"L'an dernier, aussi, vous disiez que nous étions affaiblis" : Bart Verhaeghe à cœur ouvert avant l'entrée en lice du Club Bruges en Champions League

À la veille de retrouver les soirées européennes, Bart Verhaeghe n'a rien perdu de son ambition. Le président brugeois assume les choix opérés cet été. Pas de langue de bois : il défend sa politique sportive, explique ses exigences et revendique la méthode qui a permis au Club de changer de dimension.

La défaite contre Gand, est-elle restée en travers de la gorge ?

C'était très mauvais. C'était en dessous de tout et indigne du Club Bruges à tous les niveaux. Je l'ai dit aux joueurs.

Comment les avez-vous recadrés ?

Calmement, mais clairement. Il n'y avait aucune excuse, aucune raison de ne pas être au rendez-vous. Ce n'était pas conforme à l'ADN du club. Techniquement et tactiquement, ce n'était pas au niveau.

guillement

L'année dernière, nous avions aussi dit que Tzolis devait rester. Cet été, il était prêt.

Une telle défaite vous met-elle toujours autant en colère ?

Je ne suis pas en colère, je suis déçu. J'ai d'abord parlé avec le coach et la direction technique, puis avec les joueurs. Ivan Leko et moi sommes toujours sur la même longueur d'onde. Nos analyses étaient identiques. Celle de la direction sportive aussi.

Ivan Leko avant d'affronter Aston Villa: "Nous ne sommes pas encore à notre meilleur niveau"

Après les trois premières victoires, Leko répétait : "Attendez la mi-septembre, nous serons alors prêts." Était-ce un faux sentiment de rassurance ?

Certainement pas. Les joueurs ont immédiatement reçu leurs données après le match. Ils savaient ce qui n'avait pas fonctionné.

Le problème n'est-il pas simplement que certains joueurs ont moins faim que Tzolis la saison dernière ?

Tzolis est un autre type de joueur. Ce n'est pas vraiment un ailier. Il préfère recevoir le ballon dans les pieds qu'en profondeur. Diakhon est un vrai flanc, comme nous le souhaitons : éliminer son homme, faire la différence, donner la bonne passe. Chaque année, je lis que certains joueurs ne sont pas au niveau. Jashari, Stankovic, Tresoldi… Ils n'étaient prétendument pas assez bons, selon vous, au début. Mais nous avons à nouveau constitué une équipe suffisamment forte pour jouer sur trois tableaux, avec le championnat comme priorité. La Champions League est secondaire. La Coupe vient ensuite. Il ne faut d'ailleurs pas trop motiver les joueurs pour cette Champions League. Notre ambition est de survivre à la phase de ligue et, si possible, de terminer parmi les 16 meilleurs. Plusieurs modèles d'IA ont dit que nous avions le deuxième tirage le plus difficile.

On entend partout que ce Bruges est moins fort que celui de l'an dernier. Êtes-vous d'accord ?

Non. Vous disiez déjà la même chose l'année dernière. Et l'année précédente. Ne dites pas maintenant que vous, analystes et journalistes, n'avez pas affirmé ça. Sur ce point, je reste calme. Nous voulons renforcer notre effectif chaque année. Quand je vois les entraînements, la vitesse d'exécution, j'ai un bon pressentiment. Virgili et Wisdom doivent encore s'entraîner davantage, Potts apprendre notre foot et Lemaréchal est en train de franchir un cap. On n'est jamais champion avec 11 joueurs. Il en faut entre 18 et 24. Nous recrutons en fonction du foot que nous voulons pratiquer. Toutes proportions gardées, nous nous inspirons des grandes équipes : le Bayern, Arsenal… Des équipes dominantes affrontent des blocs bas.

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La vie facile ? Vous êtes sérieux ? C'est le fruit de 15 années de travail.

Tresoldi et Seys sont restés malgré de belles offres. Qu'en pensent-ils ?

C'était convenu. S'ils sont intelligents, ils regardent au-delà de la folie du marché. L'année dernière, nous avions aussi dit que Tzolis devait rester. Cet été, il était prêt. Lors du tirage au sort, les gens d'Arsenal m'ont témoigné énormément de respect. 'Quel joueur vous nous avez vendu', m'ont-ils dit. 'Une mentalité exceptionnelle, le meilleur lors des tests physiques et quelqu'un de très bien humainement.' Je pense toujours que De Ketelaere est parti un an trop tôt. Heureusement, il fait maintenant de belles choses à l'Atalanta. Jashari aussi. Je l'ai encore eu au téléphone. Il va réaliser une bonne saison à Milan.

