L’édito de Baptiste Bize, directeur de la rédaction : « Un pluralisme de gauche »
En faisant grève pour protester contre l’arrivée de Charles Sapin à l’antenne - ce qui a conduit la direction de France Inter à supprimer sa chronique - les syndicats de journalistes de France Inter trahissent leur conception du pluralisme. Comme si le service public devait enfermer ses auditeurs dans une forme de pensée unique, sur le modèle de ces bulles algorithmiques qui nous confortent dans nos opinions sur les réseaux sociaux.
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B.B
Baptiste Bize
Créé le 20 septembre 2026 • 08:30
Mis à jour le 20 septembre 2026 • 08:30
IAN LANGSDON / AFP
Durant des mois, Charles Alloncle a tenté de nous faire croire que France Inter était de gauche. Rapporteur de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public, le député UDR a tordu les faits, détourné les débats et dévoyé l’institution pour instruire un procès à charge du service public et servir sa communication personnelle sur les réseaux sociaux. Une sorte de néomaccarthysme décomplexé, en mode téléréalité, qui donne un aperçu de la chasse aux sorcières à venir dans l’hypothèse d’une victoire du RN et de l’UDR aux prochaines législatives.
Par principe, France Inter ne peut évidemment pas être de gauche puisqu’elle est soumise à une stricte obligation de pluralisme. Des médias privés comme Europe 1 et CNews peuvent assumer une ligne éditoriale engagée à droite et un parti pris militant. Pas une radio publique financée par les contribuables pour informer les citoyens en toute indépendance.
Dans les faits, alors, comment expliquer que l’intersyndicale de France Inter déclenche une grève pour protester contre l’arrivée de Charles Sapin à l’antenne avec une chronique politique le dimanche matin ? Le tort de ce confrère : avoir œuvré pendant dix ans comme journaliste politique au Figaro puis au Point avant de devenir directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles cet été. Autrement dit : être catalogué à droite.
Alors qu’un nouvel appel à la grève a été déposé pour ce lundi 21 septembre, la réaction des syndicats de journalistes de France Inter pose des questions sur leur conception du pluralisme. Comme si le service public devait lui aussi enfermer ses auditeurs dans une forme de pensée unique, sur le modèle de ces bulles algorithmiques qui nous confortent dans nos opinions sur les réseaux sociaux. Comme si nous étions devenus incapables de nous confronter aux idées des autres. Incapables d’être en désaccord sans tomber dans l’affrontement.
Les auditeurs sont libres de ne pas partager les analyses du directeur adjoint de Valeurs actuelles comme celles des autres éditorialistes sur les antennes de Radio France. Ils sont aussi libres de les écouter et de se faire une opinion. En s’obstinant dans la grève et en poussant la direction de France Inter à supprimer la chronique de Charles Sapin, les syndicats de France Inter ont-ils conscience qu’ils offrent à Charles Alloncle sa plus belle démonstration ?
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