L’AfD en forte progression en Allemagne, le chancelier reconnaît un « désastre » après les élections
International 20/09/2026 19:08 Actualisé le 20/09/2026 20:06
Le chancelier allemand s’est exprimé alors qu’en Mecklembourg-Poméranie occidentale, le parti d’extrême droite arrive en tête d’un scrutin régional.
Par Vincent Gibert avec AFP

MICHAEL KAPPELER / dpa Picture-Alliance via AFP
Friedrich Merz, ici s’exprimant à la Konrad-Adenauer-Haus, près de Bonn en Allemagne, le 20 septembre 2026.
Les mots du chancelier allemand sont forts ce dimanche 20 septembre. Friedrich Merz a promis de poursuivre les réformes malgré un « désastre » électoral pour son parti conservateur, la CDU, après un scrutin régional dans le nord-est de l’Allemagne remporté par l’extrême droite AfD.
« Ces réformes doivent être mises en œuvre (...) Je prends cette responsabilité parce que je veux faire avancer notre pays », a-t-il déclaré après l’annonce des premiers sondages réalisés à la sortie des bureaux de vote en Mecklembourg-Poméranie occidentale par l’audiovisuel public, excluant ainsi de facto de quitter ses fonctions après des jours de spéculations sur son avenir dans la classe politique. Il a admis que la « confiance dans les institutions [du] pays diminue » et estimé qu’elle était « activement sapée par des partis radicaux de gauche comme de droite ».
Dans le Mecklembourg, l’AfD, avec 37-38 % (contre 16,7 % en 2021), se place ainsi devant les sociaux-démocrates du SPD autour de 36 %, reléguant loin derrière la formation conservatrice de Friedrich Merz. À Berlin, l’extrême droite atteint entre 13,5 et 16 % (contre 9 % en 2023), selon les enquêtes des chaînes ARD et ZDF, qui donnent la victoire au parti de gauche radicale Die Linke avec entre 24,5 % et 26 % des voix.
Différentes figures du parti d’extrême droite ont aussitôt tour à tour salué un « résultat sensationnel » au Mecklembourg et un « bon résultat » à Berlin.
Friedrich Merz, dont l’impopularité est historiquement haute, était considérablement fragilisé depuis le coup de tonnerre du 6 septembre, lorsque le parti antimigrants et prorusse Alternative pour l’Allemagne (AfD) a infligé une lourde défaite à la CDU, nourrissant les débats sur sa longévité au gouvernement dont il a pris la tête il y a seulement 16 mois.
Les réformes promises se font attendre
La codirigeante de la formation, Alice Weidel a appelé en conséquence à mettre « fin à la bêtise du pare-feu », c’est-à-dire le consensus au sein de la classe politique de ne pas s’allier avec l’AfD.
Résumant l’ambiance politique en Allemagne, Moritz Lembke-Oezer, un électeur berlinois 43 ans, a dit à l’AFP vouloir que « la CDU soit sanctionnée » lors du scrutin, « et qu’ensuite éventuellement Friedrich Merz ne soit plus là ». Mais il craignait aussi que son affaiblissement « puisse profiter à l’AfD ».
Au pouvoir depuis 16 mois, Friedrich Merz avait promis de relancer l’économie nationale en stagnation, de réarmer le pays pour dissuader une Russie hostile et de contenir l’immigration irrégulière pour regagner les électeurs passés à l’AfD, devenue deuxième force politique du pays lors des législatives de 2025.
Mais les réformes promises se font attendre, notamment sur fond de désaccord et de disputes avec son partenaire de coalition, le Parti social-démocrate, lui aussi mal en point.
La percée de l’AfD en Allemagne a été vécue comme un choc dans une large part de la société et de la classe politique, dans un pays dont l’identité reste marquée par la culpabilité pour les crimes du nazisme. Jusqu’ici, aucune formation n’a jamais voulu s’allier avec l’extrême droite, mais ses succès électoraux pourraient relancer le débat, notamment au sein du parti conservateur du chancelier.