Vous avez quand même la vie facile parce que vous ne devez pas vendre, contrairement à la majorité des clubs belges, y compris Anderlecht.

Vous êtes sérieux ? C'est le fruit de 15 années de travail. Devrais-je avoir honte parce que nous avons travaillé pour nous retrouver dans cette position ? Tout le monde part de la même ligne de départ, chacun est libre de faire la même chose. Aujourd'hui, nous vendons à des clubs qui ont disputé la finale de la Champions League. Arsenal, l'Inter, mais aussi Barcelone. Je siège au comité exécutif de l'EFC (European Football Clubs) et j'y reçois beaucoup de compliments.

Ivan Leko avant d'affronter Aston Villa: "Nous ne sommes pas encore à notre meilleur niveau"

À quel point Leko est-il différent par rapport à son premier passage ?

C'est un homme du Sud : chaleureux, direct, clair. J'aime travailler avec des personnes comme lui. Il discute sur le fond. Il est plus calme. Il comprend que nous travaillons avec un autre standard que dans la plupart des clubs. Nous avons beaucoup de personnes autour de l'équipe : tactique, technique, physique, alimentation, sommeil…

Vous dites qu'un entraîneur n'est pas si important que ça.

Il est important, mais il doit jouer selon l'ADN du club et exploiter au maximum le matériel dont il dispose. Il ne peut pas tout savoir : alimentation, sommeil, musculation, condition physique… Ce sont autant d'experts qui lui rendent compte. Ce n'est pas un seul homme qui rend les joueurs meilleurs. Je lis encore souvent les déclarations d'un coach disant : 'Je fais ceci, cela…' C'est dépassé.

Le Club Bruges est désormais une entreprise qui réalise un chiffre d'affaires de 200 millions €. Jusqu'où cette croissance peut-elle aller ?

Nous avons désormais près de 300 employés et un chiffre d'affaires de plus de 200 millions. Notre staff sportif est différent de celui d'il y a 5 ans. Nous utilisons l'IA dans toute l'organisation : préparation des matchs, scouting, transferts. Nous analysons les profils des joueurs à l'aide d'algorithmes. Nous avons quelqu'un au niveau de la direction qui s'occupe exclusivement d'innovation.

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Nous utilisons l'IA dans toute l'organisation : préparation des matchs, scouting, transferts.

Et le stade ? Comment avez-vous fêté cette victoire après 20 ans de combat ?

Je ne bois pas, donc pas de bouteille de vin. J'ai appelé Bob (Madou, le CEO) et je pense qu'il était en train de pleurer. Alexander (Vandervennet, le bras droit de Verhaeghe sur le plan des affaires) m'a appelé, mais il était incapable de prononcer un mot. J'ai pensé qu'il s'était passé quelque chose de grave. Ce n'est qu'après 30 secondes qu'il a réussi à me l'annoncer.

Vous n'avez pas versé une petite larme ?

J'étais très heureux, mais je voulais d'abord lire le permis. En tant que juriste, je veux savoir à quel point il est solide. Bob a ensuite informé le reste de l'organisation. J'ai appelé mon fils Lucas et ma famille. C'était le genre de moment que l'on n'oublie jamais. Maintenant, nous pouvons aller de l'avant.


Dans le nouveau stade lors de la saison 2029-2030

Les travaux préparatoires du nouveau stade débuteront cet automne, avant un lancement du chantier en janvier. Le Club Bruges devrait emménager lors de la saison 2029-2030, après environ deux ans de travaux. "Cela ne va pas plus vite, nous voulons faire les choses correctement", explique Verhaeghe. D'ici là, le Club continuera à jouer au Jan Breydel.

D'un coût de 200 millions €, l'enceinte contiendra 40 116 places. Mais Verhaeghe veut surtout révolutionner l'expérience des supporters. "La manière moderne de vivre le sport, c'est du divertissement. Nous voulons qu'ils disent de notre stade ce qu'ils disent lorsqu'ils vont voir un match NBA."

Entièrement préfabriqué, le stade disposera d'un toit flottant sans poteaux, de tribunes au plus près du terrain et de promenades sur deux niveaux permettant d'en faire le tour en entier. "Ce sera un vrai stade de foot, pas un stade multifonctionnel", insiste le président du Club.

L'arène sera entourée d'un parc de 12 à 13 hectares et de 3 500 places de parking. Le nom n'a pas encore été arrêté.

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