L'Allemagne redoute "une escalade" dans les attaques hybrides après la découverte d'un drone armé d'explosif à l'aéroport de Leipzig
La catastrophe a été évitée de justesse à Leipzig, dans la nuit de mardi à mercredi. Peu avant minuit, un employé découvre à proximité de la piste de décollage sud un objet suspect au sol, à côté d'un avion-cargo ukrainien de type Antonov AN124-Condor. L'aéroport de Leipzig, plaque tournante du fret aérien en Allemagne, est un important hub militaire de l'Otan, utilisé notamment par les forces alliées pour les livraisons d'armes destinées à l'Ukraine. Le constructeur aéronautique ukrainien Antonov y bâtit en ce moment même un hangar destiné à la maintenance de ses appareils.
L'Antonov bleu et jaune de Leipzig était aisément identifiable avec ses logos en cyrillique et en anglais ('Sois courageux comme Kharkiv', ou 'Sois courageux comme Boutcha'). Il était chargé de munitions destinées au front, selon des indiscrétions émanant des cercles de l'enquête. La cargaison arrivée de France était en transit à Leipzig, dans l'est de l'Allemagne, avant de poursuivre sa route vers l'Ukraine. L'engin suspect, un drone sur lequel était fixé un paquet chargé d'explosifs, a été neutralisé sur place. Un défaut du détonateur aurait empêché que l'opération de sabotage soit menée à bien.
Collision avec un second drone
Selon les milieux de l'enquête, l'engin aurait été testé positif aux nitrates. Un second test effectué par la suite révélait également la présence de PETN et de Semtex, deux matières hautement explosives utilisées notamment dans le domaine militaire.
La police enquête également sur un second drone, entré un peu plus tard dans la nuit en collision avec un appareil qui venait de décoller. La collision n'a provoqué que de légers dommages sur la machine qui a pu se poser sans encombre à l'aéroport de Hanovre, distant de 200 km.
Embourbé dans la guerre en Ukraine, Vladimir Poutine remanie le haut commandement russe et désigne un favoriL'annonce de l'attentat raté de Leipzig a rajouté à l'effroi en Allemagne, où les attaques hybrides -le plus souvent attribuées à la Russie- se multiplient, alors que la République fédérale est un des principaux soutiens de Kiev en Europe. Le dernier épisode en date est l'annonce, jeudi, de l'arrestation en Bavière d'un Ukrainien soupçonné d'espionnage sur un site d'armement. "Il existe de forts soupçons" que le suspect, âgé de 33 ans, ait réalisé des "prises de vue" du site d'armement en juin "afin de préparer des actes de sabotage", selon un communiqué du parquet de Munich et de la police du Land de Thuringe, où l'homme a été arrêté dimanche.
A l'été 2025, un incendie criminel avait dévasté le site d'un industriel impliqué dans l'armement, dans le sud-ouest de Berlin. Les auteurs de l'attaque -attribuée aux services secrets russes dans les milieux proches de l'enquête- n'ont officiellement jamais été identifiés.
Niveau de menace plus élevé
L'épisode de Leipzig semble marquer une escalade par rapport aux opérations de sabotage ou aux cyberattaques passées. Berlin a parlé hier d'un "nouveau niveau de menace pour la sécurité du pays". C'est en effet la première fois qu'un drone armé a réussi à pénétrer dans l'enceinte d'un aéroport dans le pays. "La mise en œuvre d'un tel acte nécessite un haut niveau d'expertise technique et d'expérience dans le maniement des explosifs", estimait hier le ministre de l'Intérieur Alexander Dobrindt, du parti conservateur bavarois CSU, qui a interrompu ses vacances pour se rendre sur place.
"Il faut en outre partir du principe que les explosifs utilisés sont d'origine militaire. Tout cela ne laisse pas supposer une démarche d'amateur. Nous parlons ici d'une menace hybride professionnelle à laquelle nous devons continuer de faire face", a ajouté le ministre, précisant qu'il fallait "mener l'enquête dans toutes les directions".
La Russie se dote de missiles nord-coréens pour frapper plus durement encore les civils ukrainiensUne réaction trop prudente aux yeux de certains experts. "C'est une grave escalade", estime ainsi la spécialiste des drones Ulricke Franke à propos de la découverte d'explosifs. "Cela revêt une nouvelle dimension et est vraiment très inquiétant". "Je pense que nous n'avançons pas en disant que nous ne savons pas de quoi il s'agissait", critique pour sa part l'expert en sécurité Nico Lange. "Il est de notoriété publique que la Russie mène des attaques hybrides et que les drones ainsi que le sabotage y jouent un rôle. Cet incident s'inscrit dans ce schéma."
"Il est probable que les responsables de cet incident se trouvent en Russie", abonde le député vert Konstantin von Notz, responsable des questions de sécurité au sein de son parti. "Étant donné que ces avions ukrainiens se trouvent justement à cet aéroport et qu'un drone contenant des explosifs a été découvert précisément à cet endroit, il est tout simplement très plausible qu'il s'agisse d'une opération menée par les services russes ".
Le trafic aérien, interrompu dans la nuit de mardi à mercredi à l'aéroport de Leipzig, a repris jeudi dans la journée.
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