde.

À partir du 9 décembre, on fait tomber ces barrières réglementaires là pour permettre aux pharmaciens, s'ils le jugent adéquat, d'amorcer un traitement dans certaines situations, comme des conditions mineures, mais également pour la prise en charge plus efficace des maladies chroniques déjà diagnostiquées, comme le diabète et l'hypertension, chez les patients qui n'ont pas de médecin de famille.

Cependant, M. Desgagné comprend la fébrilité du personnel technique et des professionnels. C'est normal, les gens travaillent fort déjà.

Le président de l'OPQ veut être clair : Au 9 décembre, ce ne sont pas toutes les pharmacies qui vont offrir tous les services. Il appelle donc la population à s'informer sur les types de services qui seront offerts dans leur pharmacie.

Un portrait professionnel de Jean-François Desgagné, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec.

Jean-François Desgagné, président de l'Ordre des pharmaciens du Québec

Photo : Gracieuseté de Jean-François Desgagné

Le principe d'arriver à la pharmacie et, quelques minutes plus tard, d'obtenir un service ou un produit, bien dans certaines situations, ce n'est plus le cas, il y a des services qui sont offerts sur rendez-vous, soutient le président de l'Ordre des pharmaciens.

Certaines consultations pourront continuer de se faire sur le bout d'un comptoir, mais d'autres devront se faire dans un bureau de consultation.

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