L’édito de Baptiste Bize, directeur de la rédaction : « Les revenants »

La nouvelle candidature de Ségolène Royal à la primaire de la gauche républicaine illustre une curiosité française. Chez nous, on ne meurt jamais en politique. Même après avoir enchaîné des défaites électorales, défendu des thèses complotistes et ruiné une collectivité.

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B.B

Baptiste Bize

Créé le 27 septembre 2026 • 07:30

Mis à jour le 27 septembre 2026 • 07:30


À 73 ans, Ségolène Royal est de nouveau en campagne pour la primaire de la gauche.
À 73 ans, Ségolène Royal est de nouveau en campagne pour la primaire de la gauche.
KENZO TRIBOUILLARD / AFP

En politique, on ne meurt jamais. C’est une des curiosités du système politique français. Dans d’autres démocraties occidentales, une défaite électorale, une condamnation judiciaire ou une faute morale est synonyme de disqualification instantanée et de retrait immédiat de la vie politique. Chez nous, elle est bien souvent un encouragement à surmonter l’adversité pour mieux revenir. Les Français aiment paraît-il les revenants. Ils aiment voir leurs responsables publics renaître après une traversée du désert et solliciter leurs suffrages pour expier leurs tourments passés.

Du retour au pouvoir du général de Gaulle en 1958, douze ans après l’échec du gouvernement provisoire, au moment Alain Juppé après son exil québécois, en passant par l’ascension de François Mitterrand dans les années 70 malgré l’affaire de l’Observatoire ou encore la « remontada » de Jacques Chirac en 1995, les exemples ne manquent pas dans la Ve République.

Que dire, alors, de la tentative de « come-back » de François Hollande ? Ridiculisé par les députés frondeurs durant son quinquennat et contraint de renoncer piteusement à briguer un second mandat, l’ancien président de la République mène une campagne intense. Il mise sur l’échec du candidat investi par le PS pour se poser en recours. Et sa cote de sympathie est au plus haut.

Que dire, encore, de la campagne permanente que mène Ségolène Royal depuis vingt ans ? Battue par Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle de 2007, battue lors de la primaire du PS de 2012, prête à y retourner en 2017 et 2022, la voici de nouveau engagée dans la primaire de la gauche républicaine.

À 73 ans, elle n’a rien perdu de ses talents de snipeuse sur les plateaux télé. Il lui reste en revanche peu de crédit politique après avoir relayé des thèses complotistes, mis en doute les crimes de guerre de la Russie en Ukraine et défendu les potions du professeur Raoult durant la crise du Covid. Surtout après avoir ruiné la Région Poitou-Charentes, qu’elle a présidée pendant dix ans, pour servir sa communication personnelle : cavalerie budgétaire pour masquer les dérives, emprunts à risque hors charte non déclarés et comptes dans le rouge au moment de la fusion avec l’Aquitaine en 2015.

Les yeux dans les yeux, Ségolène Royal est capable de dénoncer des « fake news » en criant à la cabale politique. Un rapport de la chambre régionale des comptes sur sa gestion calamiteuse existe pourtant. Il aurait dû la discréditer définitivement. C’est oublier qu’en politique on ne meurt jamais. Ou alors, comme le disait Talleyrand, seulement pour ressusciter.


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